La Ville de Montréal-Est craint de devenir la plaque tournante de l’industrie du cannabis dans la métropole alors que six entreprises ont déjà élu domicile sur son territoire. La municipalité a décidé de resserrer ses règles de zonage pour éloigner les futures serres des secteurs résidentiels.

Sara Champagne
La Presse

« Si on ne fait rien, ces entreprises de cannabis peuvent s’installer où elles veulent sur notre territoire. Ce n’est pas ce que nous souhaitons. On va permettre à ces six entreprises de continuer leurs activités, elles ont un droit acquis. Mais on veut protéger nos citoyens des problèmes olfactifs », a expliqué à La Presse le maire de Montréal-Est, Robert Coutu.

Déjà six entreprises ont élu domicile dans un petit quadrilatère compris de part et d’autre de l’avenue Marien, selon des documents qui ont été rendus publics à la dernière séance du conseil municipal. Aucune d’elles ne s’affiche officiellement, par contre, a constaté La Presse en parcourant le secteur.

Selon la direction de la gestion du territoire de Montréal-Est, de nombreuses entreprises liées au cannabis ont manifesté le désir de s’implanter dans la municipalité d’environ 4000 habitants au cours de la dernière année.

Tomates ou cannabis ?

Dans sa forme actuelle, la production en serre et la transformation sont permises sur un large territoire industriel de Montréal-Est, dans une vingtaine de zones légales. Certaines sont voisines de rues résidentielles. Mais les règles d’urbanisme ne font « aucune distinction entre un plant de tomates et un plant de cannabis », note la direction générale dans la motion qui a été soumise aux élus.

En vertu du nouveau règlement qui entrera en vigueur officiellement à la prochaine assemblée municipale, le 19 février, la production et la transformation du cannabis seront donc limitées à une très petite zone, appelée « 1.02 », située au nord de l’autoroute 40.

Le maire Coutu ne s’en cache pas, il n’est pas favorable à la légalisation du cannabis. Mais, ajoute-t-il, la décision n’a rien à voir avec ses opinions juridiques.

« On s’est aperçus qu’une des six entreprises avait son permis de cannabis du fédéral, mais il n’était pas dans le bon zonage. On l’a obligée à déménager. Donc, avant de revivre ça, on s’est dit qu’on allait encadrer le cannabis, on s’est dit qu’on allait accueillir l’industrie, mais dans une zone très précise. »

La SQDC ouverte à s’installer

Par ailleurs, la Société québécoise du cannabis (SQDC) s’est déjà montrée ouverte à la possibilité de s’installer dans l’est de Montréal pour vendre ses produits – et non en produire. Elle explique qu’elle va d’abord analyser le règlement avant de le commenter publiquement.

Nous sommes en contact avec un paquet de villes, en mode exploratoire. On travaille en collaboration avec les municipalités. Donc, ce qui est clair, c’est qu’on va aller s’installer ailleurs si on ne veut pas de nous.

Fabrice Giguère, porte-parole de la SQDC

À l’Association québécoise de l’industrie du cannabis (AQIC), on se dit « très déçu » par le nouveau règlement resserrant les règles de zonage du cannabis.

« On voit ça comme une autre victoire pour le marché noir, se désole Sabrina Williams, porte-parole de l’AQIC. Déjà qu’il y a des règles très strictes, notamment pour l’interdiction des succursales de SQDC autour des écoles. La réglementation vient ajouter d’autres stigmates. »

Ailleurs au Québec, une bonne vingtaine de municipalités ont changé leur réglementation depuis que le gouvernement fédéral a légalisé l’usage du cannabis récréatif, en octobre 2018. À Montréal, plusieurs arrondissements ont modifié les règles pour repousser l’industrie, notamment Saint-Léonard.

« On ne veut pas empêcher les entreprises [d’exploiter] le marché du cannabis, et de faire ce qui est légalement permis, sauf qu’il ne faut pas nuire aux autres. Dans ce cas précis, ce n’est pas une question de bruit, c’est autre chose », ajoute le maire de Montréal-Est.