Le leader syndical Evans Dupuis, à la tête de l’Union des opérateurs grutiers affiliée à la FTQ-Construction, a refusé de se plier aux règles de sécurité particulières pour circuler sur le chantier du Réseau express métropolitain (REM) le 12 avril dernier. L’incident a entraîné un appel à la police.

Kathleen Lévesque
Kathleen Lévesque La Presse

Le gestionnaire du chantier du REM, le consortium NouvLR, confirme que M. Dupuis ne portait pas « l’équipement de protection [complet] exigé », soit des gants et des lunettes de sécurité, en plus de son casque et de ses bottes à embout d’acier. Et surtout, souligne-t-on, M. Dupuis a refusé de signer le document « Prendre du recul » qui fait état des risques du chantier lors de son passage, mesure à laquelle tous les visiteurs sont soumis, soutient Véronique Richard-Charrier, de NouvLR.

Evans Dupuis est tout de même entré sur le chantier pour rencontrer les grutiers travaillant à la construction de la gare Édouard-Montpetit du REM. Devant la situation, le Service de police de la Ville de Montréal a été alerté, mais il n’y a pas eu d’intervention policière. « À la suite d’une discussion avec les responsables du chantier, il a quitté », indique Mme Richard-Charrier.

« Pas d’ironie »

L’incident s’est produit alors que M. Dupuis se dit préoccupé par les questions de sécurité sur les chantiers, ce qui est à l’origine du déclenchement d’une grève illégale qui a entre autres perturbé les travaux sur le pont Champlain, l’échangeur Turcot et le CHU de Québec, en juin dernier. Cette grève a d’ailleurs entraîné l’examen de la formation des grutiers permettant la conduite sécuritaire d’une grue sur les chantiers de construction.

« Il n’y a pas d’ironie là-dedans. Je respectais les règles du code de sécurité. Les règles du REM, ça s’adresse aux travailleurs. Moi, je ne suis pas à l’emploi de NouvLR. Je suis représentant syndical, et la loi R-20 est claire : j’ai accès à tous les chantiers de construction au Québec », affirme Evans Dupuis.

Selon ce dernier, le formulaire soumis par NouvLR ne le concerne pas. D’ailleurs, M. Dupuis dit avoir déposé un grief à la suite de l’incident. « C’est pas la meilleure relation de travail que j’ai vue avec un employeur sur un chantier de grande importance. Faire venir la police pour une histoire comme ça, c’est du jamais vu pour moi », commente le leader syndical, qui ajoute que « ce n’est pas de bon augure ». M. Dupuis explique être allé au chantier du REM pour vérifier les méthodes de travail « qui ont causé un accident ».

La sécurité au cœur des discussions

La question de la sécurité sera également au centre de la réunion prévue aujourd’hui pour assurer un suivi du rapport gouvernemental concernant la formation des grutiers. L’Union des opérateurs grutiers (local 791G) y participera, tout comme tous les acteurs de l’industrie de la construction qui s’intéressent à la question, confirme M. Dupuis.

« C’est dans les mains du ministre du Travail [Jean Boulet]. J’ai hâte de voir ce qu’il va faire avec le rapport qui dit que le programme de formation en entreprise n’est pas sécuritaire, mais qui présente des recommandations qui ne sont pas plus sécuritaires », estime Evans Dupuis.

À l’heure actuelle, un grutier doit détenir un diplôme d’études professionnelles (DEP) équivalant à 870 heures de formation. Le litige concerne la possibilité qu’un travailleur de la construction ne détenant pas un DEP puisse accéder au métier de grutier en suivant des cours pendant trois semaines (90 heures) préalables à une formation en entreprise.