Alors que le nombre de ménages sans logis est presque cinq fois plus élevé que l’an passé à Montréal, l’administration Plante craint qu’une nouvelle vague de citoyens ne se retrouve à la rue en ce début août, a appris La Presse. Des organismes pressent Québec de fournir plus de moyens à la Ville pour faire face à la crise.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Des baux ont été prolongés jusqu’au 1er août à cause de la pandémie. Il est donc possible que d’autres gens aient de la difficulté à se trouver un logement dans les prochaines semaines », soutient le conseiller en habitation au comité exécutif, Craig Sauvé.

Selon les données de l’administration, 176 ménages locataires sont toujours à la recherche d’un logement et sont accompagnés par l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM). Un nombre presque cinq fois plus grand qu’à pareille date l’an dernier, alors que seuls 39 ménages se trouvaient dans cette situation. Actuellement, plus de 60 ménages sont hébergés dans les refuges d’urgence de la Ville. Au total, près de 320 ménages ont été pris en charge cette année.

En termes de demandes d’aide, on a presque doublé. On est passés de 350 en 2019 à 630 requêtes cette année. Ça illustre que le marché est très chaud, et qu’il y a beaucoup de pression sur les plus vulnérables.

Craig Sauvé, conseiller en habitation au comité exécutif

Fin mai, la mairesse Valérie Plante demandait à Québec d’investir 5 millions dans un Fonds d’urgence pour soutenir les locataires en situation de précarité. Jusqu’ici, 1,2 million a été garanti. Le dernier budget Girard était aussi bien en deçà des attentes de la Ville en matière de logement. « Le provincial nous a aidés, mais pas au niveau attendu. On doit continuer à développer plus de logements sociaux », illustre Craig Sauvé.

« Il faut peser sur l’accélérateur »

Pour la porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), Véronique Laflamme, « il faut que nos deux ordres de gouvernement pèsent sur l’accélérateur ». « On n’investit pas les fonds pour que ça se règle. Maintenant que le 1er juillet est derrière nous, on dirait que les autorités n’en parlent plus. Si on accepte que des gens se retrouvent sans logis pendant des mois, on va encore augmenter l’itinérance », souligne-t-elle.

À ses yeux, les signaux sont au rouge depuis trop longtemps pour que Québec continue de fermer les yeux. « Il y a une urgence réelle. On ne peut plus attendre un autre budget dans un an. Les gens ont besoin d’aide maintenant », implore Mme Laflamme.

Même son de cloche pour le coordonnateur du Regroupement des comités logement et associations de locataires (RCLALQ), Maxime Roy-Allard. « Le plus inquiétant, c’est la reprise des évictions. Il y a beaucoup de gens qui, pendant la COVID-19, ont été en situation de non-paiement », observe-t-il.

La Ville nous dit qu’elle est prête, mais on attend de voir. Ce n’est pas tous les locataires qui sont satisfaits de l’accompagnement offert. Et on ignore combien de temps ça durera, surtout s’il y a une deuxième vague.

Maxime Roy-Allard, coordonnateur du RCLALQ

La spécialiste des questions d’endettement des ménages Julia Posca imagine déjà des solutions à plus long terme. « On peut par exemple mieux réguler les locations de type Airbnb. Ça devient de plus en plus évident que ce marché retire énormément de logements qui pourraient servir à des ménages sans logement », avance la chercheuse de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Ottawa et Québec doivent aussi arriver à une entente en habitation, plaide l’experte. « Il y a des fonds disponibles pour les provinces qui sont là, mais qu’on n’utilise pas. C’est pourtant de l’argent pour les locataires montréalais. Trop de familles quittent la métropole vu les coûts élevés », explique-t-elle.

« Nous continuerons à appuyer Montréal », promet Québec

Joint par La Presse, le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH) assure que plusieurs mesures sont en place. « Nous sommes en constante discussion avec la métropole et nous continuerons à appuyer Montréal » tant en juillet qu’en août, répond son porte-parole, Maxime Roy.

On va soutenir les ménages dans le besoin, avec un souci particulier, cette année, [pour les] conséquences que la COVID-19 [entraîne].

Maxime Roy, porte-parole du MAMH

M. Roy soutient que 200 nouveaux logements ont été débloqués pour loger des sans-abri montréalais et « faciliter leur réinsertion sociale » ; 7,4 millions sont aussi prévus pour accompagner ces personnes dans leurs démarches. Au Québec, 1600 logements coûtant l’équivalent de 25 % du revenu des ménages ont aussi été débloqués, pendant que 1800 familles ont reçu une aide financière, grâce à une enveloppe de 21, 5 millions.

Enfin, le programme d’aide d’urgence pour les municipalités affichant un taux d’inoccupation inférieur à 2 % – il oscille autour de 1,5 % à Montréal – a été reconduit. « Montréal a souscrit à ce programme et leurs dépenses seront en bonne partie remboursées », promet M. Roy.

Pour lutter contre la crise du logement, plusieurs arrondissements montréalais ont annoncé leur intention de modifier leur règlement sur l’agrandissement ou la subdivision. Convertir un duplex en logement unique, par exemple, serait de moins en moins autorisé.