Préoccupés par la multiplication des « conflits de paiement » à la Ville de Montréal, deux élus de l’opposition officielle réclament que l’administration Plante se dote d’ici la fin de l’année d’un réseau d’experts indépendants et d’un calendrier précis pour réduire au maximum le nombre de factures payées au-delà du délai de 30 jours.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« C’est le gros bon sens. On parle de meilleures pratiques qui s’observent dans plusieurs organisations », explique le maire de l’arrondissement de Saint-Laurent, Alan DeSousa, qui déposera une motion en ce sens lors du prochain conseil municipal, le 24 août, avec le conseiller de Saint-Léonard Dominic Perri.

Depuis l’an dernier, M. DeSousa dit observer une « nette détérioration » dans la rapidité de la Ville à payer ses fournisseurs externes. Selon des données du Service des finances de la Ville de Montréal, la proportion des factures réglées en un mois a bondi de 59 % à 72 % entre 2014 et 2018. Mais en 2019, elle n’a atteint que 52 %. Entre les mois de janvier et de juin 2020, ce chiffre est demeuré stable, autour de 53 %.

Le risque principal, dit le maire, est que les entreprises déjà touchées par la pandémie, qui dépendent de l’entrée de liquidités, souffrent de ces délais de paiement. Il demande d’ailleurs aussi à l’administration de faire « l’inventaire des fournisseurs non payés » en attendant que des correctifs soient apportés. « Ça peut mettre en danger la survie de certaines compagnies en ces temps d’instabilité, remarque-t-il. On se doit comme ville d’être exemplaire. Il faut déterminer ce qui bloque et pourquoi. »

Un outil numérique

Jointe par La Presse, Catherine Cadotte, attachée de presse au cabinet de la mairesse, soutient que la Ville s’est déjà engagée à accélérer le paiement de ses fournisseurs, dans le cadre d’un vaste exercice d’optimisation qui devrait permettre de définir « les principales causes des délais de paiement ».

À terme, l’objectif serait « d’assurer le paiement d’au moins 85 % de nos factures en 30 jours ou moins », dit-elle. « On travaille à automatiser une portion du traitement des factures et à doter la Ville d’un outil numérique pour structurer les échanges et suivre en temps réel le cheminement des factures, de leur arrivée à la Ville jusqu’à ce qu’elles soient prêtes à payer », indique Mme Cadotte.

Montréal soutient que des travaux sont également en cours pour raffiner les processus d’achat. « Des équipes travaillent aussi au développement d’outils pour mesurer les délais à chaque étape du traitement des factures », indique l’attachée de presse. Selon elle, ces nouveaux protocoles devraient permettre de trouver les causes des retards de paiement plus rapidement et de déterminer les « meilleures pistes de solution » possible dans les prochains mois.

Une reddition de comptes à repenser ?

Selon Nathalie Drouin, experte en pratiques de gouvernance du département de management de l’École des sciences de la gestion (ESG UQAM), il faut aussi s’attarder à ce que font des municipalités ailleurs dans le monde, en Europe notamment. « Il y a certainement des modèles qui pourraient inspirer la Ville dans sa reddition de comptes », dit-elle. De plus en plus de villes font en effet le choix de divulguer davantage d’informations à leurs citoyens en matière de finances.