Début juillet, Lachine a annoncé la transformation de son port de plaisance, le plus gros de l’île, en plage et en écosystème revégétalisé. Une association de plaisanciers a été créée pour contrer la fermeture annoncée dès l’été prochain.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

« C’est une marina historique, qui a 100 ans et fait partie des attraits de Lachine », explique Josée Côté, de l’Association des plaisanciers du port de plaisance de Lachine. « Nous avons été très surpris de recevoir une lettre nous annonçant qu’elle serait fermée dès l’an prochain. »

Maja Vodanovic, élue mairesse de Lachine sous la bannière de Projet Montréal depuis 2018, explique que la marina a fait trois fois faillite depuis 25 ans et est gérée par la Ville depuis 2014. « J’étais conseillère avant d’être mairesse, je sais que les marinas à Montréal ont de la difficulté à opérer, à faire des investissements. Plus de la moitié des locataires ne sont pas de Montréal, j’ai des appels de Terrebonne, de Chambly. Il fallait faire des investissements de 16,5 millions de toute façon pour garder la marina ouverte, on a choisi de changer la vocation du lieu. »

IMAGE FOURNIE PAR LA VILLE DE MONTRÉAL

Impression d’artiste du projet de changement de vocation du port de plaisance de Lachine

Une partie des investissements de 16,5 millions, l’achat de nouveaux quais, a été faite cette année – ces quais seront revendus ou réutilisés dans le cadre du projet de plage et de verdissement. Il y a aussi la réfection de l’électricité, des égouts et du poste d’essence, ainsi que la protection des berges fortement endommagées par l’érosion en 2017 et 2019. Selon la mairesse, la marina a un déficit de 263 000 $ sur des revenus de 1,2 million.

« Notre compréhension, c’est que la marina était autofinancée par les locataires, répond Mme Côté. Si on doit contribuer davantage, on est prêts. On a aussi de la difficulté à comprendre le montant de 16,5 millions avancé par la mairesse. On ne voit pas de problème avec l’électricité, et on fait faire nos propres soumissions pour le sanitaire et le poste d’essence. Pour ce qui est de l’érosion, il y a des problèmes partout, ça n’est pas propre à notre activité nautique. »

IMAGE FOURNIE PAR LA VILLE DE MONTRÉAL

Impression d’artiste du projet de changement de vocation du port de plaisance de Lachine

Le nouveau projet, évalué à 25 millions, vise à installer un troisième parc entre ceux qui existent déjà de part et d’autre de la bande de terre où est située la marina, à l’entrée du canal. La baie au sud de la marina sera transformée en plage et revégétalisée, et les sports de pagaie seront encouragés.

Riches et démocratie

« Les sports motorisés appartiennent à une autre époque », commente Christian Savard, directeur général de Vivre en ville, un organisme qui veut adapter la vie urbaine au « respect de la capacité des écosystèmes ». « C’est moins démocratique qu’une plage et les sports de pagaie. Avant, les riches monopolisaient l’accès à l’eau. Il y a bien assez de marinas comme ça au Québec. »

Aviron Lachine et le Club de canoë de course de Lachine déplorent le fait que la fermeture de la portion sud de la baie, qui sera revégétalisée, leur enlèvera un endroit protégé du vent. « Par contre, s’il y a moins de bateaux à moteur dans la baie nord, ça va être plus facile pour nous », dit Charles Hauss, président d’Aviron Lachine.

Je suis vraiment surpris, je n’avais jamais entendu de demandes qu’on ferme la marina.

Charles Hauss, président d’Aviron Lachine

Jean-Michel Villanove, président de l’École de voile de Lachine, estime que le projet « est une avancée exceptionnelle pour nos clubs nautiques comme pour les Lachinois et les Montréalais ». Le chef de base de l’École, Marc Doyon, précise que les motomarines constituent un problème croissant pour ses membres. « Comme chef de base, c’est très bon pour moi, mais comme citoyen, c’est assez plate, merci. Je pense qu’on aurait pu garder un des deux côtés de la marina, je sympathise avec les gens de bateau à moteur », dit M. Doyon.

Mme Vodanovic pense que le problème des motomarines ne sera pas réglé par la fermeture de la marina, mais elle promet qu’elle aura une autre annonce à faire à ce sujet plus tard cet été.

L’Association n’exclut pas une contestation judiciaire, mais veut tout d’abord essayer de trouver un compromis. La mairesse de Lachine veut voir s’il est possible que la petite marina du Club chasse et pêche de Lachine, qui compte 50 places, accueille les plaisanciers de l’arrondissement. « Je ne vois pas comment on pourrait faire ça, à moins qu’on prenne une partie du club de voile », commente André Piette, le président du Club chasse et pêche.

Tourisme nautique

Sylvain Deschênes, directeur général de l’Alliance de l’industrie nautique, juge la fermeture annoncée « très inquiétante ». « L’industrie nautique est en forte croissance. Dans les marinas, il y a des listes d’attente de plusieurs années, dit M. Deschênes. Montréal est une île et a été découverte par la navigation. Et la marina de Lachine attire des visiteurs ontariens et américains, parce qu’elle est à la fin du circuit nautique qui part des Grands Lacs. »

Mme Côté, de l’Association des plaisanciers, estime quant à elle que les retombées économiques des plaisanciers – plusieurs milliers de personnes chaque jour en comptant les invités, selon elle – sont plus grandes que celles des baigneurs et pagayeurs.

Ni la Chambre de commerce et d’industrie du Sud-Ouest de Montréal ni l’Association centre-ville Lachine n’ont de données à ce sujet. « Il est primordial que les commerces locaux soient consultés afin d’évaluer les retombées » du changement de vocation, a dit Anne-Marie Lelièvre, directrice générale de la Chambre de commerce. Alexandra Pagé, présidente de l’Association centre-ville Lachine, a préféré ne pas commenter la situation parce que « le projet suscite des controverses ».