Le gouvernement Legault en a assez de l’augmentation « pas acceptable » des coûts liés au prolongement de la ligne bleue à Montréal. Québec crée un groupe d’action qui aura pour mandat de déterminer — d’ici trois mois — la meilleure stratégie pour réaliser le projet dans les temps et en respectant le budget.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On a un métro à cinq stations autour de 1 milliard par station, aujourd’hui, alors qu’il y a un Réseau express métropolitain (REM) qui va se construire avec 23 stations pour 10 milliards. Il faut rétablir les choses », a martelé la ministre déléguée aux Transports et responsable de la métropole, Chantal Rouleau, sur les ondes du 98,5.

Elle dit craindre que la Société de transport de Montréal (STM), qui était jusqu’ici responsable du projet avec un bureau de projet de 250 employés, dépasse le budget initial de 4,5 milliards accordé au prolongement. « L’opérateur veut le meilleur projet possible, évidemment. Il y a beaucoup de ‟tant qu’à ça, on va ajouter ceci, on va rendre ça plus beau". On ajoute des choses qui font que les coûts augmentent de manière importante. Là, c’est stop, on arrête ça là », a fustigé Mme Rouleau.

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La ministre déléguée aux Transports et responsable de la métropole, Chantal Rouleau

Ce nouveau « groupe d’action » sera piloté par des directeurs généraux, soit ceux de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), de la STM et de la Ville de Montréal, ainsi que par le sous-ministre aux Transports, Patrick Dubé. Québec affirme que ces personnes sont « décisionnelles », mais aussi « imputables ». Elles ont jusqu’au mois de juin prochain pour proposer un nouveau scénario au gouvernement. La Société québécoise des infrastructures (SQI) sera aussi impliquée.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a de son côté salué « l’engagement du gouvernement » à mener le projet à terme « de façon intégrée, avec l’arrivée du REM de l’Est ». « Afin d’en faire un succès, la Ville compte notamment mettre à profit son expertise en planification urbaine au sein du comité », a-t-elle dit dans un communiqué.

« Désaveu », dit l’opposition

À l’hôtel de ville de Montréal, les troupes de l’opposition officielle n’ont pas tardé à réagir, mardi, parlant même d’un « désaveu » pour l’administration Plante, « qui n’a pas fait de la ligne bleue une priorité ».

« Ça fait plus de 40 ans que les citoyens de l’Est, et plus particulièrement ceux d’Anjou, de Saint-Léonard et de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, attendent le prolongement de la ligne bleue. Aujourd’hui, on leur annonce que ce projet est reporté aux calendes grecques en raison du manque de leadership de l’administration Plante », a pesté le chef d’Ensemble Montréal, Lionel Perez.

Il soutient que les estimations des coûts « continuent d’exploser ». « Ils sont passés de 3,9 milliards de dollars en 2019 à 4,5 milliards de dollars en 2020. Aujourd’hui, c’est un projet de 6 milliards qui serait sur la table. En raison des retards, ce projet structurant ne devrait pas voir le jour avant encore une dizaine d’années alors qu’il était initialement prévu pour 2026 », avance-t-il encore, en insistant sur le fait que les Montréalais attendent ce prolongement « depuis plus de 40 ans ».

La situation évolue, rétorque la STM

Le président du conseil d’administration de la STM, Philippe Schnobb, affirme que plusieurs facteurs peuvent expliquer la hausse des coûts liés au projet. « La première, c’est que depuis l’évaluation initiale en 2015, la valeur des terrains a beaucoup évolué. Et ce n’est pas nous qui décidons de ça », rétorque-t-il.

L’autre élément, c’est la surchauffe du marché. Dans la construction, ça coûte plus cher qu’avant. On doit intégrer ça dans notre budget. Ce serait irresponsable de ne pas le faire, d’ailleurs.

Philippe Schnobb, président de la STM, pour qui les coûts liés à la COVID-19 et l’application des normes sanitaires jouent aussi dans la fluctuation des prix

À la ministre Rouleau, M. Schnobb rétorque que tout est une question de perspective. « Faire des belles stations ne signifie pas qu’elles vont coûter plus cher. Et les gens de l’Est ont droit d’avoir des stations avec une qualité architecturale. […] Associer le REM à ça ou d’autres projets, ça ne fonctionne pas. On n’a pas les mêmes comparables », lance-t-il.

« Ce n’est pas vrai que c’est 1 milliard par station. Et même dans ce calcul-là, il y a les garages, les stationnements incitatifs, les terminus d’autobus », insiste-t-il, en soulignant que les revenus importants générés par la ligne bleue sont aussi à prendre en compte dans l’équation.

Malgré tout, la STM dit bien accueillir l’arrivée du nouveau groupe d’action. « On reste préoccupés par les hausses de coûts. Ce comité, c’est quelque chose qu’on avait déjà souhaité. Il faut réunir les bonnes personnes », conclut M. Schnobb.