La Ville de Montréal devra payer 3 millions de plus que prévu pour surveiller les principaux travaux de réfection des rues de Montréal au cours des prochaines années en raison d'une pénurie de surveillants de chantiers.

PIERRE-ANDRÉ NORMANDIN LA PRESSE

À la prochaine séance du conseil municipal, les élus montréalais seront appelés à voter deux contrats pour retenir les services de firmes de génie. SNC-Lavalin doit ainsi recevoir un mandat de 7,1 millions et Axor Experts-Conseils, de 8,5 millions. Les deux firmes auront pour mandat de surveiller les principaux travaux de réfection des chaussées de la métropole, la Ville disant ne pas avoir les ressources pour faire le travail à l'interne.

Cette facture de 15,6 millions est supérieure de 24 % à l'estimation faite par Montréal avant l'octroi des contrats. En effet, Montréal s'attendait plutôt à payer 12,6 millions.

Personnel plus expérimenté

La métropole explique cette facture plus élevée par la pénurie de personnel pour la surveillance de chantiers. Dans ses appels d'offres, Montréal demandait des techniciens de niveau intermédiaire, c'est-à-dire qui avaient de 5 à 10 ans d'expérience. Mais les firmes ont dit devoir recourir à des techniciens seniors qui ont plus de 10 ans d'expérience et, donc, qui facturent plus. « Les propositions des firmes reflètent la pénurie actuelle de techniciens de niveau intermédiaire sur le marché régional », indique la Ville de Montréal.

Le manque d'ingénieurs a aussi pesé. Dans son appel d'offres, Montréal demandait aux firmes de miser sur des ingénieurs ayant cinq années d'expérience. Or, Axor a proposé majoritairement des ingénieurs seniors ayant plus de dix ans d'expérience.

Malgré l'important écart entre la facture et l'estimation, Montréal juge bon d'aller de l'avant. Le fait que le personnel aura plus d'expérience que requis pourrait même aider à la qualité des travaux, évalue la métropole. « Les ressources fournies sont de qualification supérieure, ce qui avantage la Ville », peut-on lire dans un document soumis aux élus.

Le Bureau de l'inspecteur général (BIG) de Montréal avait d'ailleurs soulevé en 2018 plusieurs irrégularités dans le travail effectué par les surveillants de chantiers provenant du privé. Des inspections ont noté depuis 2015 des problèmes dans la réparation des défauts dans les fondations de chaussée depuis 2015. Le BIG avait décidé de se pencher sur le travail des surveillants, estimant qu'ils jouent un rôle « essentiel et névralgique » pour s'assurer que les travaux commandés par la Ville sont bien faits.

« Un rempart contre les hausses de prix »

Cette hausse soudaine des coûts de surveillance des chantiers à Montréal a fait bondir le syndicat qui représente les ingénieurs à l'emploi de la Ville. « S'ils nous offraient 24 %, ça ferait longtemps que le renouvellement de notre convention collective serait réglé », a ironisé Yvan Rheault, président du Syndicat professionnel des scientifiques à pratique exclusive de Montréal. Leur contrat de travail est échu depuis 14 mois.

Cette augmentation devrait inciter la Ville à miser davantage sur ses propres ingénieurs, poursuit M. Rheault. « Ça plaide pour l'importance de renforcer notre expertise interne. En plus du rempart contre la collusion, on peut aussi être un rempart contre les hausses de prix. »

À noter, c'est la troisième fois consécutive que SNC-Lavalin décroche ce contrat de surveillance de chantiers. En mars 2015, la firme a obtenu un premier mandat de 3,0 millions, puis elle en a décroché un autre de 4,3 millions en mars 2017.