Dans le dossier du retour du baseball, la mairesse de Montréal Valérie Plante renvoie la balle à Stephan Bronfman : celui-ci devra être « créatif » et présenter un « projet tangible » s’il veut convaincre la Ville de Montréal d’approuver son projet de stade de baseball au bassin Peel, a indiqué la mairesse Plante lundi.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

L’administration Plante, qui a rendu public lundi un rapport de l’Office de consultation publique de Montréal sur le quartier du bassin Peel, entend développer le quartier en conservant une « mixité sociale, économique et culturelle ». Traduction : il n’y a aura pas que des tours à condos de 30 étages et un stade de baseball.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Valérie Plante

La proposition de Stephen Bronfman cadre-t-elle avec cet objectif de mixité sociale et économique ? La mairesse Valérie Plante veut laisser la chance au coureur. « Un projet comme un stade va devoir répondre de façon très forte à ces préoccupations de conserver la mixité, ça va être un défi, ce n’est pas impossible, c’est un défi, dit-elle. Le secteur a tellement de potentiel. Je peux voir comment ce serait intéressant pour une équipe de baseball, mais ça pourrait être intéressant aussi pour d’autres types d’usage. On pourrait peut-être combiner les deux, mais on devra être créatif. »

Avant tout, le groupe de Stephen Bronfman doit ouvrir son jeu et montrer un projet plus complet. La mairesse Plante a indiqué lundi n’avoir pas d’autre information que les grandes lignes présentées par M. Bronfman devant l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM). À titre d’exemple, le groupe de M. Bronfman n’a pas précisé le coût du stade ni comment il serait financé.

« Il faut qu’ils nous montrent quelque chose absolument, sinon on jase, mais on jase de quoi ? », a dit la mairesse Plante lundi en point de presse.

Le groupe de M. Bronfman « étudiera soigneusement » le rapport de l’OCPM sur le quartier du bassin Peel (le quartier Bridge-Bonaventure), a-t-il indiqué lundi par voie de communiqué. Le groupe de M. Bronfman n’a pas fait d’autres commentaires.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Stephen Bronfman

Le rapport de l’OCPM recommande à la Ville de Montréal de faire une deuxième consultation sur le projet de stade de baseball au bassin Peel, estimant qu’il « serait irresponsable de statuer sur ce projet [de stade de baseball] sur la base des informations parcellaires dont elle dispose. »

La mairesse Plante est d’accord avec l’analyse de l’OCPM dans son rapport. « Il n’y a pas de plan, pas d’ébauche, rien, dit-elle. Je n’ai rien vu. Je n’ai pas de projet tangible, c’est très difficile pour moi de me prononcer [sur le projet de stade]. On s’attend à voir des études d’impact et financières. Encore une fois, un stade, c’est majeur. »

« Pour pouvoir dire que c’est un bon projet, il aurait fallu une vraie image, plus que l’image qu’on a vue dans le Journal de Montréal, dit Dominique Ollivier, présidente de l’OCPM, en entrevue à La Presse. Il faudrait qu’on ait quelques études qui nous disent quel serait l’impact sur la circulation, le bruit, ça va quoi le pourcentage de résidentiel pour financer le stade. Ils voulaient avoir des tours d’habitation qui pourraient aider à financer. De quoi parle-t-on ? On n’a aucune idée. »

L’OCPM estime aussi que le projet du groupe de Stephen Bronfman est « très controversé ». Selon un questionnaire en ligne de l’OCPM, 51 % des répondants sont contre le projet. « Beaucoup de gens veulent ce projet, et beaucoup de gens ne veulent pas ce projet », a résumé la mairesse Valérie Plante.

Le chef de l’opposition officielle à l’hôtel de ville de Montréal, Lionel Perez, estime qu’il y a un « un potentiel inouï » de développement économique dans le secteur du bassin Peel qu’il ne faut pas freiner. « C’est surprenant de la part de l’OCPM, après avoir recueilli l’information de toutes les différentes parties, qu’elle ne se prononce pas sur cet enjeu-là. […] Pour nous, la consultation c’était justement pour explorer ce potentiel », a dit M. Perez, chef du parti Ensemble Montréal.

