Ceux qui croyaient qu’après le brouhaha causé l’été dernier par les fermetures de rues, la Ville de Montréal allait modérer ses transports, qu’ils se détrompent. L’administration Plante a, bien au contraire, décidé d’y aller plus à fond.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Un programme de financement offert aux sociétés de développement commercial (SDC) et aux associations de marchands de la métropole permettra de piétonniser 10 artères.

Les SDC ont jusqu’au 22 mars pour soumettre un concept. Les projets qui seront retenus bénéficieront d’une aide pouvant aller jusqu’à 400 000 $. Un budget de 4 millions de dollars a été réservé à cette initiative.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Dans le contexte de la lutte contre la COVID-19, l’avenue du Mont-Royal a été aménagée en Voies actives sécuritaires l’été dernier.

Cette annonce a été faite sans tambour ni trompette, vendredi, au bas d’un communiqué de presse. Le journal Métro avait toutefois abordé le sujet après la réunion du conseil municipal du 22 février. Une question de la leader de l’opposition officielle, Karine Boivin-Roy, qui voulait savoir si on allait « épargner » aux citoyens les Voies actives sécuritaires (VAS) cet été, a amené Luc Rabouin, responsable du développement économique au sein du comité exécutif, à présenter les grandes lignes de ce projet.

Si, l’été dernier, on a justifié la fermeture de certaines rues pour des raisons sanitaires, c’est la crise sérieuse que traversent actuellement les commerçants qui justifie cette fois-ci l’offensive de la Ville de Montréal.

Saura-t-on mieux présenter ces décisions aux citoyens et éviter la confusion qui a régné l’an dernier, comme le soulignait le rapport de l’Ombudsman publié en décembre dernier ? On le souhaite.

Les citoyens ont eu du mal à se retrouver parmi tous les types d’aménagements que l’on voyait en 2020 : les Voies actives sécuritaires (VAS), le Réseau express vélo (REV) ainsi que les corridors sanitaires et divers autres projets implantés dans plusieurs arrondissements.

L’été qui s’en vient va nous permettre de voir les effets réels du REV dans la vie des citoyens et des commerçants de la rue Saint-Denis. Inauguré à l’automne dernier, ce projet novateur connaîtra son véritable premier test au cours des prochains mois. Il sera intéressant de suivre cela.

En ce qui a trait aux fermetures à venir, il est trop tôt pour savoir à quoi ressembleront les mesures sanitaires à Montréal cet été. Difficile pour la Ville de Montréal de qualifier ces piétonnisations. Seront-elles des VAS ? Seront-elles là pour aider les commerçants ? Ou joueront-elles les deux rôles ?

Pour l’heure, le grand défi de cette opération repose sur les choix que l’on doit faire. Déterminer les bons tronçons, s’assurer que le réaménagement d’une rue profite à un maximum de commerçants et ne nuise pas davantage à une certaine catégorie, ne pas ankyloser un secteur qui a besoin de fluidité, etc.

J’ai soumis cela à Billy Walsh, président de l’Association des SDC de Montréal. Il est absolument d’accord que ces fermetures de rues ne sont pas bonnes pour toutes les artères commerciales.

On doit tenir compte des spécificités de chaque territoire. Une approche one size fits all n’est pas applicable.

Billy Walsh, président de l’Association des sociétés de développement commercial de Montréal

Pour Billy Walsh, on a tort de croire que les fermetures profitent surtout aux bars, aux cafés et aux restaurants, c’est-à-dire aux établissements qui ont des terrasses. Selon lui, on doit regarder de près la « géotypologie » de l’ensemble des commerces. « Il y a des commerces de détail qui souhaitent cela et d’autres qui font de l’urticaire juste à en entendre parler. C’est très complexe. »

En effet, Jean Frisko, de la SDC de Jean-Talon Est, m’a dit qu’il n’allait pas proposer de concept, car cela ne s’applique pas à la réalité de son secteur et qu’il n’avait pas l’appui de son arrondissement. « Nous allons trouver autre chose pour aider les commerçants », dit-il.

Plusieurs SDC ont refusé de me parler, car elles ne disposent pas pour le moment de tous les détails de leur plan, qu’elles sont en train de finaliser dans l’urgence (ce programme est arrivé trop tard dans la saison, selon eux). Billy Walsh croit cependant qu’au moins 10 projets devraient être soumis à la Ville de Montréal à la date d’échéance.

On peut s’attendre à ce que l’avenue du Mont-Royal, la rue Wellington et la rue Ontario (appuyée par une pétition demandant une fermeture plus grande que celle que la SDC voulait soumettre) fassent une demande de fermeture.

La piétonnisation est une tendance mondiale contre laquelle il est difficile de se battre. Cependant, les citoyens ont le droit de savoir ce qui justifie les décisions. Pour créer des oasis charmantes qui donnent un caractère humain ? Pour aider les commerçants ? Pour sécuriser la population ?

Parlant de citoyens, qu’ont-ils à dire dans ce projet ? On nous dit qu’ils seront consultés. De quelle façon ? À quelle étape ? Difficile de le savoir. Une fois de plus, ils risquent d’être mis devant le fait accompli.

Mais entre vous et moi, nous serons tellement heureux de profiter de la ville quand arrivera juillet, qu’à vélo, à pied ou à dos d’âne, nous risquons d’accourir vers ces îlots improvisés.