Les fruits et légumes poussaient sur l’emprise de la Ville, ce qui contrevenait à un règlement municipal

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

Lise Bissonnette souhaitait rendre les légumes plus accessibles à sa communauté et communiquer sa passion du jardinage. Hier, elle s’est résignée à démanteler le potager qu’elle avait aménagé à côté de chez elle, sur l’emprise de la Ville de La Prairie. Non sans abandonner l’espoir de faire changer le règlement municipal.

« On est déçus », a-t-elle dit hier en expliquant aux quelques volontaires venus l’aider comment remettre le terrain dans son état initial.

Les fruits et légumes du projet né en septembre dernier donnaient leur première récolte. Le potager se trouve sur l’emprise de la municipalité, soit la partie entre le trottoir et le terrain de Mme Bissonnette, délimité par une haie. Il se trouve devant la façade latérale de sa maison.

PHOTO FOURNIE PAR LISE BISSONNETTE

Le potager avant son démantèlement

Le service de l’urbanisme de la Ville de La Prairie a envoyé une lettre à Mme Bissonnette dès février pour lui demander de ne pas aménager de potager sur l’emprise durant la saison estivale, citant un article du règlement de zonage selon lequel « l’emprise municipale adjacente à un immeuble privé doit être gazonnée », sauf pour l’aménagement d’une « allée d’accès à une aire de stationnement, l’installation d’équipement d’utilité publique ».

Mme Bissonnette a contesté la demande, jugeant son projet « d’utilité publique ». Elle a aménagé le potager de huit espaces de quatre pieds sur onze après avoir entendu parler des « Incroyables Comestibles ». Ce mouvement mondial, lancé en 2008 au Royaume-Uni, préconise l’autosuffisance alimentaire et le partage. Il invite les jardiniers en herbe à lancer des projets de potagers pour offrir gratuitement des fruits et légumes à leur communauté. Une pancarte invitant les passants à se servir était toujours visible sur un poteau, hier.

Les élèves de l’école de la plus jeune des cinq enfants de Mme Bissonnette, âgés de 11 à 18 ans, ont participé aux activités de jardinage, préparant les semis en classe et les plantant par la suite.

La sécurité avant tout, dit le maire

Le maire de La Prairie, Donat Serres, s’est dit sensible à la demande de Mme Bissonnette, qui s’est présentée au conseil municipal en mai dans l’espoir de convaincre les élus, a rapporté le journal local, Le Reflet. Il a cependant dit craindre la culture de plantes en hauteur, qui pourrait compromettre la sécurité des piétons, les rendant moins visibles pour les véhicules sortant des stationnements.

Mme Bissonnette s’est résignée à défaire les différents plants hier, devant la menace de recours juridiques si tout n’était pas enlevé au plus tard lundi.

PHOTO FOURNIE PAR LISE BISSONNETTE

« Je veux montrer à mes enfants que, quand tu crois en quelque chose, c’est important de te battre, tout en respectant le monde », dit Lise Bissonnette, qui s’est résignée à démanteler le potager qu’elle avait aménagé à côté de chez elle, sur l’emprise de la Ville de La Prairie.

Les volontaires, tout comme Mme Bissonnette, déploraient de ne pas avoir pu profiter des récoltes jusqu’à la fin de la saison.

« Je trouve ça très dommage », a réagi Isabelle Rodrigue, venue prêter main-forte hier. Mme Rodrigue avait croisé l’instigatrice du potager à son travail, dans un commerce des environs, sans la connaître vraiment. « Je suis venue chercher de la salade, des concombres, des navets, des oignons, au fil de l’été », dit celle qui a découvert le projet au détour d’une marche.

Mme Bissonnette, qui avait déjà un jardin dans sa cour, profitera de sa récolte personnelle. Mais elle aurait aimé pouvoir utiliser l’espace appartenant à la Ville pour le reste de la communauté. « C’est un quartier défavorisé, en face d’une école, souligne-t-elle. Je comprends leurs arguments, mais ils pourraient créer une zone tampon. »

Elle cite l’exemple de la Ville de Québec, qui a fait volte-face en modifiant son règlement en février dernier pour permettre les potagers en façade, mais à une distance minimale de 0,5 m des trottoirs.

Elle espère faire changer la réglementation de La Prairie pour promouvoir l’agriculture urbaine, tant en façade que sur les emprises ou dans les lieux publics. « Je veux montrer à mes enfants que, quand tu crois en quelque chose, c’est important de te battre, tout en respectant le monde », lance-t-elle.

Il n’a pas été possible de joindre les représentants de la Ville de La Prairie, hier soir.