À sa première année complète à la tête de Montréal, l’administration Plante-Dorais dégage un surplus budgétaire de 212,7 millions pour l’exercice financier terminé le 31 décembre 2018. Il s’agit d’une hausse de 52 % du surplus par rapport à l’année précédente, comme le démontre le rapport financier rendu public hier.

Kathleen Lévesque Kathleen Lévesque
La Presse

DROITS DE MUTATION

La vigueur du secteur immobilier explique en partie le surplus de Montréal. Déjà, l’automne dernier, la Ville anticipait des revenus supplémentaires de l’ordre de 25 millions. Mais ces prévisions ont été largement dépassées : les transactions immobilières ont été si importantes qu’elles ont généré des droits de mutation supplémentaires (« taxe de Bienvenue ») de 69,8 millions l’année dernière. Le tiers de cette somme provient de transactions de « très grande valeur » et non pas de la vente de maisons de plain-pied ou de condos, a indiqué hier en conférence de presse le président du comité exécutif, Benoit Dorais. Les licences et permis délivrés ont également participé au surplus à hauteur de 36,6 millions.

EXPROPRIATIONS

La réalisation des projets du pont Samuel-De Champlain, de l’échangeur Turcot et du Réseau express métropolitain (REM) a généré 24,9 millions de revenus supplémentaires pour Montréal. En effet, les gouvernements fédéral et provincial ont exproprié des terrains dont la Ville était propriétaire, ce qui a apporté 24,9 millions dans les coffres montréalais. Le REM de la Caisse de dépôt et placement a aussi forcé le report de la construction d’une usine d’eau à Pointe-Saint-Charles, car il y avait un conflit entre le tracé du train et l’usine, ce qui a été modifié depuis. L’impact budgétaire s’est fait sentir sur une baisse des honoraires professionnels de 36,8 millions. Mais cette économie est temporaire, puisque l’usine devra voir le jour.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Valérie Plante et Benoit Dorais.

AFFECTATION DES SURPLUS

Que faire avec les surplus ? Benoit Dorais a indiqué qu’il présenterait des scénarios lors de la prochaine assemblée du conseil municipal, le 13 mai. Mais les régimes de retraite qui fluctuent beaucoup ainsi que les activités de déneigement sont d’ores et déjà ciblés. « L’année passée, j’ai créé une petite cagnotte afin de nous aider pour le déneigement. On a dû piger dedans. Alors je jongle avec l’idée d’y remettre de l’argent », a indiqué le président du comité exécutif. M. Dorais pourrait également vouloir combler le manque à gagner de 201 millions déterminé en mars dernier dans la préparation du budget de fonctionnement de 2020.

DUR, DUR HIVER

L’hiver montréalais, avec ses hauts et ses bas, a en effet coûté cher : près de 20 millions de plus que prévu, avec 230,4 cm de neige plutôt que les 190 cm de moyenne annuelle. Depuis 2014, les coûts de déneigement ont augmenté de 39 %, passant de 138 millions à 192 millions en 2018. Au cours de la dernière année, la hausse du prix de l’essence, l’entretien de la machinerie, l’indexation de certains contrats de transport de neige et l’épandage fréquent d’abrasifs expliquent la situation, selon la Ville. Benoit Dorais a réitéré la volonté de l’administration et des arrondissements de revoir les façons de faire. « Il y a des discussions pour savoir comment on fera le déneigement », a-t-il dit.

INVESTISSEMENTS EN HAUSSE

Le dépôt du rapport financier est également l’occasion de faire état des dépenses en investissements, ce que l’on appelle les immobilisations. Depuis 2010, le programme triennal d’immobilisations (PTI) est en hausse constante et s’est établi à 1,7 milliard en 2018. Cela représente une augmentation de 306,6 millions, ou 21,7 %, par rapport à 2017. Pour réduire l’effet de ces emprunts sur la dette, l’administration Plante-Dorais privilégie le paiement au comptant des investissements, soit 454,3 millions en 2018. Benoit Dorais s’est réjoui de la progression de la réalisation des investissements, tout comme il s’est dit « très satisfait » du bilan, soulignant la « gestion rigoureuse » de l’équipe en place.

PHOTO SIMON GIROUX, ARCHIVES LA PRESSE

À elle seule, la présence de policiers aux abords de certains chantiers de construction pour assurer la fluidité de la circulation, ou lors de représentations devant les tribunaux, a coûté 13,3 millions en heures supplémentaires.

HEURES SUPPLÉMENTAIRES

À elle seule, la présence de policiers aux abords de certains chantiers de construction pour assurer la fluidité de la circulation, ou lors de représentations devant les tribunaux, a coûté 13,3 millions en heures supplémentaires. Les policiers ne sont toutefois pas les seuls employés de la Ville à en bénéficier, puisque cette tranche de la rémunération s’élève à 111,8 millions en 2018, en hausse de 33,5 millions par rapport aux prévisions budgétaires. Le poste de dépenses le plus important demeure, année après année, celui de la rémunération globale des quelque 28 000 fonctionnaires : 2,4 milliards (salaire et part de l’employeur) ou 43 % de toutes les dépenses de Montréal en 2018.

Coût des heures supplémentaires

Service de police : 14,9 millions Sécurité incendie : 9,3 millions Services centraux : 5,8 millions Arrondissements : 5,3 millions

TARIFICATION DE L’EAU

Si la tarification de l’eau dans le secteur résidentiel avait été déjà évoquée, Benoit Dorais a rejeté l’idée. Il a toutefois indiqué que le plan d’installation de compteurs d’eau dans les industries, les commerces et les institutions est toujours prévu, sans toutefois préciser si cela pourrait se faire dès l’année prochaine. Il a dit que l’eau devait être protégée notamment pour sa « valeur économique ». « Ça coûte cher à produire et en ce moment, on a des fuites. On travaille énormément à réduire les fuites, ce qui fait en sorte qu’on va moins la gaspiller et que cela va coûter moins cher », a affirmé M. Dorais. « On a tout intérêt à faire une gestion durable de cette ressource naturelle », a-t-il ajouté. Toutes ces questions sont abordées lors des consultations prébudgétaires auprès de la population qui se terminent aujourd’hui.

PERMIS ANIMALIER

Parmi les 25 demandes les plus fréquentes auxquelles font face les arrondissements, c’est le permis animalier qui trône au sommet, avec 25 000 demandes d’information et 44 000 requêtes. La gestion animalière a fait l’objet, par ailleurs, d’une « réflexion citoyenne » en 2018. Les résultats ont été utilisés pour l’élaboration du nouveau règlement adopté l’été dernier. C’est sans surprise que les taxes foncières des contribuables montréalais viennent en deuxième place des demandes les plus fréquentes. Au total, les agents de communication du 311 ont reçu plus de 1 million d’appels téléphoniques, 62 000 courriels et plus de 8000 demandes en ligne l’année dernière.