Pour convaincre des citoyens de ne pas s’opposer au changement de zonage qu’il réclamait à la Ville de Laval afin de construire des condos, le Groupe Mach a promis la « conservation intégrale des arbres matures » qui bordaient leur cour arrière. Mais depuis la mi-juin, il a plutôt procédé à la coupe des immenses sapins et des feuillus, au grand dam des voisins.

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

« On nous avait promis un rideau vert entre le nouveau développement et chez nous, mais il n’y a plus de zone tampon. Avoir su, on aurait vendu notre maison », laisse tomber Robert Creti, sous l’œil approbateur de sa conjointe, Yolanda Garreffa. Le couple est propriétaire de l’une des 28 résidences de l’avenue des Aristocrates dans le quartier Duvernay, qui a vu le chantier de construction détruire le bouquet d’arbres qui devait agir comme frontière visuelle.

Quelques portes plus loin, Éric L’Espérance et Sonia Pivetta sont tout aussi indignés.

Le promoteur a obtenu notre accord sur de fausses représentations. J’espère que ça va réveiller quelqu’un à la Ville.

Éric L’Espérance, résidant de l’avenue des Aristocrates

Mme Pivetta ajoute que la situation a fait fuir la faune, y compris les chevreuils qui étaient des habitués de l’endroit.

Préservation « incompatible »

Le projet immobilier nommé Aristo dont il est question pousse le long de l’autoroute 440, à l’angle de la rue des Gouverneurs. Quatre édifices de quatre étages vont s’élever sur le site, en plus d’un volet commercial. Un talus de 2 mètres de haut doit séparer le projet des résidences de l’avenue des Aristocrates.

Le projet a fait l’objet d’une consultation publique menée par la Ville ainsi que d’une démarche de la part du Groupe Mach pour s’assurer de l’acceptabilité sociale de son projet. Le dépliant remis aux citoyens stipulait que les préoccupations du voisinage avaient été prises en considération pour ajuster le concept en « permettant d’améliorer son intégration dans le milieu ». L’une de ces mesures concernait la « conservation intégrale des arbres matures », peut-on lire.

Mais le chantier a entraîné des modifications, explique-t-on chez Groupe Mach. « Malheureusement, en raison des contraintes au niveau de l’ingénierie et de la construction du talus, la préservation de ces arbres est devenue incompatible avec notre obligation de respecter la réglementation de zonage de la municipalité. Nous avons dû nous résoudre à les couper, et ce, en toute légalité, puisque leur conservation n’était pas une obligation alors que la construction du talus en était une », a indiqué par courriel Sylvie Rousseau, directrice du marketing et des communications chez Groupe Mach.

Pétition citoyenne

Il était 8 h 30, le 26 juin dernier, lorsque Yolanda Garreffa est sortie en trombe de sa cuisine en criant pour tenter de stopper l’abattage des grands sapins derrière sa cour. Le coup de gueule avec le chargé de projet sur le chantier n’a rien changé et la machinerie a fait son œuvre.

Le mal est fait, mais ce n’est pas vrai qu’on va rester silencieux. On nous a menti et la Ville a fermé les yeux.

Yolanda Garreffa, résidante de l’avenue des Aristocrates

Depuis, ce sont dix, quinze arbres et peut-être davantage, qui ont été abattus, selon les résidants. Personne ne réussit à en faire le décompte. Ni le promoteur ni la Ville de Laval. Mais chose certaine, des photos du paysage avant le chantier montrent des arbres matures derrière les 28 cours arrière.

Une pétition réclamant le respect des conditions présentées aux résidants, a été déposée auprès de la conseillère municipale du district Val-des-Arbres, Christiane Yoakim. Jointe en début de semaine, Mme Yoakim a dit être mécontente de la situation.

« Je comprends les frustrations des citoyens, surtout quand la Ville a donné un permis avec des restrictions », a-t-elle commenté. Mme Yoakim a également souligné que la Ville « analyse le dossier d’un point de vue juridique », car il doit y avoir « une nouvelle plantation d’arbres » pour remplacer ceux qui ont été coupés, a-t-elle évoqué au téléphone.

À l’hôtel de ville, le service des communications soutient « qu’il n’y a pas eu de coupe massive d’arbres dans ce projet ». On précise également que les permis de construction prévoient la préservation de seulement 17 arbres matures. Après deux inspections sur les lieux à la suite des alertes des résidants, la Ville affirme qu’au total, quatre arbres ont été abattus, trois afin de permettre l’installation des équipements électriques d’Hydro-Québec (exception permise par la réglementation) et un seul qui aurait dû demeurer debout.

Les résidants ne font pas les mêmes calculs et surtout, ils ne sont pas du même avis. « On se sent trahis par la Ville », disent en chœur M. Creti et Mme Garreffa qui promettent de ne pas baisser les bras.