Valérie Plante traverse une tempête. C’est sa troisième année au pouvoir. Nettement le pire moment depuis le début de son mandat.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Vous me direz que la pandémie n’arrange rien. Elle multiplie nos exaspérations et notre intolérance par mille. Mais j’ai quand même fait l’exercice d’aller voir comment la troisième année de Denis Coderre s’était déroulée.

Pas très bien non plus.

J’ai relu des douzaines d’articles et de chroniques. Ça a brassé pour celui qui incarnait l’assurance même.

Ceux et celles qui affirment, en brandissant l’index mouillé en l’air, que les journalistes et les chroniqueurs et chroniqueuses sont plus durs avec Valérie Plante parce qu’elle est une femme devraient faire le même exercice.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, en point de presse, le 1er octobre dernier

Alors, que reprochait-on à Denis Coderre en 2016 ? Une gestion des chantiers déficiente, la difficulté de circuler en ville et le nombre exagéré de contraventions remises aux automobilistes.

Ironique, non ?

Et puis, l’opposition officielle, représentée par Projet Montréal, affirmait que le maire Coderre faisait un power trip en voulant retirer des pouvoirs aux arrondissements.

Il est fascinant de constater que, quatre ans plus tard, c’est exactement ce que des élus de Projet Montréal reprochent… à leur propre mairesse.

Le reportage des journalistes Romain Schué et Thomas Gerbet, de Radio-Canada, publié jeudi dernier, mettait très bien en lumière la dissension grandissante qui s’installe au sein de Projet Montréal. Et ça, c’est ce qui risque de faire le plus de mal à Valérie Plante au cours des prochains mois.

Son image de mairesse rassembleuse risque d’en prendre un coup. Sous prétexte qu’elle veut « diversifier » son équipe, elle a l’intention de faire un certain tri en vue des prochaines élections. Cela va faire des malheureux et cela va délier les langues.

Ça n’augure rien de bon…

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Si Valérie Plante veut apporter des changements au sein de son parti, c’est aussi, sans doute, pour mettre de côté des maires d’arrondissement trop zélés – je pense particulièrement à François Croteau, maire de Rosemont–La Petite-Patrie.

Gérer une ville de 19 arrondissements avec une bande de têtes fortes, c’est excitant. Mais ce n’est pas de tout repos. Valérie Plante l’a compris.

Certains pourraient voir là une opération de musellement. Je ne perçois pas les choses ainsi. Projet Montréal a été porté au pouvoir à la surprise générale. Il y avait parmi les élus beaucoup d’inexpérience et de disparité idéologique.

C’est le prix que nous avons payé pour avoir de la nouveauté et un « vent de fraîcheur ».

C’est aussi le prix à payer quand on s’adonne au bon vieux réflexe du anything but. Une partie de la population a voté pour Valérie Plante en 2017. Mais une autre partie a voté contre Denis Coderre.

Valérie Plante a aussi compris qu’il fallait recentrer les choses, qu’il fallait montrer qu’elle est la mairesse de tous les Montréalais, ce qu’elle nous a redit lundi dernier au cours d’une rencontre éditoriale. Elle avait sans doute oublié sa déclaration du mois d’août dernier : « Je n’ai pas été élue pour plaire à tout le monde ! »

Depuis deux mois, Valérie Plante multiplie les gestes et les messages pour dire aux Montréalais qu’elle n’est pas la grande méchante du film, qu’elle ne se réveille pas la nuit pour haïr les automobilistes.

Sa visite des chantiers de travaux lundi dernier voulait clairement dire qu’elle veut assurer un meilleur contrôle de la situation et diminuer le nombre de zones encombrées. Ce n’est pas anodin.

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Que s’est-il passé entre la soirée du 5 novembre 2017, où Valérie Plante a été accueillie comme le Messie au Théâtre Corona, et aujourd’hui ?

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Valérie Plante lors de sa victoire aux élections municipales, le 5 novembre 2017, où elle avait battu Denis Coderre

Il s’est passé que nous avons voté pour obtenir du changement, mais que beaucoup ne connaissaient pas la teneur du changement.

Il s’est passé que ce changement a pris toutes sortes de formes pour les élus de Projet Montréal et qu’il est devenu difficile d’y voir clair.

Il s’est passé que Valérie Plante et ses élus ont manqué de flair. Comment se fait-il qu’elle et son entourage n’aient pas prévu, l’été dernier, la très mauvaise réaction des citoyens ?

En trois ans, Valérie Plante a appris que la franchise et l’instinct ne durent pas longtemps en politique. Il faut du calcul. Et de l’aplomb. Pour la première fois depuis le début de son mandat, je sens que la mairesse de Montréal prend véritablement les choses en main.

Il reste un an avant les prochaines élections. Une éternité en politique. On ne sait pas quelle tournure va prendre la prochaine campagne. Mais souhaitons que le contenu soit riche, que le débat soit de haut niveau, que les visions soient claires.

On s’en va où ? C’est tout ce que les Montréalais veulent savoir.