Le spectre d’une guerre entre les États-Unis et l’Iran a mobilisé près de 200 de manifestants inquiets, incluant un nombre important de membres de la diaspora iranienne, devant le consulat américain au centre-ville de Montréal, dimanche après-midi.

Raphael Pirro
Raphael Pirro La Presse

L’initiative a été lancée sur Facebook par la Ligue internationale de lutte des peuples au Canada Canada (ILPS Canada), une organisation aux positions anti-impérialistes et anti-interventionnistes.

Cependant, les personnes ayant répondu à l’appel n’étaient pas nécessairement affiliées à un mouvement politique particulier, mais avaient en commun la volonté d’exprimer leur crainte face une éventuelle guerre avec l’Iran et leur colère à l’endroit des États-Unis et du président Donald Trump.

La foule composée de Québécois, d’Iraniens installés à Montréal et d’une grappe d’Américains s’est d’abord réunie au square Phillips vers 11 h, où des affiches à l’effigie du général Qassem Soleimani, dont l’assassinat le 3 janvier dernier a provoqué une onde de choc à travers le monde, étaient confectionnées à l’improviste et distribuées parmi les gens présents.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

« Ce n’est pas la faute des gens. C’est la faute des gouvernements, qui essaient de fomenter la haine de l’autre alors que les peuples entre eux ne se connaissent même pas », a dit Sajjad Talebi, un étudiant en génie installé à Montréal depuis 5 mois.

« Nous savons ce qu’est la guerre [en Iran]. Mon père a reçu un éclat d’explosion à l’abdomen en 1983, durant la guerre de huit ans entre l’Iran et l’Irak. Depuis ce temps, il doit se rendre à l’hôpital à tous les jours. Le prix pour la guerre est beaucoup plus cher que ce que pensent les gens », a illustré le jeune homme en montrant, à partir de son cellulaire, une photo de son père dans un lit d’hôpital.

« Je parle [à ma famille en Iran] plusieurs fois par jour, a raconté un doctorant en génie d’origine iranienne, Ali Reza. La plupart sont extrêmement tristes. Ils sont en deuil, mais ils sont aussi furieux. Je peux vous garantir une chose : il y a beaucoup de gens de différentes familles politiques en Iran qui aujourd’hui sont réunies dans leur opposition aux États-Unis, parce qu’ils partagent maintenant un terrain d’entente. »

Aux cris de « No more War » (Fin à la guerre), les manifestants se sont dirigés vers le consulat américain, au coin des rues Stanley et Sainte-Catherine, où près d’une dizaine de personnes se sont succédé au magnétophone.

Si l’essentiel de la manifestation était basé sur l’opposition à une éventuelle guerre entre les États-Unis et l’Iran, les images du défunt général Soleimani ont provoqué quelques remous. À l’arrivée des gens au square Phillips, deux ou trois individus, venus séparément, ont tenu à exprimer leur désaccord avec l’utilisation de son portrait.

Un premier contre-manifestant bruyant ne s’est pas gardé de provoquer la foule avec des « God bless Trump » et des « Soleimani is a terrosist ». Les prises de bec entre l’homme d’origine iranienne et quelques manifestants ont suscité la colère et ont été le centre d’attention pendant quelques minutes.

Le deuxième homme, Bijan Jalali, arrivé au Canada en tant que réfugié politique en 1983, s’était rendu sur place pour exprimer, dans un esprit un peu moins belliqueux que le premier contre-manifestant, son opposition à la fois à la guerre américaine et au régime iranien.

« Je ne suis pas contre la manifestation, a-t-il scandé. Je suis aussi contre la guerre, comme tout le monde ici. Je crois que Trump est un criminel et que les États-Unis doivent quitter le Moyen-Orient. Mais il faut aussi reconnaître que Soleimani était un homme sanguinaire qui était très néfaste pour notre pays. Sa mort est une bonne chose », a avancé M. Jalali.

La manifestation s’est terminée aux alentours de 14 h. ILPS Canada veut faire du rassemblement devant le consulat général américain une activité récurrente.