L'agglomération de Longueuil s'apprête à investir 37 millions de dollars dans l'agrandissement de l'usine de biométhanisation de Varennes plutôt que de construire ses propres installations pour le traitement des matières organiques, a appris La Presse.

Mis à jour le 30 janv. 2019
KATHLEEN LÉVESQUE LA PRESSE

Le comité exécutif de l'agglomération, sous la présidence de la mairesse de Longueuil Sylvie Parent, sera appelé à se prononcer ce matin sur le projet. Ce dernier prend la forme d'une entente entre Longueuil et la Société d'économie mixte de l'est de la couronne sud (SEMECS) pour le traitement des matières organiques provenant des collectes municipales du territoire de l'agglomération (Longueuil, Saint-Bruno-de-Montarville, Boucherville, Saint-Lambert et Brossard).

La Presse a obtenu une copie du projet d'entente. On peut y lire que « Longueuil paiera à la [SEMECS] un coût fixe de 36 750 000 $ [...], plus les taxes applicables, le cas échéant, pour la modification et l'optimisation du Centre de traitement afin de pouvoir offrir les services à Longueuil pour le volume souscrit ».

L'entente proposée débuterait le 1er janvier 2023 et s'étendrait sur une période de 20 ans. Elle serait renouvelable de façon automatique pour une durée additionnelle de 20 ans, à moins d'un avis contraire de Longueuil.

« C'est le début du processus décisionnel. C'est la première instance qui est saisie du dossier », s'est borné à dire hier soir Louis-Pascal Cyr, du service des communications de Longueuil. La prochaine assemblée du conseil d'agglomération est prévue le 21 février.

TRANSFERT DE RISQUES

Si la proposition est entérinée par les élus, cela confirmera l'abandon définitif du projet de construction d'une usine de biométhanisation à Longueuil. Depuis plusieurs mois, l'explosion des coûts des projets de construction et d'exploitation de ce type d'équipement dans d'autres municipalités, dont Montréal, a incité les élus à explorer d'autres scénarios. Cela permettrait également de transférer les risques financiers, mais aussi d'acceptabilité sociale ; une usine génère notamment du bruit, des odeurs et du camionnage constant.

L'hiver dernier, Longueuil s'est tourné vers Varennes, dont l'usine est en fonction depuis le début de 2018 et traite avec 27 autres municipalités. Un mandat a été donné à la SEMECS afin d'étudier les différents enjeux, les caractéristiques et les modalités d'un éventuel contrat avec l'agglomération de Longueuil. Les conclusions de l'étude ont mené à des pourparlers entre les parties.

Les maires de l'agglomération ont eu une présentation des avantages et inconvénients des deux options l'automne dernier. La Commission de l'environnement et de l'aménagement de Longueuil, où siègent des élus de toutes les municipalités de l'agglomération, ne s'est toutefois pas penchée sur le dossier. La réflexion à partir de données techniques et financières semble avoir été concentrée entre les mains de la ville centrale.

Selon les informations recueillies, si Longueuil choisissait de construire et d'exploiter sa propre usine, il lui en coûterait 259 $ pour chaque tonne de matières résiduelles organiques (MRO) traitée. En se tournant vers la SEMECS à Varennes, il serait maintenant question de 150 $/tonne.

Immobilisations et exploitation 

Longueuil propose de financer le projet grâce à deux règlements d'emprunt : l'un concerne les honoraires professionnels (7,4 millions avant taxes) et l'autre, la construction proprement dite de l'agrandissement de l'usine (29 350 000 $ avant taxes). On évalue également que le projet est admissible à une subvention du gouvernement du Québec de 18 666 676 $ dans le cadre du Programme de traitement des matières organiques par biométhanisation et compostage.

Au-delà des immobilisations, l'agglomération de Longueuil devra payer annuellement des frais pour l'exploitation du Centre de traitement, soit des frais couvrant les dépenses d'exploitation, les honoraires de l'exploitant et les taxes foncières. Ce coût sera établi en fonction des quantités de MRO que Longueuil prévoit acheminer à Varennes.

Chose certaine, un incitatif pour augmenter le tonnage des MRO est prévu. La SEMECS consentirait un crédit de 1,25 $/tonne (entre 20 000 et 25 000 tonnes) et jusqu'à 3,50 $ pour 35 000 tonnes et plus de MRO. Les revenus provenant de la collecte effectuée auprès des industries, des commerces et des institutions seraient partagés.

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Contribuer à la lutte contre les changements climatiques

L'agglomération de Longueuil doit valoriser les matières résiduelles organiques (MRO) produites sur son territoire en vertu de la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles et du Plan métropolitain de gestion des matières résiduelles. Le gouvernement du Québec offre un soutien financier au monde municipal pour l'installation d'infrastructures permettant de traiter les MRO. Son programme est financé par le Fonds vert. L'objectif ultime est la lutte contre les changements climatiques.

Qu'est-ce que la SEMECS ?

La Société d'économie mixte de l'est de la couronne sud (SEMECS) est un organisme public. Ses actionnaires sont la MRC de La Vallée-du-Richelieu, la MRC de Marguerite-D'Youville, la MRC de Rouville et l'entreprise privée Biogaz EG inc. Le conseil d'administration est présidé par le maire de Varennes, Martin Damphousse. Le directeur général est Sylvain Berthiaume.