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Pont Champlain: de l'arsenic et du plomb sur le chantier

TRISTAN PÉLOQUIN
La Presse

L'utilisation de produits de sablage contenant du plomb, de l'arsenic et du cadmium a provoqué un véritable branle-bas sur le chantier du nouveau pont Champlain au début du mois d'octobre. La Direction de santé publique a déclenché une enquête épidémiologique à la suite de l'événement, a appris La Presse.

L'incident industriel n'a fait aucun blessé immédiat, mais une douzaine de travailleurs sont depuis suivis par un médecin spécialisé en santé au travail. «Nous les avons rassurés : nous n'avons pas vu de problèmes de santé importants pour le moment. Mais ce n'est pas parce que nous n'en avons pas vu que nous devons arrêter là. Nous avons un suivi à faire», indique le Dr Louis Patry, de la clinique de médecine du travail du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).

L'enquête a été ouverte peu de temps après qu'un groupe de peintres et de manoeuvres eut commencé, les 8 et 9 octobre, à faire du sablage au jet avec un abrasif sous forme de poudre noire. L'opération se déroulait à l'intérieur des poutres-caissons du pont, qui forment un long tunnel de quatre mètres sur quatre au-dessus duquel reposent le tablier et la chaussée. 

En constatant la présence d'une grande quantité de poudre noire au sol, un groupe d'électriciens qui travaillait au même endroit peu de temps après a exercé un «droit de refus» pour des raisons de sécurité. «Il y avait de la poudre partout au sol. Les ouvriers faisaient du balayage, la poussière montait dans les airs. On a même mis des ventilateurs pour la faire sortir», explique Simon Lévesque, responsable des dossiers de santé et sécurité à la FTQ Construction.

«Les travailleurs se sont questionnés : c'est quoi, ce produit? Est-ce que c'est dangereux? Il y a même des travailleurs qui sentaient des démangeaisons.»

Le consortium Signature sur le Saint-Laurent (SSL), maître d'oeuvre du chantier, a rapidement chargé un hygiéniste industriel de faire analyser des échantillons de la poudre. «SSL a pleinement coopéré, assure M. Lévesque. Ils ont pris ça au sérieux, ils ont fermé la zone et plus personne n'a pu y aller pendant quelques jours.» 

Les étiquettes des deux produits de sablage utilisés ne comportaient aucune inscription suggérant la présence de substances dangereuses. Le rapport d'analyse de l'hygiéniste obtenu par La Presse révèle cependant que l'abrasif, vendu sous les noms commerciaux d'«Ebony Grit» et de «Maxi Blast», contenait de l'arsenic, du plomb et du cadmium. La quantité de plomb était d'ailleurs supérieure à 1000 parties par million, selon les tests, ce qui aurait dû forcer les fabricants à l'indiquer sur la fiche signalétique du produit. «Ceci est en contravention avec la réglementation fédérale sur le SIMDUT 2015», constate l'hygiéniste industriel. 

Les peintres et les manoeuvres «ne suivaient pas de procédures sécuritaires de travail particulières, puisqu'on ignorait alors la présence de ces métaux dans cet abrasif», ajoute-t-il. 

Joints par La Presse, les fournisseurs des deux abrasifs, Opta Minerals et Groupe Bellemare, ont assuré que leurs produits avaient été testés et respectaient les normes industrielles. 

Zone rouverte

La zone touchée a finalement été rouverte progressivement, et des correctifs ont été apportés. SSL affirme que la situation «n'a pas eu d'impact sur le déroulement de l'ensemble des opérations du pont à haubans et sur l'échéancier du nouveau pont». Le rapport de l'hygiéniste industriel obtenu par La Presse fait cependant état d'un certain ralentissement : «L'interdit d'accès nuisait à la planification des travaux», puisque la «zone interdite a été déterminée de façon très large, avec un principe de précaution», lit-on dans le document. 

«Nous pensions au début que ça avait touché une vingtaine de personnes, mais après vérification, ce sont de 40 à 60 travailleurs qui ont été exposés au produit, à différents degrés», affirme Simon Lévesque,.

Le Dr Patry a pour sa part fait un signalement à la Direction de santé publique, qui a lancé une enquête épidémiologique. Des enquêteurs pourraient aller sur place pour investiguer davantage. «C'est notre rôle d'aller voir s'il y a eu une menace à la santé des gens et de proposer des correctifs s'il y a lieu. Il est cependant trop tôt pour dire si ça a été le cas  ; nous sommes au tout début du processus», indique le Dr Geoffroy Denis, chef du service de médecine du travail à la Direction de santé publique. 

L'enquête tentera notamment de déterminer si les contaminants trouvés dans les résidus provenaient du produit de sablage ou plutôt du métal des poutres, qui ont été fabriquées en Espagne. «Il faut comprendre les conditions, le lieu et les quantités de poussière impliquées. Nous n'avons pas pu mettre en évidence des problèmes de santé qui sont graves, mais nous devons mieux comprendre la réalité dans laquelle les travailleurs se sont retrouvés», dit-il.




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