Un homme de 28 ans a été arrêté mercredi après-midi par la police de Montréal pour méfaits, après avoir apposé des croix gammées sur une synagogue orthodoxe de Westmount. Il a été rencontré par des enquêteurs au courant de la journée. Les autorités entendent recommander une évaluation psychologique.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

C’est vers 13 h 30 que les agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont d’abord été appelés à intervenir à la Congrégation Shaar Hashomayim, située sur l’Avenue Kensington. À leur arrivée, ils ont localisé une personne « qui effectuait des méfaits dans des vitres et la porte », en peinturant des « croix gammées ».

« La sécurité et les gens de la synagogue l’ont repéré, sont sortis et l’ont contrôlé. La personne ne semblait pas agressive. Elle est restée calme jusqu’à son arrestation », a témoigné un porte-parole du corps policier, Raphaël Bergeron.

D’après nos informations, le jeune homme, dont l’identité n’a pas été révélée, tenait des propos pour le moins incohérents lors de son interpellation. Il a été transporté au Centre opérationnel du SPVM pour y être rencontré par des enquêteurs de la Section des crimes haineux.

« On va fortement recommander une évaluation psychologique dans ce cas précis », a poursuivi M. Bergeron. Pour l’instant, le suspect demeurera détenu jusqu’à sa comparution, prévue jeudi au palais de justice de Montréal. La police de Montréal n’a déploré aucun incident violent qui serait relié à cet évènement.

Le premier ministre, François Legault, a déploré en soirée « un geste antisémite inacceptable, qu’il faut dénoncer haut et fort », remerciant au passage les policiers pour leur intervention rapide. Le ministre Benoit Charette a aussi parlé d’un « geste ignoble loin des valeurs qui doivent nous fédérer ».

À Ottawa, le chef libéral Justin Trudeau a critiqué un acte « absolument odieux ». Je condamne fermement ce geste ignoble. […] Nous devons dénoncer la haine antisémite, peu importe où et quand elle se produit », a-t-il écrit. Les ministres Marc Garneau et Marc Miller ont aussi tenu à dénoncer l’incident.

Des organismes « alarmés »

Sur les réseaux sociaux, le Centre consultatif des relations juives et israéliennes-Québec (CIJA-Québec) a indiqué que « la communauté juive est choquée par l’attaque d’aujourd’hui contre la Congrégation Shaar Hashomayim à Westmount ». « Cette attaque vise l’ensemble de la communauté et tous ceux qui adhèrent aux principes de civilité et de tolérance », a-t-il martelé.

Après d’autres violentes attaques antisémites, cet incident nous rappelle le rôle dangereux que les médias sociaux continuent de jouer dans la propagation de la haine et la provocation de la violence.

Le CIJA-Québec, sur son compte Twitter

L’organisme appelle par ailleurs le gouvernement et les usagers des médias sociaux à « redoubler leurs efforts pour surveiller et freiner cette propagation de l’antisémitisme et du sectarisme en ligne ». « Nous sommes reconnaissants à la sécurité de la synagogue et à la police pour leur réponse rapide », a-t-il précisé.

Dans un communiqué, le groupe de défense des droits des Juifs, B’nai Brith Canada, s’est aussi dit « indigné et alarmé par un acte d’antisémitisme sérieux ». « Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est le fait qu’une cartouche d’essence rouge a été repérée près des portes où il a procédé à sa profanation », a écrit l’organisation, précisant néanmoins que personne n’a été « physiquement blessé ».

« Cet incident est un autre rappel choquant du besoin constant de vigilance pour protéger nos institutions communautaires juives », a insisté le chef de la direction de B’nai Brith Canada, Michael Mostyn. L’antisémitisme peut lever sa tête laide n’importe où et n’importe quand, et nous devons toujours faire notre part pour le combattre quand il le fait. » Harvey Levine, le directeur québécois du groupe de défenses, a pour sa part promis qu’il « fera un suivi auprès de la Section des crimes haineux (du SPVM) et des personnes touchées, afin de faire tout ce que nous pouvons pour que justice soit rendue dans cette affaire ».

En mai dernier, une autre synagogue montréalaise, celle de la Congrégation Sepharade Kol Yehouda, avait été vandalisée alors qu’elle avait cessé ses activités en raison de la pandémie de COVID-19. Des objets rituels avaient été jetés au sol et dans les toilettes, notamment.