Les policiers ont arrêté sept personnes et remis plus d’une centaine de contraventions au cours de la manifestation en opposition au couvre-feu tenue dimanche soir. Des « évènements qui ne peuvent être tolérés », a dénoncé lundi la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault. Au lendemain du grabuge, les commerçants vandalisés déjà durement touchés constataient avec désespoir l’étendue des dégâts.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Sur la rue Notre-Dame Ouest, les passants observent avec dédain les trottoirs jonchés de débris et de morceaux de verre. Vers 8 h, les rares commerçants présents sur place poussent un soupir de désespoir. Ils fusillent du regard les nombreuses boutiques aux façades fracassées, désormais barricadées.

Un abribus détruit par les casseurs défigure la rue McGill, où règne un calme plat. Des employés de la Ville amorcent le nettoyage.

Jean Bardagi, de Camtec Photo, s’est précipité dans la boutique dimanche vers 21 h après avoir reçu une alarme. En visionnant les caméras, il réalise que ça brasse. Des jeunes dans la vingtaine crient, menacent et finissent par briser la vitre du commerce avec une barre de métal. Ce qui frappe M. Bardagi, c’est l’animosité des contestataires. « À un moment donné, la foule est devenue différente et ça n’avait plus aucun lien avec le couvre-feu. Ils étaient agressifs envers la police. »

« J’ai eu peur de me faire voler. Pourquoi on a été visé ? On n’avait pas besoin de ça. C’est gratuit », dit-il avec une pointe de tristesse.

Lendemain de manifestation dans le Vieux-Montréal

  • La boutique Camtec Photo, rue McGill.

    PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

    La boutique Camtec Photo, rue McGill.

  • La vitrine du restaurant Pizzeria Bros a été fracassée.

    PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

    La vitrine du restaurant Pizzeria Bros a été fracassée.

  • PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

  • La vitrine du restaurant Seasalt, sur la rue de la Commune.

    PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

    La vitrine du restaurant Seasalt, sur la rue de la Commune.

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Les vitres de Rooney, boutique de streetwear de luxe, ont également été détruites. Des agitateurs masqués ont volé un pull, un sac et une paire d'espadrilles, énumère Cassandra Pisarski, employée depuis trois ans.

« Nous sommes tous vraiment tristes. On a vu ça comme tout le monde sur les réseaux sociaux. On ne mérite pas ce coup dur », explique la jeune femme.

Selon le bilan provisoire du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), sept personnes ont été arrêtées en vertu du Code criminel.

Au total, 107 constats d’infraction en lien avec la loi sur la Santé publique ont été distribués, ainsi qu’une contravention liée au non-respect d’un règlement municipal.

On signale plusieurs dizaines d’infractions comme des méfaits, incendies criminels, introductions par effraction et entraves au travail des policiers, selon la porte-parole du SPVM Véronique Comtois.

Vers 19 h 30 dimanche, plusieurs centaines de jeunes se sont réunis, afin de protester contre les nouvelles mesures qui débutaient à Laval et à Montréal. Ils ont bloqué la rue de la Commune, une artère commerciale et touristique, en scandant « liberté pour les jeunes ».

« Ça fait trop longtemps que ça dure. Il fait beau aujourd’hui, pourquoi on devrait rentrer à 20 heures », a affirmé un manifestant qui a préféré taire son nom par peur de représailles. « On veut respirer, on veut voir nos amis », renchérit son ami à ses côtés.

  • PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

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Les protestataires se sont ensuite dirigés vers la place Jacques-Cartier où ils ont mis le feu aux poubelles. Moins d’une dizaine de minutes plus tard, l’escouade antiémeute est arrivée sur les lieux, afin de disperser la foule. Des dizaines de manifestants ont pris la fuite dans tous les sens, tandis que certains sont demeurés sur place sous surveillance policière.

Des feux d’artifice ont été lancés et plusieurs commerces ont été vandalisés à l’aide de panneaux de circulation.

Vers 22 h, la majorité des manifestations s’était dispersée et la police arrêtait les jeunes qui se trouvaient toujours sur place. Toute la journée, un appel à s’opposer au couvre-feu a été partagé sur les réseaux sociaux.

En soirée dimanche, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, qui était en passage à l’émission Tout le monde en parle, a indiqué que les protestataires représentent qu’« une infime partie de la population ».

Il a précisé que la majorité des Québécois continuent de respecter les mesures sanitaires. « On le voit dans les sondages, les gens continuent d’écouter, les gens continuent d’être conscients de ce qu’on vit », a-t-il affirmé.

Après avoir instauré des mesures d’urgence en réaction à la forte hausse des cas dans plusieurs régions du Québec, le gouvernement Legault a misé jeudi sur la prévention en ramenant le couvre-feu à 20 h à Montréal et à Laval. Cette mesure entrait en vigueur dimanche.

The Rebel

La veille, dans le Vieux-Montréal, la police de Montréal est intervenue par hasard dans un rassemblement contrevenant aux mesures sanitaires, où des membres du site d’extrême droite The Rebel s’étaient réunis.

De nombreux agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) étaient présents samedi dans le Vieux-Montréal, au quai de l’Horloge, pour une opération de visibilité en lien avec l’achalandage dans le quartier.

Peu après 11 h, un groupe réuni sur le Skal Nuphar, un bateau offert pour location sur AirBnb, a tenté d’attirer leur attention en leur posant des questions insistantes, se présentant comme des journalistes. La plupart des individus présents étaient vêtus d’un dossard les identifiant comme des membres de la presse.

Ezra Levant, fondateur et propriétaire de The Rebel, un site web d’extrême droite, se trouvait à l’intérieur du bateau.

Policiers insultés

Selon une source policière non autorisée à parler du dossier, le groupe a dès le début tenté d’attirer l’attention des policiers, notamment en les invectivant et en les insultant sans raison apparente.

Quand les policiers se sont approchés, ils ont réalisé qu’une dizaine de personnes étaient rassemblées dans le bateau et contrevenaient aux mesures sanitaires.

Les participants au rassemblement ont d’abord refusé de s’identifier, pour ensuite coopérer peu après l’arrivée de leur avocat.

Un rapport d’infraction général a été soumis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Selon nos informations, les participants recevront des constats d’infraction par la poste.

Le SPVM a confirmé dimanche l’opération à bord du Skal Nuphar, sans ajouter de détails. « Les policiers sont effectivement intervenus en vertu de la Loi sur la santé publique », a expliqué Raphaël Bergeron, porte-parole du corps policier.

Au moins deux membres de The Rebel ont pris part à la manifestation contre le couvre-feu dimanche soir pour en faire la couverture sur le site web de l’organisation.

-Avec Fanny Lévesque