Le président de la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain (CCMM), Michel Leblanc, a prévenu, cet après-midi, une commission du conseil municipal qu'un « blocage » du projet touristique et commercial Royalmount par la Ville de Montréal enverrait un « puissant » message négatif aux investisseurs intéressés à s'établir dans la métropole.

Mis à jour le 16 janv. 2019
BRUNO BISSON LA PRESSE

« La Chambre, c'est la voix du milieu des affaires », a-t-il affirmé vers la fin de son passage devant la commission. « Et la voix du milieu des affaires vient vous dire qu'elle est inquiète, parce qu'elle a la perception que la Ville de Montréal voudrait bloquer ce projet-là. »

Questionné par des élus pour savoir ce qui lui donnait cette impression, M. Leblanc a mentionné « certains échos » et des déclarations publiques de « beaucoup d'individus qui sont dans l'administration municipale et qui donnent à penser que la Ville de Montréal, si elle le pouvait, empêcherait ce projet. »

Le président du plus important rassemblement de gens d'affaires de la métropole a fait ces déclarations cet après-midi, alors qu'il présentait les positions de la CCMQ sur les répercussions du projet Royalmount devant la Commission sur le développement économique et urbain et sur l'habitation, qui doit soumettre ses recommandations au conseil municipal la semaine prochaine.

Royalmount est un vaste projet commercial et touristique planifié sur des terrains industriels désaffectés dans la municipalité de Mont-Royal, à l'intersection des autoroutes 15 et 40. Le projet prévoit l'implantation de cinq hôtels, de plusieurs tours à bureaux, de 100 restaurants, de 200 commerces, d'un centre de mieux-être haut de gamme, d'un aquarium, d'un cinéma et de deux salles de spectacles.

Le promoteur, Carbonleo, prévoit des investissements entièrement privés de plus de deux milliards de dollars dans ce projet et une ouverture à la clientèle dès l'été 2022. Il souhaite y attirer jusqu'à 70 000 visiteurs par jour.

Pas sur son territoire

La localisation du projet, à l'intersection des deux autoroutes les plus congestionnées 

au Québec, où circulent déjà jusqu'à 370 000 véhicules par jour, soulève toutefois de vives inquiétudes dans les arrondissements montréalais voisins (Saint-Laurent, Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de Grâce), où l'on craint une dégradation de la qualité de vie en raison du trafic automobile.

Le projet, annoncé en 2015, doit être construit entièrement sur des terrains de la Ville de Mont-Royal. La municipalité a déjà donné son feu vert à la construction, qui a débuté en novembre dernier. Le complexe prévoit recevoir ses premiers visiteurs dès 2022. En réponse à la demande de la Ville de Montréal, le promoteur a proposé l'an dernier un volet résidentiel pouvant comprendre jusqu'à 6000 appartements et condos, dont la construction s'étalerait sur une vingtaine d'années.

C'est ce volet résidentiel qui est, techniquement, au coeur de la consultation publique de la Ville de Montréal. Mais ce sont les problèmes de congestion des réseaux de transport qui soulèvent, depuis novembre dernier, les plus grandes interrogations.

Pour le président de la CCMM, les projets de cette magnitude devraient faire l'objet d'une attention particulière des autorités municipales. Celles-ci devraient accompagner les promoteurs - au lieu de les limiter - au sein de comités de travail qui pourraient élaborer d'avance des solutions aux problèmes soulevés par de semblables implantations. La CCMM en a d'ailleurs fait une recommandation, pour des développements futurs.

« Aujourd'hui, a expliqué M. Leblanc, un tel comité s'alignerait sur le "comment on règle le problème de transport que ça causera", plutôt que le "comment on le bloque, parce que ça causera de la congestion" ».

« Je pense que le projet se trouve dans une situation sous-optimale, a-t-il déclaré aux élus. Il arrive dans une situation où la Ville de Montréal, semble-t-il, selon certains échos, a une vision de ce qui devrait se faire sur ce territoire, qui ne lui appartient pas. Comme si la Ville de Montréal disait : "moi, un Dix30, je suis contre". »

« Le 15/40, a-t-il conclu, ce n'est pas sur son territoire ».