Quand Viviana Medina observe sur le Net des antimasques opposés aux mesures sanitaires brandir des pancartes qui dénoncent l’esclavage, elle trouve le tout ridicule. Le véritable esclavage, c’est celui qu’on fait subir aux travailleurs sans statut, qui vivent dans la précarité, plaide-t-elle.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

« Mon amie Lourdes est décédée il y a quelques jours. Elle a dû retourner au Mexique et a passé 11 ans au Québec sans statut », a expliqué l’organisatrice communautaire au Centre des travailleurs et travailleuses immigrants. Le rassemblement d’aujourd’hui est un peu en son honneur. « Elle a été couturière, femme de ménage, et j’en passe », a poursuivi Viviana Medina, qui a elle-même passé trois ans sans statut au Québec, loin de sa famille.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Une photo de Lourdes, une femme sans statut qui a dû retourner au Mexique où elle est décédée.

Sa défunte amie était toujours très mal payée et travaillait entre 13 et 16 heures par jour, a-t-elle raconté.

La précarité dans laquelle elle se trouvait a miné sa santé physique et mentale, selon Mme Medina.

Réunis au centre-ville de Montréal, un peu plus d’une centaine de manifestants ont souligné le rôle crucial joué par des migrants sans statut lors de la première vague de COVID-19. Or, la contribution de ces travailleurs essentiels n’est pas reconnue par le gouvernement du Québec, dénoncent-ils.

« Nous sommes tous essentiels » et « Un statut pour tous », pouvait-on lire sur les dizaines d’affiches mises en évidence devant le bureau montréalais du premier ministre François Legault, sur l’avenue McGill College.

La foule rassemblée dimanche après-midi reproche notamment au gouvernement Legault de laisser dans l'incertitude les travailleurs essentiels sans statut au front durant le pire de la pandémie.

« Le Canada et le Québec ont besoin de la main-d’œuvre migrante, mais nous sommes jetables », déplore Mme Medina.

Selon elle, le gouvernement refuse d’admettre que nombre de travailleurs essentiels durant la pandémie sont des immigrants au statut précaire. Certains nettoient les hôpitaux et les CHSLD, d’autres y surveillent les allées et venues. « On ne veut pas les voir, mais la machine repose un peu sur les épaules de ces travailleurs. »

Elimane Ngam est citoyen canadien. Il protestait dimanche pour que tout le monde ait la chance d’avoir un statut. « La migration va continuer. Les gens ne viennent pas ici pour profiter du système, mais en quête d’un gagne-pain. Ils devraient vivre dans la dignité. Pendant le pic de la pandémie, ils étaient là. » Régulariser ceux qui viennent pour contribuer à la société facilitera leur intégration, juge-t-il.

Mamadou, l’un des organisateurs de la manifestation, était particulièrement touché par les « anges gardiens » sans statut qui ont contracté la COVID-19 et ont mis à risque leur famille au tout début de la pandémie, face à un virus inconnu.

« Aujourd’hui, on proteste et on honore. On a perdu une de nos militantes qui a dû retourner au Mexique. Elle ne pouvait pas être soignée. Des immigrants ont contracté la COVID-19, certains en sont morts. C’est de l’injustice de ne pas les considérer comme Québécois et Canadiens. »

Parmi les revendications évoquées dimanche :

• Plein accès des travailleurs migrants à tous les avantages sociaux (soins de santé et application des normes du travail)

• Tests de COVID-19 accessibles à tous

• Statut de résidence permanente pour tous les travailleurs ayant un statut temporaire ou sans-papiers