Le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) a ouvert une enquête criminelle pour faire la lumière sur les circonstances de la mort d’une femme à l’hôpital Charles-Le Moyne, sur la Rive-Sud de Montréal, survenue le jeudi 25 mars dernier. Experts et médecins appellent toutefois à la prudence dans cette affaire.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
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Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
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La femme morte était dans la cinquantaine, selon ce qu’a expliqué le corps policier mardi. Aucun détail n’a été divulgué sur les circonstances de sa mort. Les enquêteurs ont interrogé plusieurs professionnels de l’établissement qui auraient été en contact avec elle entre son arrivée à l’hôpital et sa mort.

Un coroner mène aussi une enquête en parallèle sur ce décès, comme le veut la procédure. Ce sont des gestionnaires du réseau de la santé qui ont sonné l’alarme parce qu’ils trouvaient les circonstances préoccupantes.

« Nous pouvons confirmer que c’est le CISSS de la Montérégie-Centre qui a avisé le coroner et les autorités policières pour établir les circonstances d’un décès survenu à l’hôpital Charles-Le Moyne. Les enquêtes sont en cours, auxquelles l’établissement collabore de façon pleine et entière, a déclaré Martine Lesage, porte-parole du CISSS. Considérant les enquêtes du coroner et des autorités policières en cours, nous ne ferons aucun autre commentaire. »

Peu de commentaires émergeaient mardi des professionnels de la santé de l’hôpital Charles-Le Moyne et peu de détails circulaient sur les évènements. Sans minimiser ce qui a pu se passer, certains ont indiqué craindre qu’avec cette succession d’évènements, des cas d’erreurs médicales commencent à être transmis de plus en plus aux autorités policières et traités comme des homicides.

Gare aux généralisations

Pour Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM), il est important de ne pas condamner un médecin « sur la place publique » avant d’avoir « tout le contexte médical ou de soins ».

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Ce sera surtout essentiel de faire la lumière sur ce qui s’est exactement passé dans ce dossier avant de tirer à boulets rouges sur qui que ce soit. On doit le rappeler : jusqu’à preuve du contraire, il y a présomption d’innocence.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’ESPUM

L’enseignante espère surtout que le public ne fera pas de « généralités ». « Nos travailleurs de la santé œuvrent dans des conditions horribles, de guerre et de crise sanitaire. Il peut toujours y avoir des erreurs, et personne n’a le droit de vie ou de mort sur quelqu’un, mais de manière générale, j’espère que les gens ne feront pas de liens rapides ou de généralités », implore-t-elle.

Même son de cloche du côté du DMatthew Oughton, médecin à l’Hôpital général juif de Montréal. « On parle d’évènements somme toute exceptionnels. Est-ce que ça veut dire que les gens devraient perdre confiance en le réseau de la santé ? Évidemment que non, il ne faut pas se rendre là », insiste-t-il. « Je peux comprendre que c’est dans l’esprit des gens, parce qu’on a deux cas rapprochés dans le temps avec Hawkesbury, mais je n’y penserais pas trop et j’attendrais surtout que justice soit rendue », explique celui qui est spécialiste des maladies infectieuses et enseignant à l’Université McGill.

À Hawkesbury, enquête sur cinq morts

Cette nouvelle enquête s’amorce quelques jours à peine après l’arrestation d’un médecin montréalais accusé devant un tribunal ontarien du meurtre d’un patient qui était hospitalisé à Hawkesbury. Le DBrian Nadler, résidant de Dollard-des-Ormeaux, est accusé du meurtre au premier degré d’un patient originaire de Pointe-Claire, Albert Poidinger, 89 ans.

La Police provinciale de l’Ontario (PPO) dit par ailleurs enquêter sur d’autres morts suspectes à l’Hôpital général de Hawkesbury. Mardi, le quotidien Ottawa Citizen rapportait qu’un total de cinq décès de personnes atteintes de la COVID-19 dans l’établissement ontarien sont considérés comme suspects et que l’enquête se pencherait sur la médication administrée aux patients

À sa sortie du tribunal, l’avocat de M. Nadler a indiqué que son client clamait son innocence et qu’il comptait se défendre face à ces accusations. De son côté, l’hôpital ontarien avait tenu à rassurer sa population. « Le campus de l’hôpital est un lieu sûr. Nous continuons à offrir nos programmes dans un environnement professionnel et sécuritaire […]. Les dirigeants de l’HGH collaborent activement avec les agents de la PPO affectés à l’enquête », a-t-on assuré.

Le porte-parole du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet, s’était dit très préoccupé par le drame de Hawkesbury. « Quand ça arrive à ton père ou ta mère, ce n’est plus une anecdote. Chaque drame comme celui-ci, c’est un drame de trop », a-t-il dit.