Le départ de la responsable de la police de Valérie Plante s’inscrit dans un contexte de frustration d’une partie du comité exécutif montréalais envers le cabinet de la mairesse, a appris La Presse.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Selon nos informations, des élus se plaignent d’employés politiques monopolisés par la gestion de crise au point de paralyser la prise de décisions, alors que d’autres membres de l’instance sont déçus du report ou de l’annulation de certains projets emblématiques de l’administration Plante.

Rosannie Filato, qui a annoncé mardi sa démission comme responsable des dossiers de sécurité publique, faisait partie de ces élus désenchantés, a-t-on appris.

Par ailleurs, Laurence Lavigne Lalonde, responsable des dossiers de transition écologique au comité exécutif, a exprimé, en petits comités, sa frustration quant au report de l’annonce du Plan climat de la Ville et au fait qu’il aurait été édulcoré au fil de sa rédaction. Ce report a été décidé par le cabinet de la mairesse Plante et justifié publiquement par la pandémie de COVID-19.

Les projets des élus seraient souvent écartés ou repoussés parce qu’ils s’inscriraient mal dans l’« alignement stratégique » décidé par le cabinet, une explication trop fréquemment utilisée au goût de certains. L’expression désigne les priorités décidées par la garde rapprochée de la mairesse ou imposées par l’actualité.

La Presse tient ces informations de sources près du comité exécutif, qui ont refusé d’être identifiées par crainte de représailles. En vertu du nouveau processus d’investiture adopté par Projet Montréal le mois dernier, chaque élu devra se soumettre à une évaluation avant de tenter de garder son siège.

Mme Filato n’a pas répondu aux messages de La Presse.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Laurence Lavigne Lalonde

Dans un courriel, Mme Lavigne Lalonde a indiqué qu’elle avait « en effet » exprimé sa frustration, mais que celle-ci était plutôt tournée vers la « pandémie [qui] a bousculé les activités municipales ». « Nous avons dû répondre à l’urgence, nous assurer de prendre soin des gens plus vulnérables et c’est ce que nous avons fait, a-t-elle affirmé. Il est donc normal dans ce contexte que le Plan climat, comme d’autres plans d’ailleurs, ait été décalé dans le temps. »

Démission-surprise

Ce sont les employés du cabinet de Valérie Plante, et plus particulièrement sa cheffe de cabinet Marie-Eve Gagnon, qui font l’objet des critiques des élus insatisfaits. On lui reproche particulièrement de prendre des décisions quant à la mise en priorité des dossiers qui, aux yeux des élus mécontents, devraient leur revenir.

Le cabinet de la mairesse n’a pas voulu commenter le dossier.

Rosannie Filato, avocate de 33 ans, était considérée comme un pilier solide de l’administration : elle avait reçu la responsabilité du délicat dossier de la police en 2019. Dans l’année et demie qui a suivi, elle s’est retrouvée sur les premières lignes des débats sur le définancement de la police, sur le racisme systémique au sein de la police et sur la discrimination dans les interpellations.

Elle a démissionné mardi en évoquant une volonté de se concentrer sur son arrondissement de Villeray – Saint-Michel – Parc-Extension avant de se retirer de la politique municipale dans un an, pour retourner à son emploi au sein d’un grand syndicat. En renonçant à ses responsabilités au comité exécutif, elle renonçait du même coup à près de 50 000 $ en rémunération, soit plus du tiers de son salaire, selon les données rendues publiques par la Ville.

Elle a été remplacée mercredi par Caroline Bourgeois, mairesse de l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, élue sous la bannière de Projet Montréal en 2018. Mme Bourgeois, qui représente des citoyens habitant à des kilomètres du Plateau-Mont-Royal, est considérée comme une « pragmatique » au sein de Projet Montréal.