Les Inuits du Grand Nord québécois accusent l’administration Plante d’appropriation culturelle pour avoir donné un nom inuit à un important édifice municipal sans les avoir consultés adéquatement, a appris La Presse.

Publié le 21 janv. 2021
Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

Dans une lettre datée du mois dernier et récemment obtenue par La Presse, le leader des Inuits du Nunavik déplore que le Centre Peter McGill ait pris le nom de Centre Sanaaq « sans consultation » avec les organisations qui représentent ce peuple.

Sanaaq est le titre d’un des premiers romans écrits par une Inuite, dans les années 1950. Son auteure, Mitiarjuk Nappaaluk, est morte en 2007.

« Le 2 décembre dernier, nous avons été surpris d’apprendre, par les médias, l’annonce de la Ville de Montréal concernant le nouveau nom du Centre Peter McGill », ont écrit Charlie Watt et Josepi Padlayat, respectivement président de Makivik et de l’institut culturel Avataq, dans leur lettre à Valérie Plante. « Il semble que votre processus de consultation n’ait inclus qu’une seule personne. […] Il semble que personne au Nunavik n’ait été informé. » Makivik est l’entité qui représente les Inuits du Nunavik, sert d’interlocuteur aux gouvernements et gère les fonds qui leur sont collectivement remis. Avataq est l’organisme de promotion de la culture.

« Votre administration s’est approprié, sans consentement, le nom d’un élément culturel important du Nunavik », accuse encore la missive. Le document fait valoir qu’aucun membre de la famille de Mme Nappaaluk n’a été consulté.

Dans leur lettre, MM. Watt et Padlayat reconnaissent à la Ville de Montréal ses « efforts envers les Inuits sans-abri » de Montréal, mais aimerait que son ouverture « aille au-delà du square Cabot ».

Le centre culturel devrait être inauguré en 2023 sur l’ancien site de l’Hôpital de Montréal pour enfants, près du métro Atwater, dans l’ouest du centre-ville de Montréal.

Le processus a été suivi, dit la mairesse

Valérie Plante a réagi à la lettre de MM. Watt et Padlayat en défendant le travail de son équipe et en gardant le cap sur la nouvelle dénomination du centre.

La commissaire aux relations avec les Peuples autochtones de la Ville de Montréal, Marie-Eve L. Bordeleau, a été en contact tout au long du processus avec deux employés de l’Institut culturel Avataq, dont son directeur général, a assuré Valérie Plante. La suggestion initiale provient même de l’un d’eux, fait valoir la lettre.

« Nous avons reçu beaucoup de réactions positives des gens que nous avons consultés, à la fois au sein du quartier et des proches de Mme Nappaaluk », a fait valoir Mme Plante. « Veuillez croire que je suis pleinement engagée vis-à-vis du processus de réconciliation et que je veux maintenir un dialogue constant entre nous afin de nourrir nos échanges. »

La mairesse offre aussi une rencontre « tôt dans la nouvelle année » à MM. Watt et Padlayat.

Joint par La Presse, le cabinet de la mairesse a réitéré sa position.

En fin de journée, mercredi, M. Padlayat a ajouté en entrevue téléphonique qu’à ses yeux, le dossier n’était pas réglé et que la lettre d’explication du cabinet de la mairesse n’était pas satisfaisante. Il aurait voulu une demande officielle.