Le secret le moins bien gardé en ville a éclaté dimanche soir : l’ex-maire Denis Coderre tentera de reconquérir l’hôtel de ville de Montréal en novembre prochain.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Le politicien l’a confirmé, comme prévu, devant les caméras de Tout le monde en parle. Il veut retrouver ses anciens collègues d’Ensemble Montréal, le parti politique qu’il a fondé et qui portait son nom jusqu’à sa défaite.

« Oui, je serai candidat à la mairie, a-t-il déclaré. Je veux qu’on retrouve Montréal. Je veux m’assurer qu’on puisse avoir un Montréal pour tous les Montréalais. »

Celui qui a été maire de la métropole de 2013 à 2017 dit s’être transformé depuis qu’il a quitté l’espace public. « J’ai réfléchi pendant quatre ans, je me suis retrouvé personnellement et j’ai rencontré plein de gens », a-t-il ajouté.

À la lumière de ce qui se passe aujourd’hui, je pense que Montréal mérite mieux.

Denis Coderre

Dans les minutes précédentes, il avait répondu aux questions de l’animateur Guy A. Lepage avec son bagou habituel, enchaînant les phrases-slogans et la défense de ses états de service.

Denis Coderre a défendu l’importance de « réinventer la police » sans la définancer, de reconnaître l’existence du racisme systémique et de l’utilité du « statut de métropole » accordé par le gouvernement Couillard.

Il a aussi affirmé qu’il acceptait l’impossibilité de construire le REM de l’Est en mode souterrain au centre-ville de Montréal et a critiqué le scepticisme de l’administration Plante quant à la version aérienne du projet.

« Au lieu de commencer à dire qu’on ne veut rien savoir, moi, j’aimerais ça qu’on ait de réelles discussions », a-t-il dit. Dans ce dossier, a-t-il ajouté, « ça prend les bonnes personnes aux bonnes places pour prendre de bonnes décisions ».

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Denis Coderre lors de son discours de défaite, en novembre 2017

Comme dans son livre Retrouver Montréal, Denis Coderre a expliqué que la dernière année de son mandat à la mairie avait été extrêmement difficile sur le plan privé, avec « une peine d’amour, une perte d’estime de soi, de gros problèmes personnels ». « Il y avait beaucoup de blessures et je devais trouver une façon de cicatriser tout ça », a-t-il dit. Écrire, « c’est comme se donner un cercle de guérison ».

Le baseball devra attendre

En plus de présenter son livre, arrivé mercredi dernier en librairie, M. Coderre a fait tomber une douche froide sur les amateurs de baseball qui espéraient un retour rapide de la ligue majeure à Montréal. Stephen Bronfman a fait la manchette la semaine dernière parce que ses entreprises demandent le soutien de Québec pour la construction d’un éventuel stade sportif.

« Le timing n’est pas bon, parce qu’on est en pleine pandémie. Je pense que la priorité, c’est de s’occuper des choses qui sont très concrètes et immédiates », a répliqué Denis Coderre.

Les priorités doivent être beaucoup plus sur la relance économique, sur la possibilité de se retrouver comme Montréalais.

Denis Coderre

Lui-même fervent amateur de balle, l’ex-maire est toutefois loin de fermer la porte au projet à moyen terme.

« Vous avez des gens d’affaires qui ont décidé de contribuer à l’essor de Montréal. Vous avez un premier ministre qui a dit qu’il allait être ouvert. Mais il faut voir les faits avant. Peut-on commencer par regarder ce que ça vaut, s’il y a des retombées économiques pour de vrai ? », a-t-il dit.

La levée de boucliers qui a suivi les manchettes sur M. Bronfman est symptomatique d’un mal plus grand, selon lui.

« Je suis un peu tanné qu’on tire la plogue tout le temps sur l’ensemble des investissements avant qu’on voie c’est quoi » les chiffres.

Réactions

Après avoir annoncé d’un ton moqueur qu’elle consacrait son dimanche soir à « regarder les académicien-nes » de Star Académie, la mairesse de Montréal a salué le retour en politique de son éternel adversaire.

« On ne peut pas dire qu’on ne s’y attendait pas ! Blague à part, je souhaite la bienvenue à Denis Coderre dans la course », a écrit Valérie Plante sur les réseaux sociaux. « Je suis impatiente de pouvoir débattre avec vous, de notre vision de Montréal. »

Son directeur des communications a été autrement plus incisif. Youssef Amane a qualifié la performance de Denis Coderre de « festival des phrases creuses » et s’est réjoui du fait qu’après « quatre ans… l’effeuillage est fini ».

Sylvain Ouellet, numéro trois de l’administration Plante, a pour sa part publié une longue analyse du livre de Denis Coderre, dont il critique vertement le contenu. « C’est encore le vieux Denis Coderre du massacre à la tronçonneuse du parc Jean-Drapeau ou des milieux humides de Pierrefonds », a-t-il écrit. Lever les limites de hauteur au centre-ville, comme le propose M. Coderre, constitue « un retour à un urbanisme que l’on croyait mort depuis plus de 50 ans », ajoute Sylvain Ouellet.

Mais pour Danielle Pilette, professeure à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et spécialiste du monde municipal, Denis Coderre a réussi le lancement de sa campagne.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Valérie Plante et Denis Coderre lors d’un débat des candidats en 2017

« C’est exactement ce à quoi on s’attendait, mais ça a été bien livré », a-t-elle analysé. « M. Coderre s’est présenté comme Monsieur Montréal, comme Monsieur Métropole : c’est lui qui a obtenu le statut de métropole et il a l’intention de continuer dans cette voie-là. Ça faisait presque homme d’État. »

Pour la professeure Pilette, le tout nouveau candidat à la mairie « a évité le piège du stade de baseball » en repoussant l’idée à plus tard et a défendu adéquatement son projet de faire du chef de police de Montréal un haut fonctionnaire municipal afin d’améliorer la gestion du service – même au risque d’une proximité trop grande avec le cabinet du maire.

Le caucus d’Ensemble Montréal, qui forme aujourd’hui l’opposition officielle à l’hôtel de ville, a annoncé qu’il se réunirait afin d’accueillir son nouveau candidat à la mairie. « Je suis très heureux que Denis Coderre prenne la décision de retrouver Montréal et que ce retour en politique municipale se fasse sous la bannière d’Ensemble Montréal », a affirmé le chef Lionel Perez dans un communiqué. « Son expérience, son cheminement et sa vision permettront définitivement à la métropole de sortir de son marasme et de retrouver ses lettres de noblesse. »