Montréal n'équipera pas ses policiers de caméras portatives, a annoncé la mairesse Valérie Plante. Elle estime que « la technologie n'est pas au rendez-vous ».

Pierre-André Normandin LA PRESSE

L'élue est revenue ce matin sur l'étude des caméras à la commission de la sécurité publique vendredi dernier. « On a eu les pour et les contre, mais notre position à ce moment-ci, c'est de ne pas aller de l'avant avec les caméras portatives », a indiqué la mairesse lors d'une rencontre de son administration.

Valérie Plante a indiqué qu'implanter ces appareils à l'ensemble des 3000 patrouilleurs du SPVM coûterait cher -24 millions par an, selon le corps policier -, sans pourtant être efficace pour autant. « Ce serait un investissement majeur qui vaudrait peut-être la peine si ça augmentait le sentiment de sécurité, mais ce n'est pas le cas. La technologie n'est pas au rendez-vous », a dit l'élue.

Elle constate que la technologie ne s'est pas avérée la solution magique espérée. « Certains se disaient qu'avec la caméra, ça serait vite : "Bing bang, tout est réglé". Mais non, ce n'est pas aussi simple », a-t-elle dit.

Si la mairesse écarte les caméras, elle estime que Montréal devra néanmoins s'attaquer au malaise qui a mené à l'idée de doter les policiers de ce dispositif. « Ce n'est pas parce qu'on ne va pas de l'avant [avec les caméras] que les raisons derrière [cette réflexion] ne sont pas valables et on doit s'y attarder », a-t-elle dit. Elle souhaite ainsi améliorer le « sentiment de sécurité et diminuer le profilage racial et social », dont plusieurs groupes se sont plaints.

Son administration entend améliorer la formation offerte aux policiers pour tenter d'apaiser les relations avec les citoyens. « On sait que quand la formation est adéquate, ça amène des résultats concluants », a dit Mme Plante. Elle entend continuer à miser sur la police de proximité.

Dans son rapport final sur son projet-pilote, le SPVM avait dressé un bilan négatif. L'implantation de cette technologie risquait d'alourdir considérablement le travail des policiers, ce qui aurait coûté 24 millions par an, en plus des 17 millions pour implanter les caméras aux 3000 patrouilleurs. Or, les responsables n'avaient pas noté de changement dans les interactions entre policiers et citoyens durant le projet-pilote. Ils avaient noté un malaise important chez plusieurs policiers, qui se montraient majoritairement opposés au dispositif en raison de la charge de travail.

Les agents ont aussi peiné par moment à enregistrer leurs interventions plus musclées. Sur 19 « usages de la force », seulement 13 ont été filmés, dont huit dans leur totalité, l'enregistrement débutant pendant ou après que la situation se soit envenimé dans les cinq autres.

Bien que les caméras soient écartées, le SPVM continuera à effectuer une « veille technologique » pour évaluer si des progrès dans cette industrie règlent les nombreux irritants soulevés par le projet-pilote.