La Ville de Montréal a accepté de restituer une coiffe traditionnelle aux Cris de la Baie-James, après un passage de 70 ans dans la collection d’un musée municipal.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

L’objet, d’une grande valeur symbolique pour cette nation autochtone, faisait l’objet d’une demande de retour depuis l’été 2019.

La coiffe aurait appartenu à Jane Gunner, l’épouse d’un chef de la communauté de Mistissini, vers le milieu du XIXe siècle.

Depuis 1948 et jusqu’à aujourd’hui, elle faisait partie de la collection du petit Musée de Lachine, un établissement municipal. Elle avait été léguée par Fred Russel Hamilton, un collectionneur montréalais. La façon dont il l’a acquise est inconnue.

« Cette coiffe perlée s’inscrit dans une riche tapisserie de la culture crie », a dit le grand chef Abel Bosum, mercredi, au cours de la conférence de presse annonçant le retour de l’artefact vers un institut culturel cri. « Cet objet nous parle d’une façon dont il ne parle à personne d’autre. »

Ce retour « est un acte profond de décolonisation », a-t-il ajouté.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, s’est réjouie que la restitution tisse un lien supplémentaire entre Cris et Montréalais. Ce passage au musée de Lachine « fera partie de l’histoire de la coiffe », a-t-elle souligné.

La coiffe n’avait pas été oubliée au fond d’une boîte poussiéreuse : il y a 10 ans, elle a été complètement restaurée. « Il a fallu plus de 570 heures à la restauratrice pour réaliser ce travail », indiquait le Musée de Lachine en 2019. D’un point de vue historique, l’artéfact est important parce que peu de coiffes de la même époque et parvenues jusqu’à nous offrent un décor aussi élaboré, a ajouté l’institution. Elle est faite de perles de verre cousues sur un lainage.

Toujours en 2019, une descendante de Jane Gunner évoquait en entrevue avec La Presse son attachement à l’objet, qui a visité le territoire des cris de la Baie-James en 2016, dans le cadre d’un prêt entre musées. « Quand ils l’ont apportée ici, c’est comme si je rencontrais ma grand-mère que je n’ai jamais connue », affirmait-elle.