Le Service de police de l'agglomération de Longueuil (SPAL) a dévoilé hier le visage de la prostitution sur son territoire : 108 personnes exploitées sexuellement ou en danger de l'être et 37 proxénètes.

Mis à jour le 24 janv. 2019
SUZANNE COLPRON  LA PRESSE

Un visage extrêmement troublant, d'autant que l'âge d'entrée moyen dans la prostitution est de 14 ans. 

Devant cette situation, le SPAL a annoncé la mise sur pied d'une équipe intégrée d'intervention et de soutien aux prostituées, qui s'inspire des meilleures pratiques au Canada, aux États-Unis et ailleurs dans le monde, notamment en Scandinavie. 

Ce projet novateur, unique au Québec, bénéficie d'une aide fédérale de 852 000 $ sur une période de cinq ans. 

Laissées à elles-mêmes

Les personnes visées sont en premier lieu les jeunes prostituées de 17 à 25 ans, qui sont bien souvent laissées à elles-mêmes quand elles sortent des centres jeunesse.

Une coordonnatrice responsable du volet psychosocial et une policière ont été recrutées pour repérer celles qui désirent s'en sortir et leur tendre la main. Joëlle Safadi et Fannie Perras du SPAL vont travailler de concert avec plusieurs organismes communautaires de l'agglomération et du réseau de la santé, dont le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Est (CISSS-ME). L'idée est de faire connaître le projet aux filles en danger ou victimes d'exploitation sexuelle et d'assurer une meilleure transition au moment de leur départ du CISSS-ME à 18 ans. 

L'organisme Le 2159 collabore aussi au projet pour offrir de l'accompagnement et de l'hébergement aux victimes dans le besoin, tout comme le CISSS de la Montérégie-Ouest et l'organisme Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle qui vont donner des services professionnels de soutien et des formations. 

« Le proxénète isole encore plus la fille quand elle est laissée à elle-même à 18 ans. Ça devient encore plus difficile pour elle de se sortir de la prostitution. » - L'agent Ghyslain Vallières du Service de police de l'agglomération de Longueuil

« La fille est sur une île déserte. Elle est toute seule. Nous, on est une bouée de sauvetage, un escalier de secours », ajoute l'agent Vallières.

Une approche humaine 

La nouvelle équipe d'intervention mise sur une approche humaine plutôt que pénale ou judiciaire. 

« Auparavant, précise l'agent Vallières, la jeune fille avait peur d'aller voir la police parce qu'elle craignait qu'on lui demande d'aller à la cour, de revoir son proxénète ou d'être retracée par lui. Aujourd'hui, on ne va plus lui parler des aspects judiciaires, mais on va l'aider à régler ses problèmes d'hébergement, de toxicomanie et de santé. » 

Avec ce projet, le SPAL espère rejoindre 375 victimes ou personnes à risque d'être exploitées sexuellement au cours des cinq prochaines années. Il assure qu'il ne va pas pour autant cesser de traquer les proxénètes et les clients. « Au contraire, on va mettre plus de pression sur les proxénètes », affirme l'inspecteur Simon Crépeau du SPAL.