Des centaines de jeunes Montréalais se sont rassemblés au parc Jeanne-Mance, dimanche soir, pour manifester contre le couvre-feu qui, estiment-ils, précarise davantage les populations vulnérables.

Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

Pancartes à la main, couvre-visage remonté sur le nez, les premiers protestataires arrivés sur les lieux ont manifesté dans le calme et le respect des consignes sanitaires. L’évènement, organisé par le collectif Pas de solution policière à la crise sanitaire, vise à dénoncer une mesure qui « affecte de façon disproportionnée les personnes qui habitent des petits logements, qui vivent des situations de violences conjugales, des itinérant.es, etc. », peut-on lire dans un communiqué.

Devant une foule dispersée, la porte-parole de l’organisme AQPSUD pour les personnes utilisatrices de drogues, Chantal Montmorency, a qualifié le couvre-feu d’une mesure « répressive » et « classiste ». « Trois mois plus tard, on est encore là. Trois mois de records de suicides, de féminicides, de surdoses, trois mois de morts et de souffrances dans l’indifférence totale », a-t-elle scandé, avant d’annoncer que son organisme contestera le couvre-feu devant les tribunaux.

Non, papa Legault, ce n’est pas toi qui décides !

Chantal Montmorency, porte-parole de l’organisme AQPSUD

Les manifestants sont ensuite descendus dans les rues de la ville, chantant à tue-tête « Legault ! Démission ! » et « No justice, no peace ! Fuck the police ! » La tension a toutefois monté d’un cran vers 19 h, lorsqu’un d’entre eux, Rali Jamali, a été arrêté.

Le manifestant raconte qu’il a ramassé une « boîte par terre qui était tombée d’un policier à bicyclette ». Un homme dans la foule l’aurait ensuite empoigné. « Il disait : “T’as volé, t’as volé”. La police m’a ramassé. Tout le monde s’en venait agressif, je pouvais rien faire », a expliqué M. Jamali.

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Le manifestant Rali Jamali a été arrêté vers 19 h, avant d’être relâché.

Il a été escorté, puis interrogé par des enquêteurs, avant d’être relâché moins d’une heure plus tard. « Ils m’ont dit j’allais peut-être recevoir des charges par la poste. Moi, je pense qu’ils voulaient juste arrêter la manifestation. »

Plus loin, un manifestant qui a assisté à la scène s’est dit dégoûté du comportement des policiers. « Chaque fois qu’on manifeste, ça arrive. Assez, c’est assez », a-t-il déploré. Il tenait dans ses mains une copie imprimée de la Charte canadienne des droits.

On se fait marcher sur nos droits par le gouvernement, par la police.

Un manifestant, qui a préféré rester anonyme par peur de représailles

Avant 20 h, la foule était de retour au point de départ. Sous la surveillance de nombreux policiers, le parc Jeanne-Mance s’est rapidement vidé. On rapportait au moins une arrestation.

  • Quelques centaines de manifestants se sont rassemblés au parc Jeanne-Mance, à Montréal, pour protester contre le couvre-feu.

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    Quelques centaines de manifestants se sont rassemblés au parc Jeanne-Mance, à Montréal, pour protester contre le couvre-feu.

  • Leur message était clair : la réponse policière n'est pas une solution à la crise sanitaire.

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    Leur message était clair : la réponse policière n'est pas une solution à la crise sanitaire.

  • Les policiers étaient nombreux aux abords du parc Jeanne-Mance.

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    Les policiers étaient nombreux aux abords du parc Jeanne-Mance.

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Série de manifestations

Ce rassemblement s’inscrit dans une série de manifestations contre le couvre-feu survenues à Montréal et dans le reste de la province ces derniers jours. Au passage du couvre-feu de 21 h 30 à 20 h, dimanche dernier, des centaines de manifestants avaient envahi les rues du Vieux-Montréal, en scandant « liberté pour les jeunes ».

Des manifestants avaient mis le feu aux poubelles et vandalisé des commerces. Au total, 107 constats d’infraction en lien avec la Loi sur la santé publique ont été distribués.

Une quarantaine de personnes se sont aussi rassemblées devant les bureaux du ministère de la Sécurité publique à Québec, mardi dernier, pour manifester, pacifiquement, contre les règles sanitaires.