Pour la deuxième fois en une semaine, un élu du parti de Valérie Plante claque la porte de la formation politique, cette fois en critiquant personnellement la mairesse.

Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

Christine Gosselin, conseillère municipale de l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie, vient d’annoncer son départ sur les réseaux sociaux en dénonçant la « gestion rétrograde et autoritaire » de Mme Plante.

« En 2021, je siégerai en tant qu’élue municipale indépendante », a-t-elle écrit dans un long message sur Facebook. « Je choisis de ne plus être complice des raisonnements politiques et bureaucratiques qui ont opéré un véritable déni des bonnes procédures, déni qui, de surcroît, fait fi de l’appareil démocratique. »

Mme Gosselin a siégé au comité exécutif en début de mandat comme responsable de la culture, du patrimoine et du design, avant de perdre ces responsabilités dans le cadre d’un remaniement survenu en 2019. Jeudi, elle a dit avoir été « renvoyée sans ménagement et sans explications du comité exécutif », une illustration – selon elle – du style de gestion de la mairesse.

Choquée par l’« affaire Montgomery »

Mais c’est plutôt la gestion de la crise à la mairie de l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce par l’administration Plante qui expliquerait sa décision. Sue Montgomery, la mairesse d’arrondissement, a été exclue de Projet Montréal pour avoir refusé de se séparer de sa cheffe de cabinet après qu’elle eut été visée par un rapport qui lui reprochait son attitude au travail.

L’administration Plante a toujours fait valoir qu’elle avait une tolérance zéro pour le harcèlement, alors que Mme Montgomery plaidait que son employée – dans la vingtaine – était victime de dénonciations discriminatoires.

En démissionnant, Mme Gosselin prend publiquement position en faveur de Mme Montgomery et de sa cheffe de cabinet, Annalisa Harris. « Une jeune femme a été calomniée sur la place publique, sa réputation professionnelle noircie », a écrit l’élue démissionnaire, en se basant sur un jugement sur l’affaire publié vendredi dernier. « L’administration municipale en est arrivée à compromettre publiquement la réputation d’Annalisa Harris en se basant sur des rapports internes qui n’avaient pas de légitimité et dont les conclusions se sont révélées tout à fait contestables. »

Deuxième défection en une semaine

La semaine dernière, le conseiller municipal Christian Arseneault a lui aussi annoncé qu’il quittait Projet Montréal. Élu dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, il est parti en dénonçant le manque de volonté de l’administration Plante de financer adéquatement son arrondissement.

« Cette administration a déjà [manqué à] sa promesse en maintenant le déséquilibre fiscal qui mène au sous-financement chronique de notre arrondissement, et pire encore, en proposant un budget qui exacerbera cette iniquité pendant les dix prochaines années », a-t-il expliqué.

Début décembre, La Presse a révélé que des membres du comité exécutif de Valérie Plante (l’équivalent du conseil des ministres) étaient mécontents de la façon dont son cabinet déterminait les priorités de l’administration. Rosanie Filato, responsable des dossiers de sécurité publique, faisait partie des élus mécontents et a quitté ses fonctions pour retourner en arrondissement.

« Le récit des expulsions, des départs et des désistements en vue de la prochaine élection parle de lui-même », a indiqué Christine Gosselin dans son message, en référence à ces départs récents. « Il appert que les agissements en coulisses ne sont pas toujours en accord avec les professions de vertu énoncées en public. »

Plus tôt cet automne, l’élue locale Julie-Christine Provost a elle aussi quitté Projet Montréal.

Réactions

Le cabinet de Valérie Plante a réagi au départ de Mme Gosselin en début de soirée.

« C’est toujours triste quand une collègue appréciée nous quitte et nous lui souhaitons bonne continuation », a indiqué Geneviève Jutras, l’attachée de presse de la mairesse, par écrit. « Son départ n’est pas une surprise, considérant que Mme Gosselin a déjà annoncé il y a plusieurs mois son intention de quitter la vie politique municipale. Ceci dit, sur ses raisons, nous n’avons pas la même interprétation de ses conclusions. »

L’opposition officielle à l’hôtel de ville en a profité pour passer à l’attaque.

« Avec sa démission, Christine Gosselin attaque directement le jugement et l’intégrité morale de la mairesse Plante », a affirmé par écrit Lionel Perez, chef de Ensemble Montréal. « Avec trois départs en quelques semaines, la crise est réelle et je remets sérieusement en question la capacité de la mairesse à gérer Montréal alors que son parti implose. Distraite par les guerres internes, elle est trop occupée pour répondre aux besoins des citoyens de Montréal. »