« Organisation en situation de guerre », « méfiance et suspicion », « présomptions de harcèlement », « sentiment généralisé de démobilisation et d’épuisement », « services à l’abandon » : un rapport dresse un constat accablant concernant le climat de travail à l’Office municipal d’habitation de Longueuil (OMHL) et recommande sa mise sous tutelle, si rien n’est fait pour changer sa gouvernance.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Après l’arrivée d’une nouvelle directrice générale, plusieurs mois de conflits et le départ du tiers des employés, le conseil d’administration de l’OMHL a demandé un diagnostic organisationnel à une firme externe de ressources humaines.

Le rapport de la firme SCE, remis au C.A. le 20 janvier, conclut « qu’un climat de travail négatif est présent à tous les paliers de l’organisation et que ce climat a une incidence directe sur le bon fonctionnement de l’organisation. Il ressort de cela avec évidence que le statu quo obligerait, à notre avis, la mise en place de mesures coercitives (tutelle) afin d’assurer le bon fonctionnement de l’organisme ».

On recommande, « urgemment, la mise en place d’un processus d’accompagnement du C.A. (y compris sa présidence) afin de recadrer et stabiliser la gouvernance de l’organisme ».

Selon le rapport, les membres du C.A. ne maîtrisent pas leur code d’éthique et leurs obligations, et ne comprennent pas leurs rôles et responsabilités.

La directrice générale, Danielle Lavigne, en poste depuis juillet 2019, est aussi visée. Les experts recommandent un processus de coaching pour une période minimale de six mois, avec des objectifs clairs. « Advenant le refus de la directrice générale de s’engager dans un tel processus, […] il sera alors préférable de privilégier l’établissement d’une entente de fin d’emploi avec celle-ci », indique le rapport.

Des conséquences pour les locataires

L’OMHL est présidé par la conseillère municipale Monique Bastien, qui est vice-présidente du comité exécutif de la Ville de Longueuil. Elle a refusé notre demande d’entrevue.

Le conseiller de l’opposition Michel Lanctôt se dit « scandalisé » de cette situation et demande la démission de Mme Bastien.

Il souligne que le rapport du groupe SCE est très critique à son endroit, en notant que les décisions sont centralisées autour de la présidente et de la directrice générale, que les administrateurs obtiennent difficilement les informations nécessaires à leurs fonctions et que les échanges entre administrateurs manquent de civilité.

Selon Michel Lanctôt, la crise au sein de l’OMHL a des conséquences sur les services aux locataires.

Plus d’une centaine d’appartements à prix modique seraient vacants actuellement, à cause du manque de personnel, « alors que les besoins sont énormes dans le domaine du logement », plaide M. Lanctôt.

L’OMHL gère plus de 2000 logements dans de nombreux bâtiments.

Mise sous tutelle demandée

La Fédération des locataires de HLM du Québec (FLHLMQ) a demandé à la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, en septembre dernier, la mise sous tutelle de l’OMHL, après avoir reçu de nombreuses plaintes de comités de locataires, qui déplorent un entretien défaillant des immeubles.

Au cabinet de la ministre Laforest, on indique prendre connaissance du rapport et attendre des recommandations de la Société d’habitation du Québec, responsable des OMH de la province.

Pour la députée indépendante de la circonscription de Marie-Victorin, Catherine Fournier, la mise sous tutelle de l’OMHL est une nécessité.

Elle décrit le rapport comme « extrêmement préoccupant » pour les résidants de Longueuil.

Depuis juin, on reçoit à mon bureau de circonscription des communications de lanceurs d’alerte à ce sujet-là. Ça fait un an que rien ne va plus.

Catherine Fournier, députée de la circonscription de Marie-Victorin

L’élue déplore que des « clans se soient formés à l’interne » entre le conseil d’administration de l’OMHL et la Ville de Longueuil ainsi que sa mairesse, Sylvie Parent. « Je peux vous dire qu’il y a de la détresse psychologique chez plusieurs employés et tout ça se fait aux frais des locataires, alors qu’on connaît nos graves problèmes de logement à Longueuil. Pour moi, le lien de confiance, il est rompu », insiste-t-elle.

— Avec Henri Ouellette-Vézina, La Presse