L’engagement électoral de Marc Demers d’empêcher le projet de construction de deux immenses tours de condos appelé le Commodore, qu’il associait jusqu’à maintenant à de la corruption, prendra fin mardi soir au conseil municipal avec une facture salée pour les contribuables de Laval.

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

Une entente hors cour qui sera soumise aux élus, viendra clore la poursuite judiciaire de 66,3 millions intentée en 2014 par le promoteur Aldo Coviello contre la Ville de Laval. Il est proposé que la Ville verse une indemnité de 7,2 millions en plus de procéder à un échange de terrains. Ainsi, la Ville acquiert les terrains du Commodore selon leur valeur marchande et cède au promoteur deux immeubles dont la bibliothèque multiculturelle de Laval, selon leur valeur foncière.

Cela tourne au fiasco financier, surtout qu’on nous dissimule les coûts réels. C’est le résultat de l’entêtement de Marc Demers.

Michel Trottier, chef de l’opposition officielle

M. Trottier affirme qu’il faut additionner les frais de notaire, l’éventuelle démolition des bâtiments cédés (500 000 $), le manque à gagner que constitue l’écart entre la valeur foncière et la valeur marchande des deux immeubles cédés, la décontamination des sols des terrains du Commodore et l’ouverture éventuelle d’une nouvelle bibliothèque (après 2024).

Le conseiller municipal Michel Poissant, de la deuxième opposition, soutient qu’il faut également ajouter les honoraires des avocats qui ont mené le dossier. Il évalue les honoraires à 1,25 million, ce qui exclut le coût des avocats du contentieux de la Ville.

Pour M. Poissant, il est clair que le règlement proposé écorche « l’image de justicier » que M. Demers a toujours voulu se donner. « C’est de la gestion spectacle comme toujours. M. Demers avait promis de faire tomber le projet et il a diffamé le promoteur et trouvé des excuses bidon pour arriver à ses fins », ajoute-t-il.

Durant les élections municipales de 2013, Marc Demers disait vouloir « mettre fin au désordre » et le projet du Commodore était dans son viseur. Un mouvement citoyen appelé « Pas de tours dans ma cour » faisait également campagne contre le Commodore.

M. Demers était convaincu que le changement de zonage qu’avait obtenu le promoteur sous l’ancienne administration de Gilles Vaillancourt, était marqué par des manœuvres illégales. Quelques mois après son arrivée au pouvoir, Marc Demers a ouvert une enquête administrative sur le projet, ce qui a entraîné la suspension de tout permis de construction. Puis, l’administration Demers a transmis le dossier à l’Unité permanente anticorruption (UPAC) dont il n’y a jamais eu aucun écho.

Le promoteur qui n’a jamais pu construire le Commodore sur les berges de la rivière des Prairies (un projet estimé à 160 millions), s’est alors tourné vers les tribunaux. Il réclamait 66,3 millions, soit l’équivalent des profits anticipés. Le procès s’est ouvert en janvier dernier. À la veille des témoignages de Marc Demers et du vice-président du comité exécutif Stéphane Boyer, une entente à l’amiable est intervenue entre les parties.

« Même si je n’ai jamais été d’accord avec le projet du Commodore, il faut constater que l’administration n’a jamais été capable de prouver que le zonage était le résultat de gestes illégaux. C’est ce qui explique que l’administration Demers est allé à la chasse avec un couteau à beurre », conclut Michel Trottier.