Alors qu’une consultation publique très attendue sur la qualité de l’air dans l’est de Montréal s’amorce la semaine prochaine, les plaintes de citoyens en lien avec la mauvaise qualité de l’air ou les rejets d’eaux usées se multiplient. Les constats d’infraction, eux, sont quasi inexistants.

Sara Champagne Sara Champagne
La Presse

Eaux usées, qualité de l’air douteuse, absence de nouvelles études sur la santé respiratoire dans l’est de Montréal : les griefs des résidants de ce secteur hautement industrialisé sont nombreux. Des citoyens entendent réclamer une station d’échantillonnage de l’air près de la rue Notre-Dame et de l’autoroute 25 lors de la consultation, prévue le 28 août.

Selon nos informations, l’entreprise Carboneutre serait la seule à avoir reçu un avis de dépassement des normes de rejet des eaux usées au cours des derniers mois. Aucun avis n’a été donné pour des rejets dans l’atmosphère depuis le mois de juin.

Le maire de Montréal-Est, Robert Coutu, affirme pourtant être interpellé régulièrement par des citoyens qui disent avoir porté plainte. Dans les faits, selon le Service de l’environnement de la Ville de Montréal, un seul avis formel d’infractions sur les rejets dans l’atmosphère ou sur l’assainissement des eaux a été remis à une industrie dans les derniers mois. Et cet avis a été contesté avec succès.

L’entreprise visée, Carboneutre, a reçu un avis de dépassement des normes de rejet des eaux usées en lien avec la présence de matières en suspension et de métaux lourds dans son système pluvial. Selon l’avis remis le 5 juin 2019, dont La Presse a obtenu copie, il y avait deux fois plus de matières en suspension que la limite permise dans l’eau lors du passage des inspecteurs, soit 68 mg par litre, pour une norme de 30 mg par litre. Les techniciens du Service de l’environnement de Montréal ont aussi constaté des dépassements des normes d’aluminium et de manganèse dans l’eau.

Résultats contestés

À la demande de La Presse, les dirigeants de Carboneutre ont donné accès à leurs installations pour livrer leur point de vue. L’ingénieure et dirigeante de Carboneutre Marlène Girard a ouvert un couvercle de puisard à l’entrée de son centre de traitement des sols contaminés, avenue Marien. Il y avait une odeur de putréfaction en provenance du centre de gestion de matières résiduelles EBI. Et dans les airs, un mélange de poussière et de diesel.

Selon Mme Girard, les techniciens ont laissé tomber leurs instruments dans le fond du puisard en prenant l’échantillonnage. L’usine a aussitôt contesté les résultats en envoyant ses propres résultats d’analyses effectuées sur plusieurs jours, affirme-t-elle.

« Ce n’est jamais le même technicien d’une fois à l’autre, déplore Mme Girard. Ils arrivent toujours quand il y a des pluies, et ça peut devenir très difficile quand les débits sont très forts. Au fil des ans, on a ajouté des filtres, des systèmes de rétention. En échappant les instruments, le technicien a brouillé l’eau. Il aurait fallu qu’il prenne l’échantillonnage dans le tuyau et non dans le fond du puisard. »

On a contesté, personne n’a donné suite à la Ville, on imagine que c’est parce que c’est correct.

Marlène Girard, ingénieure et dirigeante de Carboneutre

Au Service de l’environnement de la Ville, on indique à ce sujet qu’un « plan de mesures correctives » a été transmis par le centre le 9 juillet dernier, sans en spécifier le détail.

Taux d’arsenic inconnu

Avec les années, la cohabitation est devenue de plus en plus difficile entre les géants industriels et la population en constante augmentation dans l’est de Montréal. Un rapport de la Direction régionale de santé publique de Montréal (DRSP) sur les émissions atmosphériques a déjà révélé que le taux d’arsenic rejeté dans l’atmosphère par l’affinerie de cuivre et de métaux précieux CCR, avenue Durocher, était deux fois plus élevé que les normes en vigueur. Dans un reportage paru dans La Presse, la direction de l’entreprise a affirmé avoir mis en marche un dépoussiéreur (sorte de grosse cheminée) pour y remédier à l’automne 2018.

À ce jour, l’usine se refuse à dévoiler les taux rejetés dans l’air au cours des derniers mois. « On attend une année complète avant de présenter les résultats », a fait savoir la porte-parole de l’usine, Édith Rochette. Mais, selon un document transmis au Service de l’environnement de la Ville de Montréal par CCR, une nouvelle configuration des ventilateurs de toit est nécessaire pour que l’affinerie se conforme aux normes sur les rejets dans l’atmosphère, a appris La Presse.

Le maire Coutu estime qu’il y a la pollution provenant des usines, mais aussi celle des « particules incontrôlables » provenant du camionnage lourd et de la circulation automobile, entre autres.

Ça fait au moins 10 ans qu’on demande de prolonger la ligne bleue [du métro] au-delà d’Anjou, et il ne se passe rien. Quand je roule dans l’est de Montréal, je constate la pollution de l’air partout. Il est temps d’agir, pas juste d’en parler.

Robert Coutu, maire de Montréal-Est

Raymond Moquin, président du Collectif en environnement Mercier-Est, entend réclamer l’installation d’au moins une station d’échantillonnage de l’air lors de la consultation publique. Mais il voit mal comment la situation pourrait s’améliorer avec la croissance des activités projetée par le Port de Montréal.

« Il est important que des stations d’échantillonnage aient la capacité de mesurer les contaminants, les particules fines provenant des camions. Mais on ne voit pas comment la situation peut s’améliorer. »

Objectifs de la consultation publique 

Le Service de l’environnement de la Ville de Montréal et la Direction régionale de santé publique de Montréal prendront la parole lors de la consultation publique, le 28 août, organisée par les arrondissements de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve et Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, afin d’informer les citoyens, améliorer la compréhension de cet enjeu, offrir un espace de discussion et déterminer des pistes d’action.