Le gouvernement provincial n’a pas l’intention d’interdire la chasse dans la métropole, tel que l’a réclamé plus tôt cette semaine le conseil d’agglomération de Montréal. Québec juge en effet que les municipalités ont déjà les moyens de restreindre cette activité.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« En ce moment, toutes les municipalités détiennent déjà les leviers réglementaires nécessaires pour limiter la chasse sur leur territoire. Nous n’avons pas l’intention de rouvrir la loi », a confirmé vendredi en soirée le cabinet du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour.

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Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour

Québec estime en effet que les villes peuvent déjà « subvenir à leur réglementation actuelle » en utilisant les mécanismes de prévention à leur disposition, et qu’il n’est donc pas nécessaire d’interdire complètement les activités de chasse.

Cette position va d’ailleurs dans le même sens que celle de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FQCP), pour qui le statu quo ne pose pas de problèmes réels. « Les Villes ont les outils réglementaires pour restreindre l’utilisation des engins de chasse. C’est clair pour nous que ça fonctionne bien, il y a plusieurs villes qui utilisent déjà ces outils-là », a indiqué vendredi Stéphanie Vadnais, porte-parole de l’association, soulignant que 70 % de la chasse au Québec se déroulait en milieu périurbain.

« Déçue, mais pas surprise »

C’est Paola Hawa, qui dirige la municipalité de Sainte-Anne-de-Bellevue depuis 2013, qui avait convaincu ses collègues qu’une telle interdiction était nécessaire, jeudi soir, lors de la réunion du conseil d’agglomération de Montréal. Une motion a été adoptée pour presser Québec d’interdire la chasse sur toute l’île, incluant chasse à l’arme à feu, mais aussi la chasse à l’arc et à l’arbalète, ainsi que le piégeage.

Jointe par La Presse, Mme Hawa s’est dite « déçue, mais pas surprise » par la position du gouvernement provincial. « Je trouve que c’est dommage que le ministère ne reconnaisse pas l’importance de l’enjeu de la sécurité sur l’île de Montréal. Mais ce n’est pas fini », a soutenu l’élue municipale.

Pour l’instant, on va réfléchir à nos options, mais c’est certain que nous n’allons pas accepter le fait que nos citoyens font encore face à une situation qui pose un risque très élevé.

Paola Hawa, mairesse de Sainte-Anne-de-Bellevue

Celle-ci condamne par ailleurs que les autorités gouvernementales « fassent semblant » que le problème n’existe pas, en faisant dévier le débat. « C’est absolument faux, dit-elle en parlant de la position du ministère citée plus haut. On a déjà utilisé tous les moyens réglementaires à notre disposition, et tout de même, ça ne fonctionne pas. C’est au ministre Dufour de faire ce qu’il a à faire pour s’assurer que les gens se sentent en sécurité », rajoute la mairesse.

La municipalité de Mme Hawa est située à l’extrémité de l’île de Montréal et comprend de grands secteurs boisés. Ces boisés sont utilisés par les promeneurs, de plus en plus nombreux depuis le début de la pandémie. Ils sont souvent à proximité de maisons — et même d’une école, s’inquiètent des résidents. Précisons qu’il est déjà interdit de décharger une arme à feu sur le territoire de la Ville de Montréal et d’autres municipalités interdisent la chasse à moins de deux kilomètres de toute résidence. Mais la loi provinciale autorise cette activité pour les titulaires d’un permis de chasse.

— Avec Philippe Teisceira-Lessard, La Presse