La propriétaire d'un chien ayant mordu mortellement la bête d'un voisin conteste en Cour supérieure le règlement animalier de Montréal qui prévoit l'euthanasie automatique. Elle estime que son animal, à qui elle donne des médicaments pour son anxiété, présente un faible risque de récidive.

Pierre-André Normandin LA PRESSE

Le 6 août dernier, le chien de Marylou Trahan, un croisement entre un husky et un berger allemand, a mordu le petit chien de l'un de ses voisins. La bête, décrite comme un schnauzer miniature, est morte 45 minutes plus tard.

« Mon chien est anxieux et je n'ai pas eu le temps de prendre des précautions avant que le voisin entre dans ma cour avec son chien. Moi qui suis super responsable avec mon animal, technicienne en santé animale, qui travaille en comportement animal, je trouve cela injuste de juste demander de l'euthanasier sans le faire voir par un vétérinaire spécialiste en comportement », plaide Marylou Trahan en entrevue.

Tant le règlement sur les chiens dangereux adopté en 2016 que le nouveau adopté en août dernier prévoient automatiquement l'euthanasie pour une bête ayant tué une personne ou un animal. Mme Trahan a donc décidé de contester cette règle dans une requête déposée hier en Cour supérieure.

Selon ses avocats, du cabinet Joli-Coeur Lacasse, cette disposition « répond plus à un objectif de satisfaire l'opinion publique particulièrement clivée sur le sujet des chiens potentiellement dangereux que de protéger la population ».

Ils demandent donc à un juge d'invalider la portion du règlement sur le contrôle animalier ordonnant l'euthanasie automatique des chiens ayant mordu mortellement et, ainsi, d'annuler l'ordre visant Zuri, le chien de Mme Trahan.

VOISIN BLÂMÉ

La propriétaire, qui décrit Zuri comme « un chien anxieux qui bénéficie d'un traitement médicamenteux », blâme son voisin pour l'incident. Selon son récit des événements, elle s'était entendue avec son voisin, qui possède aussi un husky, afin que leurs bêtes jouent ensemble dans la ruelle. Elle ignorait à ce moment qu'il possédait aussi un petit chien.

Alors qu'elle était partie chercher la laisse de son animal, la femme affirme que son voisin aurait ouvert la porte de sa cour pour y pénétrer avec son petit chien. « Ce faisant, il a surpris et fait sursauter [Mme Trahan] tout comme son chien Zuri qui, dans un réflexe défensif envers elle, a alors mordu le petit chien », peut-on lire dans la requête.

Les avocats de la propriétaire ajoutent que plutôt qu'amener son chien chez un vétérinaire, le voisin est retourné à son domicile, où sa bête est morte 45 minutes plus tard. Du coup, ils estiment qu'« il n'est pas certain que le chien n'aurait pas pu être sauvé par l'intervention d'un vétérinaire ».

« On n'a aucune preuve que c'est la morsure qui a tué l'animal, vu qu'il n'y a pas eu de nécropsie », ajoute Mme Trahan.

La propriétaire estime que le risque de récidive est « extrêmement faible ». Elle administre une médication plus lourde à son chien afin de traiter son anxiété et de réduire le risque de récidive.

Mme Trahan estime avoir toujours pris les précautions nécessaires pour éviter une telle situation, sortant toujours avec son chien en laisse et lui faisant porter une muselière. Et elle se dit prête à resserrer les mesures.

Photo fournie par Marylou Trahan

Zuri, le chien de Marylou Trahan, est un croisement entre un husky et un berger allemand.