Un élu qui dit aux commerçants : « Approchez, approchez, messieurs, dames ! Nous avons de l’argent à distribuer ! », ce n’est pas tous les jours qu’on entend ça. Pourtant, c’est un peu ce que Luc Rabouin, responsable du développement économique et commercial au comité exécutif de la Ville de Montréal, a déclaré, jeudi, en conférence de presse.

Mario Girard
Mario Girard La Presse

Des 3 millions de dollars prévus pour venir en aide aux commerçants éprouvés par la pandémie, seulement le tiers a été dépensé. « Ça veut dire qu’il reste 2 millions. J’invite vraiment les commerçants à s’informer », a dit M. Rabouin.

S’agit-il d’un manque de communication ? D’une résignation de la part des commerçants, qui baissent les bras ? Tentons plutôt de voir cela comme une bonne nouvelle, malgré tout. À la Ville de Montréal, on n’a pas observé d’augmentation de locaux vacants sur les nombreuses artères commerciales de la métropole. « Paradoxalement, il y a des locaux qui se louent actuellement. Ça bouge », a ajouté M. Rabouin.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

« Les petits commerces sont, avec les bars et les restos, les derniers indices de vie d’une ville. Voulons-nous évoluer dans un milieu composé d’espaces de bureaux et entouré au loin d’immenses complexes commerciaux ? Si on ne fait rien, c’est un peu à cela que ressemblera notre environnement dans 15 ou 25 ans », écrit notre chroniqueur.

Si les résultats annoncés par la Ville de Montréal évitent que l’on parle d’hécatombe, il faut quand même être extrêmement attentif à la réalité des commerces qui ont pignon sur rue. Ceux-ci se retrouvent, bien malgré eux, à mener un périlleux combat contre les complexes commerciaux et le commerce en ligne (paradoxalement, la subvention de la Ville vise, entre autres, à aider les commerces à mettre en place un système de vente en ligne).

Comme si ces deux Goliath n’étaient pas assez imposants, il a fallu que la crise de la COVID-19 s’ajoute. C’est une période très difficile pour ceux qui tiennent à bout de bras un petit commerce.

Selon des données récentes de Statistique Canada, les fermetures d’entreprises (toutes catégories confondues) pour la période d’avril 2019 à avril 2020 ont durement touché le Québec, avec une augmentation de 135 %.

En avril dernier, alors que la pandémie nous paralysait tous, on a enregistré une hausse prononcée du nombre de fermetures dans les trois plus grandes régions métropolitaines du Canada. L’augmentation la plus marquée a été observée à Toronto (13 771, soit 154,6 %), suivie de Montréal (4812, soit 139,9 %) et de Vancouver (3655, soit 92,6 %).

Comme beaucoup de secteurs appelés à se renouveler, les commerces de quartier sont mûrs pour une grave introspection. Ils doivent se questionner sur leur rôle, leur pertinence, leur originalité, leur variété, leur force d’attrait.

Si certains propriétaires de boutiques font preuve d’une créativité évidente, d’autres semblent fonctionner sur un modèle remontant à 25 ou 40 ans. Des boutiques aux vitrines peu invitantes, il y en a beaucoup à Montréal.

Mais au-delà de cette autocritique des propriétaires de boutiques, les consommateurs doivent également procéder à une sérieuse introspection. Pourquoi devrions-nous aller dans une boutique de la rue Saint-Denis plutôt que dans une chaîne commerciale australienne du DIX-30 ? Pourquoi devrions-nous acheter un cadeau personnalisé dans un magasin du Mile End plutôt que de le faire venir par Amazon ?

Choisir de privilégier un commerce de quartier est devenu un geste politique. Il faut se mettre ça dans la tête.

Les petits commerces sont, avec les bars et les restos, les derniers indices de vie d’une ville. Voulons-nous évoluer dans un milieu composé d’espaces de bureaux et entouré au loin d’immenses complexes commerciaux ? Si on ne fait rien, c’est un peu à cela que ressemblera notre environnement dans 15 ou 25 ans.

Je lis en ce moment des ouvrages sur le Montréal des années 40 et 50. On y décrit les rues de la métropole en utilisant les termes « bouillonnement, effervescence, excitation, explosion ». Essayons de conserver l’ébullition qui reste.

Parlant de bouillonnement et d’effervescence, il faut absolument aborder un aspect qui contribue largement à cette image léthargique : le problème des locaux vacants.

L’hiver dernier, j’ai suivi avec intérêt les travaux de la Commission sur le développement économique, présidée par le conseiller Richard Ryan, sur ce sujet. Pandémie oblige, la présentation d’une quarantaine de recommandations au mois de mai dernier n’a pas fait de vagues. Pourtant, les conclusions du rapport sont très intéressantes.

En plus d’une taxe de vacance, la Commission recommande de créer un registre détaillé de l’occupation des bâtiments (cette idée s’est retrouvée dans plusieurs mémoires) et l’autorisation de mener des activités culturelles ou communautaires temporaires dans des locaux vides. Sur le plan fiscal (thème autour duquel gravitaient beaucoup d’attentes de la part des commerçants), on suggère d’encadrer les hausses de loyer afin d’éviter les augmentations abusives.

Ces initiatives ont été bien accueillies. La mairesse Plante s’est toutefois opposée à l’application d’une taxe de vacance durant la pandémie. Elle craint de punir du même souffle les propriétaires qui font de véritables efforts pour louer leurs locaux et les spéculateurs qui laissent dormir leurs propriétés. Ce sont eux, et seulement eux, qu’il faut cerner.

Vous le voyez, ce problème est archi complexe. Son issue repose sur la rencontre de plusieurs volontés. Et du besoin de maintenir en vie les rues des villes.

Les camions au centre-ville

Le réaménagement de certaines rues à Montréal a amené les élus à revoir les règles de livraison dans certains secteurs. Voilà qui devrait nous amener à réfléchir à ce sujet.

Au risque de me faire lancer des tomates par les commerçants, je crois que la Ville de Montréal devrait se doter de règles (permanentes) plus strictes en matière de livraison. Je pense à des restrictions sur les heures et les jours qui seraient étendues à l’ensemble des arrondissements.

Et je pense aussi aux formats des véhicules. Est-il normal que des camions-remorques gigantesques circulent sur les pavés du Vieux-Montréal pour venir livrer de la bière ?

Ces mastodontes, que l’on retrouve stationnés tous les 50 mètres dans l’une des voies du boulevard Saint-Laurent, sont un fléau.

Pourquoi d’autres villes permettent-elles à des véhicules de taille moyenne d’assurer la livraison alors que nous laissons circuler à Montréal ces gros camions ?

On ne cesse de revoir la configuration et l’espace des artères. Il semble de plus en plus évident que ces poids lourds ne cadrent plus avec la nouvelle réalité.