Je ne suis pas surpris des dernières données démographiques au sujet de Montréal publiées jeudi par l’Institut de la statistique du Québec. L’importante chute du taux d’accroissement est en grande partie liée à la pandémie.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

La métropole a connu un nombre important de morts au cours des derniers mois, et la fermeture des frontières a durement freiné l’arrivée d’immigrants et empêché les résidents non permanents (travailleurs temporaires et étudiants) de faire augmenter la population comme cela est le cas chaque année.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

« La question qui tue : pour qui est Montréal en 2021 ? Pour les familles ? Pour les étudiants ? Pour les personnes âgées ? Pour les gens de la classe moyenne ? Pour les riches ? Pour les gens d’affaires ? Pour les investisseurs ? », se demande notre chroniqueur

Mais il faut faire attention avant de rendre la pandémie entièrement responsable de ce déficit catastrophique. Montréal a connu un taux d’accroissement de 2,3 pour 1000 au cours de la période allant du 1er juillet 2019 au 1er juillet 2020, alors qu’il fut de 18 pour 1000 en 2018-2019 et de 21 pour 1000 en 2017-2018.

Quand on regarde les données de plus près, on se rend compte que Montréal a vu son nombre de sortants augmenter. Et ils vont où, ces sortants ? Vers d’autres régions du Québec.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, Montréal a enregistré une baisse d’entrants au cours de 2019-2020. Ils vont où, ces entrants qui ne viennent pas chez nous ? Dans d’autres régions du Québec.

Bref, non seulement on est plus nombreux à quitter Montréal, mais on est aussi plus nombreux à ne pas vouloir y aller.

Cette baisse d’entrants est « inquiétante », m’a confié Martine St-Amour, démographe à l’Institut de la statistique du Québec. Année après année, on se rend compte que les Québécois vivant dans d’autres régions sont de moins en moins attirés par Montréal.

« C’est évident que la pandémie a eu un effet majeur sur le poids démographique de Montréal », m’a dit Yves Carrière, professeur au département de démographie de l’Université de Montréal. « Mais on peut réfléchir sur les tendances à venir. »

Son collègue Robert Bourbeau n’est pas étonné de découvrir ces données. Cela fait des mois qu’il répète que le nombre de victimes de la COVID-19 aura une certaine incidence sur le poids démographique de Montréal.

Mais Robert Bourbeau est également très curieux de voir ce qui arrivera une fois la pandémie passée. Le taux d’accroissement va-t-il se stabiliser, remonter ou piquer du nez ? « Il est vrai que Montréal est devenu plus répulsif. Au fond, tout le monde cherche une meilleure qualité de vie. »

Et cette qualité de vie se trouve de plus en plus ailleurs.

Robert Bourbeau fait référence aux problèmes de mobilité engendrés par les nombreux règlements de circulation et les incontrôlables chantiers de construction. Ce qui est mobile pour certains ne l’est pas pour d’autres.

On a fait du cône orange un symbole humoristique de Montréal. Mais le gag fait de moins en moins rire. Il est devenu la cause d’un désintérêt profond à l’égard de Montréal.

À cela s’ajoute la flambée des prix en immobilier. Comment fait-on, quand on est un jeune couple ou une jeune famille, pour effectuer un premier achat dans le domaine de l’immobilier ? Comment peut-on s’offrir une propriété de 650 000 $ ou de 800 000 $ à 29 ans ?

Il ne faut donc pas s’étonner de voir après cela des villes comme Trois-Rivières créer de vastes stratégies publicitaires pour dire qu’il fait bon vivre sur leur territoire.

Notre relation avec les distances est un autre aspect non négligeable. À l’instar des résidants de Toronto, de Vancouver ou de New York, notre perception de l’étendue qui se trouve entre notre milieu de vie et notre lieu de travail est en train de complètement changer.

On hésite de moins en moins à parcourir de longues distances matin et soir pour s’offrir une qualité de vie qui prend la forme d’une maison unifamiliale et d’un jardin.

C’est fou de penser que le système de transport que nous sommes en train de mettre en place pour soi-disant favoriser les liens entre Montréal et les villes avoisinantes est peut-être en train de se transformer en mesure incitative pour quitter… Montréal.

Puis, il y a les effets du télétravail. Peu exploité avant la pandémie, ce concept est en train de chambouler le monde du travail. Nous ne reviendrons peut-être pas à la bonne vieille formule du présentiel à 100 % après la pandémie, mais il restera très certainement quelque chose de cette expérience.

La dynamique du télétravail a amené un nombre important de Montréalais à vivre dans leur chalet au cours des derniers mois. Vont-ils conserver leur adresse « en ville » au cours des prochaines années ?

Montréal vit une importante mutation. La ville tente de s’adapter aux réalités de notre époque. Elle est plus verte, plus conviviale, plus chaleureuse. Elle a adopté au cours des dernières années une taille à échelle plus humaine.

Et pourtant, elle attire de moins en moins de nouveaux résidants et peine à conserver ceux qui l’avaient choisie.

L’administration actuelle et celles qui l’ont précédée ont promis à répétition des mesures pour améliorer le sort des jeunes familles. Pourtant, lorsque celles-ci n’arrivent pas à s’offrir une propriété dans Villeray ou sur le Plateau, elles doivent aller s’installer en banlieue.

Nous en sommes là après des années de serments électoraux.

La question qui tue maintenant : pour qui est Montréal en 2021 ? Pour les familles ? Pour les étudiants ? Pour les personnes âgées ? Pour les gens de la classe moyenne ? Pour les riches ? Pour les gens d’affaires ? Pour les investisseurs ?

Montréal a besoin de faire cette introspection. C’est son avenir qui en dépend.

L’autre option serait d’imiter les municipalités des régions du Québec qui s’offrent de belles campagnes publicitaires pour attirer les résidants chez elles.

Je blague, mais à peine.