Signe que la pandémie et la baisse de l’achalandage affectent durement ses activités, la Société de transport de Montréal (STM) devra réduire ses dépenses pour 2021 en plus de piger dans ses surplus, démontre son plus récent budget rendu public mardi. L’offre, elle, demeurera malgré tout « inchangée ».

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On ne voulait vraiment pas toucher aux services, parce qu’une fois qu’on commence à couper, c’est extrêmement difficile de ramener les gens. C’est le service prépandémie qui va donc continuer d’être livré, coûte que coûte », confirme le directeur général de l’organisme, Luc Tremblay, en entrevue avec La Presse.

Entre-temps, le service ne sera pas non plus augmenté avant plusieurs années, confie M. Tremblay. Selon lui, ce n’est pas avant la fin de 2021 qu’on pourrait voir un semblant de retour à la normale dans le transport collectif, avec un achalandage « d’environ 90 à 92 % par rapport au contexte pré-COVID-19 ».

Cet été, l’achalandage dans le métro et les autobus avait connu une légère hausse, pour s’établir à 40 % de l’usage normal. Mais ce qui devait arriver arriva : avec la deuxième vague, ce chiffre est redescendu à 35 %. C’est le métro qui semble le plus affecté, à 29 % seulement. Quoique difficile, le bilan est toutefois en amélioration ; ce printemps, plus de 90 % de l’achalandage avait disparu.

Le pire est derrière nous. Maintenant, il faut juste maintenir le service. Nos enquêtes le disent : les gens n’ont pas peur du transport collectif, ils n’ont juste pas de déplacements à faire, avec le télétravail.

Luc Tremblay, directeur général de la STM

Au total, le budget 2021 de la société de transport atteint environ 1,54 milliard. Une réduction des dépenses de l’ordre de 9,5 millions y est prévue, soit une baisse de 0,6 % par rapport à 2020. Une situation de ce genre est « plutôt rare », convient M. Tremblay, car elle contraste fortement avec les dernières années, où les dépenses en transport collectif se multipliaient, autant à la STM qu’ailleurs.

Fait à noter : la dette de la STM bondira à tout près de 5 milliards de dollars. Dans les trois dernières années, elle était demeurée relativement stable, autour de 4 milliards.

GRAPHIQUE COURTOISIE STM

« Un effort colossal »

En août dernier, l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), qui chapeaute et finance les services de transports collectifs dans le Grand Montréal, avait demandé aux sociétés de transport d’effectuer des compressions budgétaires importantes.

Pour la STM, cela implique une réduction de ses dépenses de 275 millions sur une période de trois ans, incluant les frais de système. Cela forcera l’opérateur à piger dans ses surplus. « La bonne nouvelle, c’est que l’an dernier, on avait réussi à dépasser cette cible d’une bonne quinzaine de millions. Si on ajoute à cela les surplus des années antérieures, ça nous donne une réserve d’environ 20 millions », affirme Luc Tremblay.

« Dès le départ, quand on a vu qu’on s’en allait dans le mur, on a mis en place un plan de réduction de dépenses. On a même demandé à nos employés de bureau de venir faire de l’entretien. Ç'a été un effort colossal », ajoute le DG.

Les investissements prévus pour les 10 prochaines années (18 milliards) demeurent les mêmes. Si de futurs chantiers étaient retardés, les projets phares – dont le prolongement de la ligne bleue, le SRB Pie-IX ou l’électrification du réseau de bus – ne seront pas touchés, promet la STM. Celle-ci prévoit d’avoir reçu la totalité des 300 bus hybrides commandés par l’administration Plante, en plus de 10 nouveaux trains AZUR, d’ici la fin de 2021. Les travaux d’accessibilité universelle se poursuivront aussi dans plusieurs stations.

Fin septembre, Québec a annoncé une aide de 2,3 milliards pour les municipalités, dont 1,2 milliard pour soutenir spécifiquement les sociétés de transport en commun. « Le portrait n’est pas rose », avait alors insisté le ministre des Transports, François Bonnardel, en parlant de « pertes astronomiques » pour l’industrie.