Un rapport à lire « très attentivement » pour M. Bronfman

La mairesse Plante invite le groupe de M. Bronfman et les autres groupes intéressés à développer le secteur du bassin Peel à lire « très attentivement » le rapport de l’OCPM.

« Ce que je souhaite surtout, c’est que le Groupe de Montréal [de M. Bronfman] prenne le rapport de l’OCPM, qu’il [le] regarde attentivement [comme] tout autre promoteur. Tout est écrit là-dedans sur ce qui ferait un projet gagnant », dit la mairesse Plante.

Sous cet aspect, le rapport de l’OCPM cache une bonne nouvelle pour M. Bronfman et les autres promoteurs immobiliers intéressés à développer le secteur. Pour la construction résidentielle, l’OCPM recommande un développement à la fois à échelle humaine (ex : des immeubles de deux à huit étages) et à forte densité (ex : des tours de 30 étages comme à Griffintown). Les tours résidentielles de 30 étages ne seraient pas nécessairement exclues d’un tel type de quartier — à condition de le faire intelligemment en matière d’urbanisme.

La présidente de l’OCPM suggère aux promoteurs intéressés de regarder ce que certains promoteurs new-yorkais ont fait autour de Central Park. « Il y a des concepts super intéressants, des façades végétalisées, beaucoup de verdure, des basilaires, construire les tours en retrait avec seulement trois ou quatre étages au niveau de la rue », dit Dominque Ollivier.

Claridge, la société d’investissement de M. Bronfman, aimerait faire un important développement immobilier autour de son projet de stade au bassin Peel. Claridge fait alliance avec un autre développeur immobilier, Devimco, à cet effet.

La mairesse Plante prudente sur l’équipe à temps partagé

PHOTO CHRIS O’MEARA, ARCHIVES AP

Le Tropicana Field des Rays de Tampa Bay

Depuis un an, le groupe de Stephen Bronfman veut obtenir une équipe du baseball majeur à temps partagé entre Montréal et Tampa Bay, plutôt que d’avoir une équipe à temps complet à Montréal. Ce serait une première pour une équipe de sport professionnel en Amérique du Nord.

Pour la mairesse de Montréal Valérie Plante, la question d’une équipe à temps partagé n’est pas aussi importante que le concept du stade lui-même, et surtout comment il s’arrime au reste du quartier. « Au final, ce qui m’intéresse, à temps partiel ou pas, […] il faut que ça s’intègre dans un milieu de vie, dit-elle. Ça ne peut pas être un ovni dans un champ de patates comme aux États-Unis. Il faut que ça soit porteur, intégré, que ça réponde aux besoins, entre autres [en matière de] milieu de vie, d’échelle humaine, de pôle de travail. Pourquoi pas [une équipe à temps partagé]… »

Valérie Plante continue de penser que le retour d’une équipe du baseball majeur à Montréal est « une belle et bonne idée ». « En même temps, le nerf de la guerre est l’argent, comment on le paye [le stade] », dit Valérie Plante, qui ne veut pas investir l’argent des Montréalais sans obtenir leur accord par référendum.

Le terrain de 800 000 pieds au bassin Peel convoité par le groupe de M. Bronfman appartient au gouvernement fédéral (la Société immobilière du Canada), mais la Ville de Montréal détient un droit de veto advenant la vente du terrain. Un acheteur qui voudra développer le terrain devra aussi s’entendre avec la Ville de Montréal pour faire changer le zonage. En pratique, le futur promoteur de ce terrain est condamné à s’entendre avec la Ville de Montréal.

« Je comprends que les intérêts d’un groupe pour construire un stade, mais ma responsabilité comme mairesse est de développer un grand territoire pour l’entièreté de la population montréalaise », dit la mairesse Plante.

Sans préciser son échéancier, l’administration Plante a indiqué qu’elle voulait « commencer à discuter » avec la Société immobilière du Canada afin de connaître ses intentions pour vendre le terrain. L’administration Plante aimerait présenter éventuellement un plan d’aménagement sommaire pour l’ensemble du quartier du bassin Peel.