Le Conseil régional de l’environnement (CRE) de Laval et 10 autres organismes voués notamment à la protection de la faune et de la flore s’inquiètent pour l’avenir de l’île Gagnon, où un promoteur immobilier entend ériger un centre de villégiature avec hôtel, restaurant haut de gamme, spa et 660 unités de condo.

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

Dans un communiqué émis lundi, le CRE demande à la Ville de Laval de protéger l’île Gagnon, qui fait partie de l’archipel de la rivière des Mille-Îles, situé juste en face du quartier du Vieux-Sainte-Rose. Cette île « demeure partie intégrante des ensembles patrimoniaux d’intérêt métropolitain », souligne-t-on.

Le CRE argue que l’île Gagnon est visée par une zone d’aménagement écologique particulière (ZAEP) pour laquelle la Ville doit « créer des milieux de vie qui favorisent le bien-être des Lavallois et la protection de la biodiversité » et s’engager à « limiter l’abattage d’arbres ». L’organisme estime que l’aspect économique du projet immobilier ne doit pas être privilégié aux dépens des questions d’environnement et de développement durable. « Voilà qui répondrait véritablement au slogan de la Ville de Laval, Urbaine de nature », note le CRE.

La crainte des organismes concerne également le deuxième volet du projet immobilier, soit la Place Sainte-Rose, à l’angle des boulevards Sainte-Rose et Curé-Labelle. L’instigateur du projet, François Duplantie, soutenu par la société Olymbec à qui appartient l’île, propose d’y construire 960 unités de logement. Ce nombre inclut du logement locatif, des résidences pour personnes âgées, un CHSLD (110 places) et un hôtel de 120 chambres. Y seraient annexés des espaces commerciaux et une salle de spectacle.

Au total, les deux volets représentent des investissements estimés à quelque 800 millions. Des partenaires financiers doivent se joindre au projet au cours des prochains mois.

« Incompatible » avec la nature

Pour l’organisme Éco-Nature, qui gère le Parc de la Rivière-des-Mille-Îles, l’ensemble du projet immobilier est « incompatible avec la mission de conservation et de protection » du parc. « Ces projets causeraient des préjudices importants et permanents à l’archipel […], en plus d’avoir des répercussions négatives sur le déploiement futur d’une offre de services permettant l’accès à la rivière d’ouest en est, sur 42 km », soutient l’organisme.

Ainsi, Éco-Nature demande que Laval mette en place une réserve foncière sur les terrains visés par le promoteur, afin de prendre le temps nécessaire à une consultation citoyenne et à la recherche de solutions.

Depuis trois ans, l’administration du maire Marc Demers accompagne M. Duplantie et son équipe. Un soutien lui a été apporté pour la tenue d’une présentation publique aux citoyens en juin dernier, une étape d’une démarche visant à stimuler l’acceptabilité sociale. En parallèle, la Ville a confié un mandat à une firme de sondage pour prendre le pouls de la population locale ; le sondage se terminera vendredi, et les résultats doivent être rendus publics par la suite.

Dérogation demandée

Selon le zonage en vigueur, le promoteur peut construire jusqu’à 24 résidences sur l’île Gagnon. Mais M. Duplantie a répété à quelques reprises vouloir plutôt y instaurer « un milieu de vie ». Pour aller de l’avant, il a besoin que la Ville lui accorde une dérogation réglementaire.

Au moment où M. Duplantie présentait pour la première fois son concept à l’hôtel de ville, la municipalité était engagée dans une révision de son schéma d’aménagement. Les services internes proposaient alors de modifier l’affectation de l’île Gagnon afin qu’elle devienne un lieu protégé. Cette version du schéma d’aménagement n’a toutefois pas été retenue, ce que critiquent le CRE de Laval, Éco-Nature, mais également d’autres organismes, dont Fondation Rivières, Sauvons nos trois grandes îles et Nature Québec.

Selon eux, l’administration Demers est allée à l’encontre de la volonté des citoyens et leur a « caché la vérité ». « La Ville de Laval a malheureusement fait volte-face en prenant la décision sans en informer le milieu de maintenir l’affectation “urbaine” de l’île Gagnon », souligne le CRE.

C’est dans le même esprit qu’une certaine résistance s’est mise en place dans le quartier. Une manifestation contre le projet immobilier est prévue le samedi 8 août. C’est le groupe Citoyen.ne.s contre les projets Place Sainte-Rose et Île Gagnon qui l’organise avec le slogan Laissez notre île tranquille.