L’administration Plante veut déterminer « différents scénarios » de modifications législatives afin que les citoyens de l’arrondissement de Ville-Marie puissent élire leur maire aux prochaines élections municipales. Un comité de travail sera nommé d’ici la fin de l’année en vue de la tenue d’une consultation publique en 2021, a appris La Presse.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Notre souhait est de questionner une structure particulière dont on a hérité. On veut engager une vraie conversation, puisque je pense qu’il n’y en a jamais vraiment eu », explique la conseillère du district de Peter-McGill, Cathy Wong.

Ville-Marie est en effet l’un des arrondissements où l’on vote le moins. Son maire est de facto le maire de Montréal, en vertu de la loi 22 adoptée par le gouvernement Charest. Celle-ci avait initialement pour but de favoriser le développement économique de la métropole. Sur un total de cinq conseillers, deux sont aussi « désignés » par la mairesse. La moitié des représentants ne sont donc pas élus.

Il faut adresser tous ces éléments-là pour avoir une position cohérente et représentative de Ville-Marie.

Cathy Wong, conseillère du district de Peter-McGill, pour qui la tenue d’une consultation publique est la meilleure façon d’identifier une solution « globale » et « réfléchie »

À travers le temps, si plusieurs administrations montréalaises ont ouvert la porte à une renégociation de la loi 22, aucune d’entre elles n’est jusqu’ici passée de la parole aux actes. En 2017, dans son programme électoral, Projet Montréal s’était engagé à « exiger que le gouvernement du Québec corrige l’iniquité que subissent les citoyens de Ville-Marie ».

Sans offrir de garanties, Cathy Wong promet néanmoins de « faire des représentations » auprès de Québec à l’issue de la consultation. « En fin de compte, la décision relève du gouvernement, mais c’est sûr qu’on va émettre des recommandations en fonction de ce qui ressort de tout ça », avance celle qui s’est jointe au caucus de Projet Montréal il y a environ un an.

Des citoyens « sceptiques »

Bon nombre de résidants déplorent le « déficit démocratique » dont ils sont victimes depuis des années. C’est le cas de Bernard Sanchez, président de l’Association du village Shaughnessy, qui représente une centaine de familles dans le secteur. « Le fait qu’on décide d’avoir une consultation, c’est un pas dans la bonne direction, mais je reste sceptique. On est quand même dans une année électorale », indique-t-il.

On peut se demander s’ils iront vraiment de l’avant, ou si c’est un écran de fumée pour que les gens se calment.

Bernard Sanchez, président de l’Association du village Shaughnessy

Avec l’aide de la députée libérale Jennifer Maccarone, M. Sanchez a déposé en août une pétition à l’Assemblée nationale pour supprimer l’alinéa 2 de l’article 17 de la Charte de la Ville de Montréal, qui stipule que le maire de Montréal est automatiquement désigné maire de Ville-Marie.

« On aimerait que Valérie Plante se prononce, tout comme les candidats aux prochaines élections de 2021. Ce n’est pas normal qu’on soit le cœur de Montréal, et qu’on n’ait pas droit à une démocratie locale », renchérit le Montréalais.

Le cabinet de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, lui, affirme qu’une analyse de refonte de la loi 22 sera faite seulement si la Ville en fait la demande. « Pour le moment, nous n’avons eu aucune demande à ce propos », indique l’attachée de presse Bénédicte Trottier-Lavoie.