L’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) se donne « l’ambitieux objectif » de hausser son offre de services de 60 % d’ici dix ans, afin d’augmenter le nombre de déplacements en transport collectif au détriment de l’automobile dans le Grand Montréal. Un exercice « sans précédent » qui coûtera jusqu’à 45,5 milliards.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On propose d’accentuer le virage vers le transport collectif. Ça suppose évidemment des investissements importants, qui auront toutefois des retombées économiques majeures », a expliqué mardi le directeur général de l’Autorité, Benoît Gendron en dévoilant son Plan stratégique de développement (PSD). Celui-ci s’échelonne jusqu’en 2031, avec une marge de manoeuvre quatre ans jusqu’en 2035 dans le contexte de la COVID-19. Une consultation publique virtuelle aura lieu jusqu’en janvier.

Près de la moitié de cette « hausse de services » passera par une augmentation du service dans le métro et dans le réseau d’autobus à Montréal et dans les couronnes, selon le directeur exécutif planification des transports et mobilité, Daniel Bergeron. « On parle d’environ 35 à 40 % d’augmentation pour la STM, et de montants équivalents pour Laval et Longueuil. Pour exo, c’est près du double », précise-t-il.

L’arrivée du Réseau express métropolitain (REM) aura aussi son importance. L’ARTM prévoit qu’à lui seul, ce réseau fera bondir l’offre de services d’environ 15 %. Le train de banlieue devrait aussi connaître une hausse de 17 % sur ce plan. Objectif : faire passer de 25 % à 35 % la part du transport collectif par rapport aux déplacements en voiture et diminuer ceux-ci de 14 %, en pointe du matin, soit 175 000 en moins quotidiennement. Il n’est pas prévu, pour le moment, d’imposer des contraintes à l’usage de l’auto-solo.

On pense que la population est prête à essayer des alternances à l’auto, mais qu’elle fait surtout face à un manque d’options.

Daniel Bergeron, de l’ARTM

Ces mesures entraîneront une hausse de l’achalandage dans le transport collectif de 40 % d’ici dix ans, prévoit l’Autorité, qui veut aussi améliorer « la qualité, la fiabilité et la capacité des services » pour retenir davantage de clientèle. Elle entend aussi déplacer 15 % des déplacements automobiles de moins de cinq kilomètres vers le transport actif, tout en développant le covoiturage.

Si la tendance se maintient, on atteindra d’ici dix ans la barre des dix millions de déplacements quotidiens dans la métropole. Trois projets demeurent prioritaires, soit le REM, le Service rapide par bus (SRB) Pie-IX et le prolongement de la ligne bleue.

Des besoins et des défis immenses

Dans son rapport, l’Autorité estime que les besoins financiers pour ces nouveaux investissements se situent « entre 28,3 et 36,7 milliards », auxquels s’ajoutent des coûts d’exploitation de 7 à 8,8 milliards. La facture totale pourrait donc atteindre jusqu’à 45,5 milliards. Des discussions ont lieu avec Québec pour « ajouter des sources de financement » et ne pas en demander plus aux usagers ou aux municipalités, a-t-on indiqué.

Mais le tout survient dans un contexte de crise sanitaire qui a fragilisé les sociétés de transport dans la métropole. La baisse d’achalandage est actuellement de 70 %, et les pertes financières envisagées sont d’un milliard sur trois ans. L’Autorité s’attend à un retour à la normale en 2022. « On est confiants qu’une fois la crise derrière nous, les gens vont se réapproprier le transport en commun », a soutenu Benoît Gendron, avouant toutefois que la croissance du télétravail représente un défi.

Plus tôt, en septembre, Québec annonçait son intention de réaliser jusqu’à 200 km de voies réservées en cinq ans, dans les couronnes nord et sud de Montréal. C’est, aux yeux de Daniel Bergeron, le déploiement le plus important à s’être fait dans la métropole. « Il y aura un important déploiement sur le réseau routier, mais aussi artériel. On parle de voies réservées, mais aussi de feux prioritaires pour les autobus », souligne-t-il.

Possible, mais « ardu », dit un expert

Joint par La Presse, l’expert en planification des transports à l’Université de Montréal, Pierre Barrieau, affirme que les objectifs de l’ARTM sont nobles, mais qu’ils appellent à des changements profonds.

C’est possible, mais seulement si le gouvernement continue de réaliser des projets à la vitesse du REM. 28 milliards, c’est 5 REM supplémentaires.

Pierre Barrieau, expert en transports

Selon lui, augmenter l’offre dans le métro se traduit par « le prolongement des réseaux actuels », car la capacité est déjà « maximale ». « Ça veut dire des sommes massives pour Longueuil, Laval et la Rive-Sud. C’est souhaitable, mais l’expérience québécoise nous démontre que ça va être difficile », dit M. Barrieau.

Ce dernier précise toutefois que le contexte ne pourrait être meilleur. « Ça fait des décennies que les acteurs demandent ça. Et c’est la première fois depuis les années 70 qu’on a un gouvernement avec une vision d’investissement massif dans le transport collectif. Les bottines devront suivre les babines », conclut-il.