(Ottawa) L’avenir de la station du Réseau express métropolitain (REM) à l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau se complique : le gouvernement Legault a inopinément décidé de se retirer du montage financier en voie d’être échafaudé par Ottawa et Québec pour assurer la construction de cette station jugée cruciale par la Ville de Montréal et le monde des affaires de la métropole.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Cette décision du gouvernement Legault, que le bureau du ministre des Transports du Québec, François Bonnardel, a confirmée à La Presse mercredi, a provoqué la stupéfaction à Ottawa, alors que l’on a déjà entrepris certains travaux de forage pour l’éventuelle construction de la station.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, se désole de voir Québec se désister ainsi, alors que les deux capitales planchaient depuis des mois pour trouver une solution afin d’assurer son financement.

Ce projet est unanimement décrit comme essentiel pour doter l’aéroport d’un réseau de transports collectifs intermodal digne d’une grande ville nord-américaine, au même titre que Toronto ou Vancouver, entre autres villes.

« Nous avons été déçus d’apprendre que le gouvernement du Québec se soit retiré du projet de la station à l’aéroport de Montréal après plusieurs mois de travail en collaboration avec notre gouvernement. Il est impératif de trouver une solution étant donné l’importance de la station à l’aéroport pour l’ensemble de ce projet de transport en commun qui améliorera la mobilité pour les citoyens et les visiteurs de la grande région de Montréal pour des générations à venir », a affirmé le ministre Marc Garneau dans un courriel à La Presse.

Au départ, les coûts de construction de cette station, évalués à 600 millions de dollars, devaient être assumés par Aéroports de Montréal (ADM), mais l’organisme a vu ses revenus chuter de manière brutale à cause de la pandémie, laquelle a entraîné une diminution de 97 % du trafic passager depuis mars.

Appel à l’aide

ADM a ainsi lancé un appel d’urgence à Ottawa et à Québec pour qu’ils avancent les fonds nécessaires à la construction de cette station du REM, qui doit être érigée à 35 mètres sous l’aérogare. Cette station, faut-il le rappeler, fait partie d’un chantier plus vaste de 2,5 milliards de dollars qui vise à améliorer l’ensemble des accès à l’aéroport – chantier qui a été en grande partie mis sur pause à cause de la pandémie.

L’appel à l’aide semblait avoir été entendu, provoquant une valse de pourparlers et de négociations entre les deux capitales qui donnait espoir à ADM. La Caisse de dépôt et placement du Québec, qui est le maître d’œuvre de l’ensemble du projet de construction du REM, était aussi partie prenante aux discussions.

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Marc Garneau, ministre fédéral des Transports

Mais le retrait du Québec force le ministre Garneau à plancher sur d’autres solutions. Selon nos informations, le gouvernement Trudeau prépare un plan d’aide pour le secteur aérien qui englobera aussi les aéroports. Du financement supplémentaire pourrait être accordé à ADM, mais ce financement serait assorti de conditions de remboursement fixes, a-t-on indiqué.

« Notre gouvernement comprend l’importance du transport en commun à Montréal et partout au pays. C’est pour cela que depuis le début, nous appuyons le projet du REM. Notre engagement envers ce projet d’envergure est sans équivoque, et le lien vers l’aéroport est incontournable pour le projet en entier. Une meilleure connexion de l’aéroport au réseau de transport en commun était d’ailleurs l’un des objectifs phares du projet quand il a été annoncé », a ajouté M. Garneau dans son courriel à La Presse.

Il est inimaginable que le REM ne se rende pas à l’aéroport. C’était l’une des conditions de départ de ce projet et c’est une condition essentielle à la vitalité économique de Montréal.

Youssef Amane, directeur des communications de la mairesse de Montréal Valérie Plante

« La connexion de notre centre-ville à l’aéroport est nécessaire pour l’attraction d’investissements étrangers, la mobilité des travailleurs et le dynamisme de l’industrie touristique. Le retrait d’un partenaire financier à ce stade-ci du projet pourrait compromettre sa réalisation et le succès du projet. Les parties doivent s’entendre pour trouver une solution », continue M. Amane.

Aéroport fédéral

Au bureau du ministre François Bonnardel, on soutient que le Québec a déjà contribué largement au financement du REM. L’attachée de presse du ministre, Florence Plourde, a aussi fait valoir que l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau appartenait au gouvernement fédéral.

« Notre gouvernement veut une station du REM à l’aéroport. Le gouvernement du Québec a financé le projet du REM à la hauteur de 1,28 milliard de dollars et Hydro-Québec y a contribué pour 295 millions de dollars. En plus, le gouvernement a investi 192 [millions] pour la mise en place des mesures d’atténuation », a-t-elle indiqué dans un courriel.

« Cependant, à ce stade-ci, nous jugeons que des efforts peuvent encore être faits par l’aéroport de Montréal dans la recherche d’une solution pour le financement de ce projet. Nous rappelons également que l’aéroport de Montréal est une entité fédérale », a-t-elle ajouté.

De son côté, ADM s’est montrée prudente, affirmant n’avoir toujours pas eu la confirmation officielle de Québec qu’il se retirait du montage financier qui fait l’objet de négociations depuis juin. Mais l’organisme a rappelé qu’il s’agit d’un « projet structurant pour toute la communauté québécoise et qui est prêt à démarrer pour favoriser une relance verte et durable ».

ADM prévoit des pertes de revenus avoisinant les 600 millions pour l’année 2020 uniquement à cause de la pandémie. « Si elle n’obtient pas de prêt, ADM ne voit pas comment elle pourrait financer la construction de station du REM à l’aéroport, sans déroger à sa mission première d’autorité aéroportuaire. Avec un budget d’investissement révisé au strict minimum, ADM doit d’abord et avant tout favoriser les projets lui permettant d’assurer l’intégrité de ses actifs et la sécurité du public voyageur », a affirmé Anne-Sophie Hamel, directrice des affaires corporatives et des relations médias chez ADM.

Elle a tenu à rappeler que « le ralentissement au point quasi mort des activités aéroportuaires et l’absence d’aide ciblée pour l’industrie aérienne, une des plus touchées par la crise » depuis le début de la pandémie, « ont eu des effets dévastateurs sur la situation financière d’ADM ».