En plein débat sur l’avenir de la police, la mairesse de Montréal perdra ce mardi sa lieutenante chargée des dossiers de sécurité publique, a appris La Presse.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Rosannie Filato, à qui le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) répondait depuis mars 2019, quittera son siège au comité exécutif de Valérie Plante à un moment critique pour les forces de l’ordre.

Elle ne démissionnera toutefois pas de l’ensemble de ses fonctions et demeurera conseillère municipale du district Villeray, dans l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension. Elle partirait sans claquer la porte et sans renoncer à son affiliation à Projet Montréal, le parti dirigé par Mme Plante.

Elle ne se représentera pas aux prochaines élections, toujours selon nos informations.

Mme Filato, avocate syndicale en droit du travail de 33 ans, n’a pas répondu à la demande d’entrevue de La Presse, lundi. Elle a occupé d’autres fonctions au comité exécutif entre les élections de novembre 2017 et le remaniement de mars 2019, où elle a repris les dossiers de sécurité publique des mains de Nathalie Goulet, conseillère municipale dans Ahuntsic-Cartierville.

Le cabinet de Valérie Plante n’a pas non plus voulu commenter la démission.

Définancement et hausse de budget

L’élue démissionne du comité exécutif — le « conseil des ministres » de Montréal — alors que le SPVM est sous les projecteurs.

La question du définancement des services de police s’est retrouvée au premier plan de l’actualité en même temps que la question du racisme systémique, après d’importantes tensions raciales aux États-Unis, au printemps dernier.

La mairesse Plante a refusé d’écarter l’idée de rediriger une partie du financement de la police vers le milieu communautaire, tout en plaidant qu’une pandémie n’était pas le bon moment pour agir.

Le SPVM a d’ailleurs vu son budget augmenter de 2 % (ou 15 millions de dollars) pour 2021, une hausse bien plus importante que la moyenne des autres services municipaux.

Lors de l’étude du budget de la police en comité, il y a 10 jours, presque toutes les questions citoyennes portaient sur ce sujet. Mme Filato a eu à défendre à de multiples reprises la position de l’administration sur la question, évoquant « l’importance d’améliorer le financement des services sociaux et le financement d’équipes mixtes qui pourront aider les individus en crise ».

« La mairesse a toujours dit que nous sommes ouverts à la réallocation de fonds pour des programmes sociaux, mais cela nécessite des discussions avec Québec », a-t-elle dit à la mi-novembre devant le conseil municipal, par exemple.

Elle a aussi été impliquée dans les consultations de Québec pour son « livre vert sur la réalité policière », dans le cadre desquelles le SPVM a évoqué la possibilité de fusionner les services administratifs des corps policiers de la région de Montréal. Le service proposait aussi de concentrer les enquêtes de meurtre entre ses mains et celles de la Sûreté du Québec (SQ) pour toute la province.

Dans l’ouest de Montréal, la fermeture d’un poste de quartier dans Notre-Dame-de-Grâce a suscité une levée de boucliers, plus tôt cette année. Mme Filato a dû défendre la décision à de multiples reprises dans les derniers mois.