L’épopée inusitée de la baleine à bosse s’est terminée sur une triste note, après un séjour de plusieurs jours près du pont Jacques-Cartier, à Montréal. Retrouvé mort mardi matin, dans le secteur de l’île Beauregard, près de Varennes, l’imposant mammifère marin a été remorqué jusqu’à Sainte-Anne-de-Sorel, en soirée, où une nécropsie sera pratiquée mercredi.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

Les curieux se comptaient par centaines, mardi soir, au quai de Sainte-Anne-de-Sorel. Les rues avoisinantes étaient quasi impraticables, inadaptées à accueillir une foule pareille dans le quartier résidentiel.

  • L’épopée inusitée de la baleine à bosse s’est terminée sur une triste note, après un séjour de plusieurs jours près du pont Jacques-Cartier, à Montréal.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    L’épopée inusitée de la baleine à bosse s’est terminée sur une triste note, après un séjour de plusieurs jours près du pont Jacques-Cartier, à Montréal.

  • Dérivant dans le fleuve, la baleine a finalement été remorquée par un bateau du ministère canadien des Pêches et Océans jusqu’à Sorel, à 80 km à l’est de Montréal.

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    Dérivant dans le fleuve, la baleine a finalement été remorquée par un bateau du ministère canadien des Pêches et Océans jusqu’à Sorel, à 80 km à l’est de Montréal.

  • Elle a été glissée sur la berge à l’aide d’une grue.

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    Elle a été glissée sur la berge à l’aide d’une grue.

  • Les curieux se comptaient par centaines, mardi soir, au quai de Sainte-Anne-de-Sorel.

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    Les curieux se comptaient par centaines, mardi soir, au quai de Sainte-Anne-de-Sorel.

  • Certains se sont même assurés d'avoir la meilleure vue possible sur l'opération de remorquage du mammifère marin.

    PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

    Certains se sont même assurés d'avoir la meilleure vue possible sur l'opération de remorquage du mammifère marin.

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« À Sorel, il se passe une petite affaire et tout le monde est là !  », remarquait René Descoteaux. Ses jumelles au cou, il était arrivé préparé, comme Yvon Émond qui, bien installé dans sa chaise « de la Floride », attendait que la grue soulève le mastodonte.

« C’est gros pas mal ! Une couple de tonnes certain… », s’étonnait-il quand la queue a commencé à s’élever au-dessus de la foule.

Je trouve ça triste. On la voyait à la télé, on trouvait ça beau. C’est comme si elle nous avait apporté de la joie à travers toutes les mauvaises nouvelles. Et là, elle avait enfin retrouvé son chemin.

Johanne Marcotte, résidante de Sainte-Anne-de-Sorel

Le quai de Sainte-Anne-de-Sorel a été choisi dans la journée. Il fallait trouver « un site propice pour la carcasse, qui peut devenir un enjeu de sécurité et de santé publique », avait expliqué Marie-Ève Muller, du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM).

« On annonce une journée chaude [mercredi], donc l’animal pourrait dégager une odeur de plus en plus forte. Il faut que l’endroit où on dépose la carcasse soit accessible par voie fluviale et terrestre. C’est compliqué », avait-elle expliqué.

Autour de midi, des agents de Pêches et Océans Canada ont réussi à accrocher à leur embarcation la carcasse de la baleine – mesurant environ 10 mètres et pesant entre 15 et 30 tonnes – pour contrôler sa dérive. L’embarcation est arrivée à bon port vers 19 h 30. Une corde reliée à une grue a été attachée à la queue du mammifère marin, qui a été déplacé, sous les exclamations des badauds, nombreux et… rapprochés.

« C’est niaiseux, l’être humain. Ça fait des semaines qu’on fait attention, on se lave les mains, on met un masque, et là, pour une baleine, tout le monde est un par-dessus l’autre », a remarqué Johanne Marcotte, accompagnée de son conjoint Jean-Guy Ouellette.

En spectacle à Montréal

Le rorqual à bosse repéré à Montréal sous le pont Jacques-Cartier le 30 mai dernier n’avait pas été aperçu depuis le 7 juin, semant l’inquiétude. L’animal qui avait charmé les Montréalais a été vu dans le secteur de Varennes mardi matin. « Sa carcasse dérivante flotte dans l’eau, ventre à l’air. On ignore pour le moment la raison de sa mort. Il peut s’agir d’une collision. L’animal a peut-être succombé à une maladie », a déclaré Mme Muller mardi matin.

Une nécropsie, examen post-mortem pratiqué sur les animaux pour déterminer les causes du décès, sera entamée par des membres de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal mercredi matin. L’examen macroscopique – qui englobe l’inspection visuelle effectuée à l’œil nu – permettra notamment de déterminer si la baleine était blessée. Le deuxième niveau d’étude, soit les analyses de contaminants et de tissus, peut en revanche prendre plusieurs mois.

La raison de la visite du jeune cétacé, âgé entre 2 et 3 ans, aura fait l’objet de bien des débats. Les spécialistes du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins (RQUMM) supposent notamment que la baleine aurait suivi des proies ou se serait perdue.

« Le choix a été fait de ne pas intervenir auprès de la baleine, explique Robert Michaud, coordonnateur du GREMM. Notre approche de base, c’est de laisser la nature suivre son cours et l’animal s’est aventuré en eau douce par lui-même. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Le rorqual à bosse avait été repéré à Montréal sous le pont Jacques-Cartier, le 30 mai dernier.

Bien que l’apparition de ce type d’animal aux abords du Vieux-Port soit d’une grande rareté, l’exploration de différents milieux fait partie du comportement normal des jeunes cétacés.

« Notre position par rapport aux interventions, c’est qu’on agit quand l’évènement a une cause humaine directe ou quand l’animal est en voie de disparition », poursuit l’expert.

Le rorqual à bosse fait partie des rares espèces sauvages dont la population augmente. Il aurait été quasi impossible de le déplacer sans contraindre physiquement l’animal, soutient-il. Utiliser des sons pour le guider ailleurs aurait aussi été risqué.

« Ça peut générer des réactions inattendues et soudaines, mettant en péril la sécurité de l’animal et des équipes. Une énorme surveillance a été mise en place pour assurer la sécurité de cette baleine. On a beaucoup aidé cet animal qui s’est mis dans le trouble lui-même », a fait remarquer l’expert.

Les sauts majestueux de la jeune baleine auront attiré un grand nombre de curieux dans le Vieux-Montréal la semaine dernière. Au petit matin, familles entières émerveillées et photographes amateurs ébahis se présentaient quotidiennement sur place pour observer la baleine à bosse se donner en spectacle.