« Le lien de confiance [avec la série Rock’n’Roll] est rompu », dit l’administration Plante

Yves Boisvert Yves Boisvert
La Presse

Exaspérée par les déboires du Marathon de Montréal, en particulier l’édition catastrophique de 2019, la Ville cherche un nouvel organisateur.

Au moins quatre groupes ont été pressentis ou ont manifesté leur intérêt, dont l’organisation de Pierre Lavoie, Gestev et les Courses thématiques.

Le terme « marathon » n’appartient en propre à personne, mais en 2011, les frères Serge et Bernard Arsenault, fondateurs des premières éditions du Marathon de Montréal, ont vendu leur organisation à un groupe américain responsable d’une série de courses appelées « Rock’n’Roll ». Ce groupe a été avalé par Ironman, qui lui-même est la propriété de Wanda Sports, de propriété chinoise.

Les nombreuses critiques sur la sécurité et le plan d’intervention d’urgence médicale à la suite de la mort d’un jeune homme, les retards de près d’une heure dus au manque de personnel, les communications en anglais, le mercantilisme et une facture surprise refilée au Service de police ont achevé d’user la patience de la Ville.

Les gens de Rock’n’Roll n’entendent pas lever les feutres si facilement. Pour montrer leur bonne foi, un peu comme on affiche dans la vitrine d’un restaurant mis à l’amende pour cause d’insalubrité, ils annonçaient la semaine dernière une « nouvelle administration ».

Eddy Afram, consultant en gestion médicale, qui a une longue expérience dans ce type d’événement, a été nommé directeur général. Mario Blain, organisateur hors pair avec également une longue expérience technique remontant à plus de 35 ans, a été nommé directeur des opérations.

Malgré leur crédibilité personnelle, des gens dans l’administration Plante ne veulent plus rien savoir de Rock’n’Roll. « Le lien de confiance est rompu », dit-on.

Le marathon 2019 a dégagé des bénéfices de plusieurs centaines de milliers de dollars. « Plus de 900 000 $ », affirme une source bien renseignée. Rock’n’Roll a rogné sur les dépenses – du moins, selon l’article de notre collègue Ariane Lacoursière, on n’a pas suivi les recommandations d’Urgences-santé.

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Pierre Lavoie, qui dirige une organisation à but non lucratif, jouit de beaucoup de sympathie à l’hôtel de ville. Son groupe, installé à Boucherville, emploie 60 personnes et organise une douzaine d’événements, dont évidemment Le Grand défi. Bien avant les événements de cette année, il lorgnait la possibilité de reprendre ce marathon.

« Organiser un marathon, ce n’est pas très compliqué pour nous. Mais pour moi, l’important, c’est que l’exercice d’un choix d’organisateur se fasse. Il faut redonner le marathon aux Montréalais, que les gens en soient fiers, qu’ils sentent qu’ils en ont pour leur argent, mais aussi qu’on retrouve nos valeurs d’inclusion. Je veux qu’on embarque les écoles, par exemple. »

Le groupe Gestev, de Québec, est un organisateur de beaucoup plus grande envergure, en sport comme en culture. En plus de spectacles, Gestev organise déjà avec succès le marathon de Québec et plusieurs courses dans la région.

Les Courses thématiques sont une organisation plus modeste, responsable des marathons de Longueuil et de Granby, ainsi que de plusieurs autres courses de bonne tenue dans la région.

« Au-delà de la consultation, nous ne pouvons que saluer la démarche de la Ville qui est d’offrir un marathon international à Montréal en ayant des acteurs d’ici impliqués », dit Éric Fleury, des Courses thématiques.

Si la volonté d’en finir avec Rock’n’Roll est assez claire, plusieurs enjeux juridiques restent en suspens.

Les organisateurs actuels ont déjà lancé leur campagne d’inscription pour l’édition 2020, qui sera la « 30e » – selon la façon de calculer. Que faire des inscrits ?

« Ce n’est pas un gros problème en ce qui me concerne. On peut protéger ces gens-là, dit Pierre Lavoie. À partir du moment où on ne cherche pas de profit, on a une bonne marge de manœuvre… »

À la Ville, on fait valoir qu’il n’y a pas de contrat liant l’administration à Rock’n’Roll. Chaque année, l’entente doit être renouvelée. Elle ne l’est pas encore.

Et plein de gens en ville espèrent qu’elle ne le sera pas.

Quarante ans de marathons

1979 : Les frères Serge et Bernard Arsenault fondent le marathon de Montréal, trois ans après la tenue des Jeux olympiques. De grands noms de la course à pied, comme Kebede Balcha, André Viger et Jacqueline Gareau, y participent. Dans ses premières années, le marathon attire jusqu’à 12 000 coureurs.

1991 : Le marathon de Montréal est annulé, faute de ressources financières. Déjà, l’année précédente, l’événement sportif avait été sauvé in extremis après la diminution du soutien financier dans les secteurs privé et public. Les inscriptions avaient aussi connu une importante diminution.

1992 : Pendant quatre ans, Alain Bordeleau organise un marathon, plus modeste et déplacé dans les villes d’Outremont, de Saint-Laurent et de Mont-Royal en raison du refus du maire de l’époque d’appuyer le projet. En 1997, le marathon prend fin.

2003 : Dans le cadre du 13e Festival de la santé, le marathon de Montréal revient. Il prend le nom de son commanditaire, Oasis.

2011 : Le promoteur Competitor Group, qui organise la série Rock’n’Roll Marathons aux États-Unis, est dorénavant derrière le Marathon Oasis de Montréal. L’édition 2011 bat des records, avec une participation de 24 000 coureurs. Competitor Group acquiert le marathon et l'organise à partir de 2012.

2017 : La société Ironman achète le marathon. L’Ironman Group fait partie du Wanda Sports Group, établi à Pékin. La première année est marquée par l’annulation de l’épreuve de 42 km, en raison de la chaleur caniculaire, et des plaintes dues aux remboursements tardifs. En 2018, l’organisation nomme Dominique Piché à la direction de l’événement. Celui-ci avait déjà organisé l’Ironman de Mont-Tremblant.
— Janie Gosselin, La Presse