Québec annoncera mercredi une somme « considérable » de 1,5 milliard de dollars pour accélérer une série de projets sur l’autoroute 15 à Laval et dans les Laurentides, dont l’implantation d’une nouvelle voie réservée aux autobus, aux taxis et aux usagers du covoiturage, a appris La Presse.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Je réitère qu’on ne fera pas de vol de voies. On vient ajouter en bonne et due forme une nouvelle voie, pour être capable d’améliorer l’offre. Réduire le temps perdu, c’est tout le défi actuellement sur le réseau montréalais », a expliqué en entrevue le ministre des Transports, François Bonnardel.

Concrètement, quatre projets sont inclus dans cette nouvelle enveloppe budgétaire, dont l’ajout d’une nouvelle voie réservée au transport collectif, qui sera située sur l’autoroute 15 Nord, entre les axes 640 et 50. D’autres voies réservées devraient voir le jour prochainement à Laval et à Boisbriand, ajoute-t-on.

« Sans voies réservées, on ne convaincra pas les gens de changer leur comportement […]. Il faut que dans la prochaine décennie, on construise le plus de voies possible », affirme M. Bonnardel.

Du même coup, les autorités assurent également le financement de la reconstruction « complète » du pont Gédéon-Ouimet, qui se trouve « en fin de vie utile ». Québec procédera ainsi à la réfection de la chaussée sur une distance de 11 kilomètres, depuis le nord du pont Médéric-Martin.

Une bretelle aérienne menant de l’autoroute 440 Ouest à l’autoroute 15 en direction nord sera aussi construite. « On reconfigure en réalité la fameuse sortie 22 pour en faire un viaduc », souligne M. Bonnardel. C’est à cet endroit qu’en août 2019, un camionneur avait embouti une voiture et causé un incendie, provoquant une réaction en chaîne qui a fait 4 morts et 15 blessés. Le chauffeur Jagmeet Grewal, âgé de 54 ans, a d’ailleurs été accusé en juillet dernier de conduite dangereuse.

IMAGE FOURNIE PAR LE GOUVERNEMENT DU QUÉBEC

En images, le résumé des interventions mises en priorité par Québec avec son enveloppe de 1,5 milliard

D’autres annonces à venir ?

Au mois de septembre, La Presse révélait que Québec avait lancé un premier appel d’offres pour implanter de nouvelles voies réservées sur les routes achalandées du Grand Montréal. La nouvelle avait été saluée par le monde municipal, à Brossard, à Longueuil et à Laval, notamment.

Depuis, des annonces ont déjà eu lieu pour les autoroutes 20 et 30, mais plusieurs autres sont concernées, dont les axes 13, 19, 25, 440 et 640, ainsi que les routes 116 et 132. Ce réseau de voies réservées doit à terme totaliser 200 km. « On a un plan de match pour plusieurs routes. C’est le début de grands projets qui vont être importants pour réduire l’auto-solo au Québec », insiste François Bonnardel.

Ce dernier affirme toutefois que l’adoption du projet de loi 66 sur l’accélération de 181 projets d’infrastructure est urgente. « On a besoin de ça pour aller le plus rapidement possible. Les oppositions doivent le comprendre, tout comme les élus qui souhaitent qu’on améliore la fluidité », martèle le ministre.

Il s’attaque au passage aux anciens gouvernements libéraux et péquistes qui ont, selon lui, « négligé d’investir adéquatement » dans les infrastructures routières de Laval, mais aussi des couronnes nord et sud.

Objectifs ambitieux en transport collectif

Mardi, l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) s’est donné « l’ambitieux objectif » de hausser son offre de services de 60 % d’ici 10 ans, afin d’augmenter le nombre de déplacements en transport collectif au détriment de l’automobile dans le Grand Montréal. Cet exercice « sans précédent », entrepris dans le cadre du Plan stratégique de développement (PSD), coûtera jusqu’à 45,5 milliards.

Près de la moitié de cette « hausse de services » passera par une augmentation du service dans le métro et dans le réseau d’autobus à Montréal ainsi que dans les couronnes. Ces mesures entraîneront une hausse de l’achalandage dans le transport collectif de 40 % d’ici 10 ans. Si la tendance se maintient, l’ARTM prévoit que le Grand Montréal atteindra d’ici 10 ans la barre des 10 millions de déplacements quotidiens.

On parle d’environ 35 à 40 % d’augmentation pour la STM, et de montants équivalents pour Laval et Longueuil. Pour exo, c’est près du double.

Daniel Bergeron, directeur exécutif, planification des transports de l’ARTM

Le gouvernement Legault, lui, demeure prudent. « Les chiffres présentés par l’ARTM reposent sur une série d’hypothèses et de projections incertaines à ce stade. Il est prématuré de se prononcer », indique Sarah Bigras, attachée de presse de la ministre responsable de la métropole, Chantal Rouleau.

Pour l’expert en planification des transports à l’Université de Montréal Pierre Barrieau, les objectifs de l’ARTM sont nobles, mais appellent à des changements profonds. « C’est possible, mais seulement si le gouvernement continue de réaliser des projets à la vitesse du REM. Et l’expérience québécoise nous démontre que ça va être difficile », avance-t-il.

Chose certaine : la COVID-19 a fragilisé les sociétés de transport dans la métropole. La baisse d’achalandage est actuellement de 70 %, et les pertes financières envisagées sont de 1 milliard sur trois ans.