Après avoir reçu plus de 300 plaintes au sujet des nouvelles pistes cyclables et des corridors sanitaires implantés ces derniers mois, l’Ombudsman de Montréal (OdM) recommande notamment à la Ville de Montréal d’améliorer ses processus de consultation des citoyens et de faire un meilleur suivi des projets.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

« C’est le plus gros volume de plaintes qu’on a reçu sur un même sujet », souligne l’ombudsman, MNadine Mailloux, en entrevue.

« Ces plaintes remettaient souvent en cause, entre autres, la gestion en général des projets et la vision politique qui les sous-tend. »

MMailloux déplore la « confusion » suscitée par l’implantation rapide de plusieurs aménagements cyclables et piétonniers, à partir du printemps dernier, par l’administration de la mairesse Valérie Plante.

« L’été 2020 a sans contredit été très mouvementé sur le plan des aménagements urbains dans la Ville de Montréal, dit MMailloux. Alors que plusieurs d’entre eux ont été mis en œuvre temporairement dans le contexte d’urgence de la COVID-19, d’autres projets étaient réfléchis depuis plusieurs mois et parfois plusieurs années. Cet amalgame de travaux a créé une grande confusion chez les Montréalaises et Montréalais. »

À la suite des plaintes reçues, l’OdM a finalement traité 240 dossiers en enquête approfondie. Son enquête s’intéressait aux Voies actives sécuritaires (VAS), au Réseau express vélo (REV) ainsi qu’aux corridors sanitaires et divers autres projets implantés par quelques arrondissements.

Des 240 dossiers traités, 66 portaient sur le REV de la rue Bellechasse, 6 sur le REV de l’axe Saint-Denis, 68 sur la VAS de l’avenue Christophe-Colomb, 20 sur la VAS du boulevard Gouin et 14 sur la VAS de l’avenue du Mont-Royal.

Les plaintes concernaient notamment l’utilité réelle des aménagements, la perte d’espaces de stationnement, l’absence de consultation préalable, les lacunes en matière d’informations et de communications, les enjeux de sécurité pour les automobilistes, les cyclistes et les piétons, les effets sur la circulation et la congestion qui en découle dans les rues résidentielles avoisinantes, les répercussions pour les commerçants et les problèmes d’accessibilité universelle, notamment causés par le retrait d’espaces réservés et de débarcadères.

Améliorer les communications

L’ombudsman émet 15 recommandations à la Ville de Montréal pour améliorer sa gestion de ce type de projets. Elle suggère notamment de tenir compte du retrait des espaces de stationnement et d’implanter une meilleure signalisation pour les usagers.

L’OdM voulait s’assurer que les aménagements étaient sécuritaires pour tous (cyclistes, automobilistes et piétons) et qu’ils tenaient compte des critères d’accessibilité pour les personnes handicapées ainsi que des besoins des résidants des quartiers visés.

« On a tenu compte du contexte de pandémie, mais l’accessibilité universelle, l’information et la communication aux citoyens doivent être mises de l’avant, même en situation d’urgence », insiste MMailloux.

Par exemple, le REV de l’axe de la rue Saint-Denis a fait l’objet de consultations publiques, mais elles auraient dû être diffusées plus largement, note l’ombudsman. Quant au REV de la rue Bellechasse, il n’a fait l’objet d’aucune consultation, déplore-t-elle.

« Des projets comme les VAS comportent de considérables défis de coordination pour une administration municipale de l’ampleur de Montréal, mais les citoyennes et citoyens ne doivent, en aucun cas, faire les frais de ces casse-têtes logistiques. »

La Ville a agi rapidement pour faire certains changements à la suite des interventions de l’Ombudsman, précise MMailloux, notamment pour des aménagements non sécuritaires.

« Échec sur toute la ligne », selon l’opposition

« Ce rapport confirme que ces projets furent un échec sur toute la ligne, surtout pour les aînés et les personnes à mobilité réduite », affirme le chef d’Ensemble Montréal, Lionel Perez, qui représente l’opposition à l’hôtel de ville.

Le manque d’information et l’absence de consultation ne sont pas seulement des oublis, « c’est de la négligence pure », lance M. Perez.

Selon lui, l’administration municipale doit imposer un moratoire sur tout changement n’ayant pas fait l’objet de consultations publiques.

« Je retiens que nous avons du travail à faire pour améliorer les communications faites aux citoyens, même si nous sommes dans l’urgence, même si les projets ont leur raison d’être », a dit la mairesse de Montréal, Valérie Plante, par communiqué, en disant accueillir favorablement les recommandations de l’OdM.

Elle précise que le bureau de l’Ombudsman a aussi reçu plus de 80 messages de satisfaction par rapport à plusieurs de ces aménagements, principalement les VAS et le REV.