Des élus municipaux et des groupes communautaires veulent des actions rapides de la Ville de Montréal et de son service de police (SPVM) pour éliminer le profilage racial et le racisme systémique qui émanent des forces de l’ordre.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Et à ce titre, les porte-parole d’une dizaine de groupes communautaires et du parti d’opposition au conseil municipal accueillent positivement les « oreilles tendues » par les autorités, dont le directeur du SPVM et la mairesse de Montréal, a reconnu le policier à la retraite Alain Babineau, qui s’exprimait au nom du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR).

« Mais on veut une déclaration officielle de la part du directeur du SPVM, Sylvain Caron, que le racisme systémique existe », a-t-il précisé lors d’une conférence de presse tenue mercredi matin à proximité de l’hôtel de ville. Il a montré du doigt M. Caron et la Fraternité des policiers et policières de Montréal qui « pensent encore que le profilage racial, ça n’existe pas ».

Alain Babineau, qui fut policier notamment pour la GRC pendant 28 ans, a aussi raconté quelques événements à connotation raciste que lui et des collègues noirs ont vécu alors qu’ils étaient en service : « Des policiers noirs dans tout le pays se sont fait questionner pour valider leur identité comme policier. J’ai même un collègue en uniforme qui se trouvait dans une voiture de police, ici au Québec, qui a été intercepté par un autre service de police !  »

La réalité est qu’il existe de la discrimination dans tous les services de police.

Alain Babineau, policier à la retraite et conseiller au CRARR

La coalition demande que des mesures soient déployées rapidement, dont l’obligation de porter des caméras pour tous les policiers sur le terrain, une politique de non-discrimination lors des interpellations policières et la création d’un comité consultatif.

« M. (Sylvain) Caron a signifié qu’il voulait participer à une manifestation et qu’il était même prêt à mettre un genou par terre, a dit dans un discours rempli d’émotions Renée-Chantal Belinga, conseillère d’arrondissement de Montréal-Nord. Nous entendons ces gestes de solidarité, mais ils doivent absolument être accompagnés de mesures drastiques à l’intérieur de la police. »

Celle qui a été présentée à la conférence de presse comme « une des rares élues noires à Montréal » a également mentionné qu’il était tant que les autorités arrêtent de discuter de ces sujets chauds sans apporter de résultats concrets pour la population. « Plusieurs administrations se sont succédé, de MM. Bourque à Tremblay, de M. Coderre à Valérie Plante. Il faut que ça cesse. Assez, c’est assez ! Nous sommes des élus en fonction, nous avons l’obligation de résultat et nous devons faire face à cette réalité qui sévit à Montréal. »

Pour le chef de l’opposition officielle à l’hôtel de ville, Lionel Perez, Valérie Plante ne veut pas « trop pousser le SPVM » même si le service de police est « redevable aux élus ».

« Il faut qu’elle arrête de dire seulement qu’elle est ouverte, il faut aller de l’avant, a exprimé M. Perez. L’administration Plante aime faire de beaux discours, mais on a vu aucune réalisation depuis deux ans. »

Un peu avant cette conférence, Valérie Plante avait affirmé lors d’un point de presse sur le service BIXI qu’elle reconnaissait la présence d’une « discrimination systémique » et qu’elle allait accompagner le SPVM dans leurs démarches à ce sujet.

Le directeur du SPVM, Sylvain Caron, a annoncé la semaine dernière qu’il présentera sa nouvelle politique en matière d’interpellations le 8 juillet prochain.

La mairesse a aussi mentionné qu’elle accueillait très positivement la nouvelle du « fédéral et provincial » qui seraient en faveur des caméras corporelles pour les policiers.