Le maire de Rosemont–La Petite-Patrie, François William Croteau, a annoncé lundi l’annulation des projets de « piétonnisation avec bus » sur les rues commerciales Beaubien et Masson, et la disparition prochaine de plusieurs des corridors sanitaires mis en place à la fin mars pour prévenir les risques de propagation de la COVID-19.

Bruno Bisson Bruno Bisson
La Presse

En entrevue à La Presse, le maire Croteau a estimé que les aménagements importants requis pour transformer une rue en espace réservé aux piétons « ne nous permettront pas de nous adapter à mesure que vont évoluer les directives de la santé publique sur la distanciation physique. Et ça peut changer d’une semaine à l’autre. Les circonstances actuelles exigent plus d’agilité de notre part. »

« La réalité, ajoute-t-il, c’est que présentement, je ne vois pas de rue commerciale dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie où il serait justifié de piétonniser à l’avance, pour plusieurs semaines à venir, que ce soit juste pour les fins de semaine ou non. L’achalandage ne le justifie pas et nous n’avons pas reçu une forte demande de commerçants pour installer des terrasses sur les rues. »

La circulation automobile et celle des autobus de la STM seront donc maintenues, sans modification, sur ces deux rues commerciales importantes de l’arrondissement, l’été prochain. M. Croteau n’exclut toutefois pas la possibilité qu’au cours de l’été, la popularité des terrasses spontanées (pop up) qui seront autorisées sur le domaine public, et une affluence plus grande dans les commerces n’incitent l’arrondissement à fermer une rue à la circulation, pour une fin de semaine.

Le cas échéant, a indiqué le maire, une telle décision serait prise en consultation avec les associations de commerçants concernées, qui ont bruyamment manifesté leur désaccord depuis que l’arrondissement a annoncé ses projets de réaménagement du domaine public, le 19 mai dernier.

Exit le « transit mall »

Il y a trois semaines, dans la foulée du plan des voies sécuritaires et actives annoncées par la mairesse Valérie Plante, l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie annonçait qu’un total de 125 kilomètres de rues seraient « apaisées », que ce soit par l’aménagement de pistes cyclables, des interdictions de passage à la circulation de transit, ou la transformation des rues commerciales « en voies partagées de type transit mall ». Ce concept prévoit l’interdiction de la circulation automobile, une circulation libre des piétons, l’aménagement de terrasses sur la rue, et le maintien des services d’autobus réguliers.

Dans son plan, l’arrondissement planifiait de transformer ainsi la rue Beaubien, à partir de l’avenue Christophe-Colomb jusqu’à la rue Saint-Denis, et surtout la rue Masson, de la 2e avenue jusqu’au boulevard Saint-Michel. Le plan, révélé sans consultation préalable avec des associations de commerçants, a provoqué un tollé.

« Notre objectif, se défend le maire Croteau, était d’assurer que les propriétaires de bars ou de restaurants puissent installer des terrasses dans la rue, et que les gens puissent marcher ou visiter des commerces, tout en assurant la distanciation physique sécuritaire entre les gens. Mais en appliquant les directives à la lettre, on s’est rendu compte que si tout le monde installe sa terrasse, avec les files d’attente et la circulation des autobus, ça ne rentre juste pas. Il n’y a pas assez d’espace, et il faudrait interdire complètement la circulation. »

L’arrondissement a donc « décidé de changer d’approche », et a aussi « entendu la voix des commerçants qui nous demandent de travailler de façon plus coordonnée avec eux, afin d’être justement en mesure de mieux nous adapter à la situation de la COVID-19, à mesure qu’elle évoluera.

Un tronçon du boulevard Saint-Laurent qui traverse l’arrondissement, entre les rues St-Zotique et Jean-Talon dans la Petite Italie, doit aussi faire l’objet d’un aménagement semblable pour l’été, malgré de vives protestations locales. Ce projet relève toutefois de la ville centre, qui l’a intégré à son « réseau de voies sécuritaires et actives ». Le maire de l’arrondissement n’a pas voulu commenter le dossier.

Disparition des corridors sanitaires

Les longs corridors sanitaires bardés de clôtures de métal installés sur les rues Masson, Beaubien, Saint-Zotique et Bélanger, seront aussi en grande partie démantelés, au cours des prochaines semaines, dit le maire. Sur la rue Bélanger, entre autres, ils devraient presque tous disparaître, « sauf peut-être un court secteur à l’ouest de l’avenue Christophe-Colomb », a dit M. Croteau.

Le maire affirme que l’implantation de ces corridors relevait « d’un urbanisme tactique », où chaque intervention est évaluée de manière à l’ajuster aux besoins réels des piétons et des commerçants. Les observations faites par les professionnels de l’arrondissement sur le terrain vont mener à la suppression des corridors « où il n’y a pas assez de piétons ou pas assez de clients en file d’attente pour justifier leur maintien ».

Ces corridors, notamment sur la rue Beaubien, vont être retirés parce qu’il n’y a pas de besoin, et les places de stationnement qui avaient été retirées vont être rétablies. »

Le maire Croteau s’est toutefois sèchement défendu de céder ainsi aux pressions des commerçants ou de leurs associations locales, qui réclament le rétablissement du stationnement en bordure de rue pour favoriser le retour de leur clientèle.

« On ne va pas commencer à transiger des espaces de stationnement par rapport aux besoins de distanciation physique alors qu’on est dans une crise sanitaire, ça non, il n’en n’est pas question. La santé publique est la chose la plus importante en ce moment, et la première qui a été prise en considération dans cet ajustement de nos corridors sanitaires », a affirmé le maire de Rosemont–La Petite-Patrie.