Des commerçants du Quartier chinois à Montréal lancent une campagne pour revitaliser le secteur et dénoncer le racisme envers la communauté asiatique. Plusieurs déplorent des gestes et commentaires haineux depuis mars dernier et des commerces ont retrouvé leurs vitres fracassées la semaine dernière.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Autrefois bondées de touristes et de travailleurs, les rues pavées du « Chinatown » étaient complètement vides samedi matin. Elles le sont chaque jour depuis des mois, remarque Jimmy Chan, homme d’affaires très impliqué dans les activités commerciales et sociales du Quartier chinois. Il est l’un des instigateurs de la campagne.

« La COVID-19 a eu des effets dévastateurs. C’est quelque chose qu’on n’avait jamais vécu. Nos commerçants souffrent. Il faut préserver ce quartier qui a une grande valeur culturelle », explique-t-il. M. Chan souhaiterait l’aide de la Ville de Montréal et du gouvernement.

Le Quartier chinois a écopé d’une « deuxième vague » de racisme visant la communauté asiatique, en plus de composer avec les fermetures des salles à manger, pense-t-il.

« Il y a eu depuis le tout début une association malicieuse et malveillante faite entre le virus et les personnes d’origine chinoise. On pense que ça contribue à la dégringolade [du quartier] », observe Fo Niemi, cofondateur du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), qui prend part à la campagne.

Intitulée « Bonne fortune et solidarité », la campagne lancée samedi a une double mission : contrer les actes discriminatoires et stimuler l’économie du secteur.

Pour sensibiliser la population à la cause, plus de 5000 biscuits chinois qui comportent des messages contre le racisme et pour la solidarité et la relance économique seront distribués. « Les sages pratiquent la distanciation sociale, et non la discrimination raciale », peut-on lire sur l’un des petits papiers.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Plus de 5000 biscuits chinois ont été distribués samedi dans le cadre de la campagne « Bonne fortune et solidarité ».

« On condamne les gestes de vandalisme à connotation raciste. On a le devoir de soutenir nos commerces locaux et leur donner un appui et un sentiment de sécurité », soutient Francesco Miele, leader adjoint de l’opposition à la Ville de Montréal, présent pour l’occasion.

Vandalisme

La semaine dernière, six commerces de la Place du Quartier, un centre commercial du Quartier chinois, ont été vandalisés. Les propriétaires ont retrouvé les vitres fracassées. Rien n’a été volé. Un acte gratuit, selon Kate Lau, propriétaire du salon de beauté Sasa dans le petit complexe.

PHOTO FOURNIE PAR KATE LAU

Entre la pandémie qui a notamment ralenti la venue de touristes, les commentaires haineux envers la communauté asiatique et la forte présence de sans-abri autour des commerces, Mme Lau dit devoir faire face à un « triple problème »

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La propriétaire du salon de beauté Sasa, Kate Lau

« Il y a beaucoup plus de sans-abri qu’avant depuis le début de la pandémie. Ils se rassemblent devant les commerces. Ils ne sont pas nécessairement dangereux, mais plusieurs passants m’ont dit avoir été menacés. Il y a un enjeu de sécurité. »

Ses clientes les plus fidèles continuent à fréquenter son établissement, mais l’achalandage a chuté de 80 %, estime la propriétaire. « J’ai carrément des clientes qui se sont fait dire par leurs proches de ne pas venir au Quartier chinois. Même après des mois, on est encore associés au virus. »