Si une légère hausse des incidents violents est observée dans le Vieux-Montréal, c’est surtout la gravité de ceux-ci qui inquiète les autorités, alors que les touristes et les passants s’y font rares, pandémie oblige. Un poste de commandement a été déployé jeudi dans le secteur afin de « faire avancer » trois enquêtes toujours irrésolues.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« L’indice de gravité des évènements, c’est-à-dire le niveau de violence, est beaucoup plus élevé dans le Vieux-Montréal, quand on le compare avec les trois dernières années », avoue l’inspectrice en chef du poste de quartier (PDQ) 21, Martine Dubuc, en entrevue avec La Presse.

Cet été, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a recensé quelque 97 « crimes contre la personne » dans le quartier. Il s’agit d’une « légère hausse » par rapport à 2019, où on en avait compté 93. « Le gros changement, il n’est pas là. C’est surtout qu’il y a plus d’armes à feu impliquées, et que c’est souvent plus grave », dit Mme Dubuc.

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Un poste de commandement du Service de police de la Ville de Montréal a été déployé jeudi dans le Vieux-Montréal afin de « faire avancer » trois enquêtes toujours irrésolues.

Dans la nuit du 12 au 13 septembre, un échange de coups de feu est survenu entre un suspect et des policiers dans le Vieux-Port. Au moins 31 coups de feu ont été tirés, selon nos informations, ce qui pourrait en faire l’une des fusillades les plus importantes à Montréal depuis la tuerie de Dawson, en 2006.

Avant, on avait plus de vols qualifiés, et il y avait moins de blessures physiques causées à des personnes. Ce n’était pas le même genre de crimes.

Martine Dubuc, inspectrice du PDQ 21

L’inspectrice en convient : la crise sanitaire a un rôle à jouer dans ces bouleversements. « La pandémie a possiblement contribué à exacerber les tensions entre des individus, ou des luttes de territoires. C’est une hypothèse qu’on n’exclut pas », dit-elle.

Des cas surveillés de près

Un camion de la police était stationné jeudi, entre 13 h et 20 h, au coin de la rue de la Commune et de la place Jacques-Cartier. Au passage de La Presse, des enquêteurs recueillaient les témoignages de résidants, en plus d’effectuer du porte-à-porte dans des résidences et des commerces. « On veut adapter nos méthodes de travail en fonction des inquiétudes exprimées », dit la porte-parole du SPVM Véronique Comtois.

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Véronique Comtois, porte-parole du SPVM

Trois évènements retiennent actuellement l’attention des autorités. Le 13 juillet, près de cette même intersection, un homme qui s’était fait encercler par un groupe tentant de lui voler son sac s’est fait poignarder, lorsqu’il a tenté d’« agripper » un des suspects prenant la fuite. La victime n’a heureusement pas subi de blessures majeures. Quelques jours avant, le 8 juillet, trois femmes abordées par trois autres hommes, rue de la Commune, avaient aussi été menacées à la machette après avoir repoussé les suspects. Elles ont finalement pris la fuite en courant.

Puis, le 19 septembre, deux hommes qui circulaient place D’Youville ont aperçu une jeune femme sur le sol « qui semblait intoxiquée », et deux autres hommes tentant de la relever. Ils ont alors tenté d’offrir leur aide, mais l’un des deux suspects aurait pointé un pistolet dans leur direction.

Le SPVM assure que des mesures sont en place pour « prévenir » une hausse plus importante des incidents violents. La présence policière a d’ailleurs été augmentée dans le secteur. « Ce sont des choses qui sont évaluées au jour le jour. On s’adapte à l’évolution de la situation. Le moindre crime violent est pris au sérieux », soutient Mme Comtois.

Des citoyens stressés

Pour plusieurs résidants du Vieux-Montréal, habitués au flot touristique et à l’activité commerciale très dynamique, cette recrudescence de la criminalité demeure préoccupante. Une rencontre a eu lieu récemment entre des patrouilleurs et des membres de l’Association des résidants du Vieux-Montréal, ainsi que des citoyens engagés, afin de trouver des pistes de solutions.

L’inquiétude est là, surtout depuis la fusillade dans le Vieux-Port. Il y en a qui ont carrément arrêté de sortir le soir. C’est assez problématique dans le quartier.

Mélanie Parisien, du syndicat des copropriétaires de l’immeuble Le 1 McGill

« Au fond, c’est plusieurs petits problèmes, insiste Mélanie Parisien. La question du bruit, en soirée surtout, c’est un autre exemple. Du jeudi au dimanche, disons qu’il y a beaucoup d’action, il y a parfois des courses de voitures. On reçoit beaucoup de plaintes à ce sujet », dit Mme Parisien, qui observe malgré tout un certain répit depuis quelques jours. « C’est rassurant d’avoir plus de patrouilles », note-t-elle.

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Pour plusieurs résidants du Vieux-Montréal, la recrudescence de la criminalité est préoccupante.

Mi-septembre, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, avait jugé « inacceptable » la multiplication des incidents violents dans le Vieux-Montréal. « Dans une situation comme celle-là, on a besoin de voir les policiers, qui font aussi tout un travail en arrière-plan », avait-elle souligné. Selon une compilation effectuée par La Presse, au moins 22 évènements de coups de feu, principalement des tentatives de meurtre, sont survenus à Montréal depuis le début de l’été, le 20 juin.

Le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francœur, soutient que la situation illustre le caractère essentiel des patrouilleurs. « C’est une très mauvaise idée de l’administration Plante de parler de diminuer le financement du SPVM quand des évènements comme ceux-là surviennent », a-t-il déclaré, il y a environ deux semaines.